Icône menu hamburger Icône loupe de recherche
  1. TDN >
  2. Science

Un chimiste de 3M a raté une colle en 1968 : ce qui l’a sauvée six ans plus tard n’était ni un client ni un brevet

Publié par Cassandre le 08 Oct 2026 à 19:02

Et si l’un des objets de bureau les plus répandus du monde était né d’un échec de laboratoire ? Colle « ratée » en 1968, produit vendu en 1980 : douze ans séparent l’erreur du succès. Entre les deux, une seule idée a tout fait basculer, et elle n’avait rien à voir avec le travail.

À retenir

  • 1968 : Spencer Silver, chimiste chez 3M, invente par hasard un adhésif qui ne colle presque pas.
  • 1977 : les tests de vente dans quatre villes américaines sont décevants.
  • 1980 : le Post-it est commercialisé dans tout le pays, puis au Canada et en Europe en 1981.
Note jaune marquant une page d'un vieux livre de cantiques

Une colle qui ne collait à rien

Tout commence dans le cadre d’un programme de recherche lancé en 1964 chez 3M. En 1968, Spencer Silver mélange en proportions variables des monomères envoyés par un fournisseur. Il obtient un adhésif acrylique poisseux.

Le résultat déçoit : ce polymère est plus cohésif qu’adhésif. Il ne colle qu’à lui-même. Pour un chimiste qui cherchait une colle puissante, c’est un ratage.

Silver ne lâche pourtant pas son produit. Il tente de le vendre sous forme de vaporisateur, puis de tableau de conférencier autocollant, un format qui existe aujourd’hui. Personne n’en veut.

Cette colle sans mode d’emploi va-t-elle finir à la poubelle ? Il s’en est fallu de peu.

Cinq ans de refus, puis un test raté

Le programme des polymères adhésifs est supprimé. Silver obtient quand même de son directeur de département, Geoffrey Nicholson, de quoi déposer un brevet. Il ne couvre que les États-Unis et date de 1972.

Selon la page anglophone de Wikipédia, Silver présente sa « solution sans problème » en interne pendant cinq ans, de façon informelle et lors de séminaires. Il ne convainc personne.

En 1977, 3M teste enfin un produit sous le nom « Press ‘n Peel », dans quatre villes : Tulsa, Denver, Richmond et Tampa. Les résultats sont décevants.

Faut-il en conclure que l’idée était mauvaise ? Un changement de méthode va prouver le contraire, mais l’étincelle est venue bien plus tôt, et d’ailleurs.

Le marque-page qui a tout changé

En 1974, Arthur Fry, collègue de Silver, assiste à l’un de ses séminaires. Il est aussi chef de chœur à l’église presbytérienne de North St-Paul. Son problème : les signets de son hymnaire glissent et se perdent.

Bloc de notes posé sur un rebord de pierre grise

Voilà la réponse au titre. Ce qui a sauvé la colle ratée n’était ni un client ni un brevet : c’était un marque-page qui tombait d’un livre de cantiques. Fry enduit ses signets de l’adhésif de Silver, et le problème est réglé.

Il reste un défaut de fabrication : la colle poisseuse restait sur le support au lieu d’adhérer au papier. Deux ingénieurs de l’équipe de Nicholson parviennent à l’étaler en continu sur du papier, à l’échelle industrielle. D’après la version anglaise, la couleur jaune viendrait du hasard : c’était celle du papier de récupération du labo voisin.

Le déclic commercial arrive avec Bill Schonenberg, nouveau directeur marketing. En 1978, à Boise, dans l’Idaho, il fait distribuer le produit gratuitement. 90 % des testeurs disent vouloir en acheter.

Le nom « Post-it Notes » est adopté. Les ventes démarrent dans onze États en 1979, couvrent tout le pays en 1980, puis le Canada et l’Europe en 1981.

Aujourd’hui, la marque appartient toujours à 3M, mais le brevet de base est tombé dans le domaine public en 2000 selon la page française. Le Post-it est devenu un cas d’école de sérendipité, comme le Silly Putty raté par l’armée ou le Velcro copié sur une plante.

Il a aussi échappé au bureau. À Liège, pour le départ du Tour de France 2012, 190 000 notes ont formé une fresque de 600 m2, un record du monde, au prix de presque 400 heures de travail. Et en 1996, un Post-it est resté collé sur le nez d’un avion malgré 800 km/h et -50 °C.

Ces hasards heureux se comptent par dizaines : le Velcro, le micro-ondes et les cornflakes partagent un point commun. Même l’inventeur du surligneur cherchait autre chose.

Combien d’idées « sans problème » dorment encore dans des tiroirs, en attendant leur cantique ? Le Cornetto, lui aussi né par accident, a une histoire que presque personne ne connaît, et celle du roi de la chips enterré avec son sachet est tout aussi surprenante.

Laissez un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *