Icône menu hamburger Icône loupe de recherche
  1. TDN >
  2. Insolite

Gaffer, Bic, Stabilo : l’inventeur du surligneur voulait juste effacer ses erreurs — et il a créé un outil utilisé par 800 millions de personnes

Publié par Cassandre le 08 Mai 2026 à 10:02

Tu en as probablement un dans ton tiroir en ce moment. Peut-être jaune fluo, peut-être rose ou vert. Tu l’utilises pour marquer ce qui compte — une ligne dans un contrat, un passage dans un cours, une date dans un agenda. Le surligneur est tellement banal qu’on ne se demande jamais d’où il vient. C’est une erreur. Parce que l’histoire de sa création est l’une des plus tordues de tout le monde des fournitures de bureau.

Gaffer, Bic, Stabilo : l'inventeur du surligneur voulait juste effacer ses erreurs — et il a créé un outil utilisé par 800 millions de personnes

Un chimiste, une colle ratée et une encre qui ne séchait pas

Editorial press photograph illustrating: Gaffer, Bic, Stabilo : l'inventeur du surligneur voulait ju

On est en 1962. Un ingénieur allemand nommé Yukio Horie, qui travaille pour la société Tokyo Stationery Company, cherche à créer un stylo capable de déposer de l’encre sur du papier sans l’abîmer. Son idée de départ n’est pas de mettre en valeur du texte — c’est d’écrire par-dessus des erreurs pour les masquer.

Sauf que son encre, à base d’eau et de colorants fluorescents, est trop transparente pour couvrir quoi que ce soit. Un échec total en tant que correcteur. Mais Horie remarque quelque chose d’inattendu : quand il passe son stylo raté sur une ligne imprimée, le texte devient soudainement plus lisible, mis en relief par la couleur lumineuse qui l’entoure. L’outil ne cache pas, il révèle.

C’est exactement le genre d’accident créatif qui ressemble aux grandes inventions accidentelles de l’histoire — les meilleures choses sont souvent nées du pire échec possible.

Le jaune fluo n’est pas là par hasard

Quand le surligneur arrive sur le marché américain dans les années 1970 — commercialisé cette fois par la marque Avery sous le nom « Hi-Liter » — une question pratique se pose immédiatement : quelle couleur choisir ?

Le jaune s’impose pour une raison très précise : c’est la seule couleur fluorescente qui, une fois photocopiée, n’apparaît pas sur la copie. Dans les années 70, les photocopieuses en noir et blanc captaient le contraste, pas la couleur. Un surligneur bleu ou rose laissait une trace sombre sur la photocopie, rendant le texte surligné illisible. Le jaune, lui, passait invisible à la reproduction. Un détail technique qui a façonné l’esthétique d’une génération entière.

Aujourd’hui encore, alors que les photocopies couleur sont la norme, le jaune reste de loin la couleur la plus vendue dans le monde. L’habitude a survécu à la technologie qui l’avait créée. C’est assez fascinant — un peu comme ces chiffres qu’on cite par habitude sans savoir qu’ils viennent d’une logique désormais obsolète.

Le détail que même les accros au surligneur ignorent

Voilà le truc que presque personne ne sait : la forme biseautée de la pointe du surligneur — ce bout aplati en biseau à 45 degrés — n’est pas un choix esthétique. C’est un brevet à part entière, déposé séparément, pour une raison très précise.

Editorial press photograph illustrating: Gaffer, Bic, Stabilo : l'inventeur du surligneur voulait ju

Le biseau permet deux largeurs de trait avec un seul outil : tu tiens le surligneur à plat, tu obtiens un trait large pour surligner une ligne entière. Tu le retournes sur la pointe, tu obtiens un trait fin pour noter dans les marges ou entourer un mot. Deux stylos en un. La forme n’est pas décorative — c’est le produit lui-même.

Ce brevet sur la pointe biseautée a été âprement défendu pendant des décennies. C’est lui qui a permis à certaines marques de dominer le marché longtemps avant que les génériques n’arrivent. Le surligneur ne ressemble à rien d’autre dans le tiroir parce qu’il a été pensé comme un outil à double usage depuis le premier jour. Et la quasi-totalité des gens qui l’utilisent chaque jour ne s’en rendent jamais compte.

800 millions de surligneurs vendus chaque année — et ça continue

Aujourd’hui, le marché mondial des surligneurs pèse plusieurs milliards d’euros. Stabilo, le fabricant allemand dont le Boss jaune est devenu une icône, revendique à lui seul plus de 300 millions de surligneurs vendus par an dans le monde. La marque a même créé une édition limitée « Forgotten Women » où des surligneurs rose pastel sont apposés sur des photos historiques en noir et blanc pour mettre en lumière des femmes effacées de l’histoire — une campagne devenue virale à l’échelle mondiale.

Editorial press photograph illustrating: Gaffer, Bic, Stabilo : l'inventeur du surligneur voulait ju

Ce qui rend l’histoire encore plus dingue : Yukio Horie, l’ingénieur japonais qui a tout déclenché, n’a jamais imaginé que son stylo-correcteur raté deviendrait un standard mondial. Il voulait masquer des fautes. Il a finalement créé un outil dont l’unique fonction est de ne rien cacher — au contraire, de tout montrer. Difficile de trouver une meilleure métaphore pour une invention accidentelle.

La prochaine fois que tu ouvres ton tiroir et que tu attrapes ce truc jaune fluo, pense à l’ingénieur qui cherchait à effacer et qui a fini par illuminer les bureaux du monde entier. Maintenant t’as un truc à raconter au prochain repas de famille — et ils vont pas le croire.

Rejoignez nos 875 726 abonnés en recevant notre newsletter gratuite

Laissez un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *