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Pourquoi un spaghetti sec refuse-t-il de se casser en deux — même Feynman a échoué ?

Publié par Cassandre Jolivet le 19 Oct 2026 à 9:01

Tu tiens un spaghetti sec à chaque bout et tu le plies doucement jusqu’à la rupture. Tu t’attends à deux moitiés bien nettes. Tu récoltes trois, quatre, parfois dix éclats qui volent dans la cuisine.

Ce petit mystère a occupé un prix Nobel de physique pendant des heures, puis des chercheurs du monde entier. Et la solution tient à un geste que presque personne n’essaie.

Le défi de cuisine qui a rendu fou un prix Nobel

Le physicien Richard Feynman, prix Nobel, s’est un jour acharné sur ce casse-tête dans une cuisine. Il a cassé des spaghettis pendant quelques heures, sans comprendre pourquoi ils ne se brisaient jamais en deux seulement. Le problème est resté sans réponse pendant des années.

Fais le test chez toi : maintiens le spaghetti à ses deux extrémités et courbe-le jusqu’au bout. Dans l’écrasante majorité des cas, tu obtiens au moins trois fragments. C’est si régulier que les scientifiques parlent d’un phénomène à part entière.

Homme tenant un spaghetti plié dans sa cuisine

Pourtant, sur le papier, tout plaide pour une cassure en deux. La pâte est uniforme et le bâton est droit. Alors qui vient jouer les trouble-fêtes ?

Le coupable est une onde que tu ne vois jamais

En 2005, deux physiciens français, Basile Audoly et Sébastien Neukirch, ont fini par résoudre l’énigme. Leur travail est paru dans la revue Physical Review Letters. Il leur a valu le prix Ig Nobel de physique en 2006, cette récompense parodique qui célèbre l’insolite.

Voici ce qui se passe. Quand tu plies le spaghetti, il casse d’abord près du centre, là où la courbure est maximale. Jusque-là, tout est normal.

C’est après que ça se complique. La première cassure libère d’un coup l’énergie accumulée, et le spaghetti se détend en sens inverse. Les chercheurs appellent ça l’effet « snap-back ».

Ce rebond fait naître une onde de flexion qui file le long du bâton. Cette vibration courbe brutalement d’autres zones, qui dépassent leur limite et cassent à leur tour. La rupture en deux a donc bien lieu, mais elle n’a jamais le temps d’être la dernière.

Spaghetti qui se brise en plusieurs morceaux, gros plan

Ce genre d’onde qui se propage après un choc, tu en vois des cousines ailleurs, comme dans ces gratte-ciel qui encaissent des forces colossales. Mais une question restait en suspens : peut-on au moins casser un spaghetti en deux, une seule fois ?

Le geste secret qui coupe enfin le spaghetti en deux

La réponse est arrivée en 2018, de la part d’une équipe du MIT. Ronald Heisser et Vishal Patil, alors étudiants, ont mené ce projet avec leurs encadrants. Leurs résultats sont parus dans la revue PNAS.

Ils ont construit un appareil capable de plier et de tordre un spaghetti de façon contrôlée. Puis ils ont filmé jusqu’à un million d’images par seconde. Le tout sur des centaines de spaghettis, de marque Barilla n°5 et n°7.

Leur astuce : tordre le spaghetti sur lui-même, presque d’un tour complet, avant de rapprocher doucement les deux extrémités pour le plier. Résultat, il casse en deux morceaux exactement. Seul le pliage seul ne suffit pas, c’est la torsion qui change tout.

Pourquoi ça marche ? Quand le spaghetti est tordu, l’effet de rebond est affaibli. Et en se détordant après la cassure, le bâton évacue de l’énergie, ce qui évite la cascade de ruptures.

Autrement dit, la torsion absorbe le choc qui, d’habitude, fait tout exploser. Les chercheurs imaginent déjà des applications pour mieux maîtriser la rupture d’autres tiges longues et fines, comme les fibres de carbone des clubs de golf ou les pales d’hélicoptère. Et même des structures microscopiques des cellules.

Et ce n’est pas le plus étonnant : cette histoire cache encore quelques détails savoureux.

Prix Ig Nobel, caméra à un million d’images : la science sérieuse qui rit de tout

Premier détail : les deux équipes ne se contredisent pas. Les étudiants du MIT ont construit leur modèle en généralisant la théorie des Français. Sans l’onde de 2005, la torsion de 2018 n’aurait jamais été pensée.

Deuxième détail : l’idée de fissure qui se propage n’est pas qu’une affaire de pâtes. Si tu t’es déjà demandé pourquoi les hublots d’avion sont ronds, tu connais la logique : les ruptures partent des angles, là où les contraintes se concentrent.

Troisième détail, plus léger. Le crissement d’une craie vient aussi d’une succession de petites ruptures minuscules. Si ça te hérisse, voici pourquoi ce bruit te fait grincer des dents.

Et les petits objets du quotidien sont souvent bien plus malins qu’ils n’en ont l’air. La tranche striée de tes pièces a une histoire de sécurité liée à Newton. Et le petit trou du capuchon de stylo n’est pas là pour faire joli.

La réponse en une phrase

Un spaghetti ne se casse pas en deux parce que la première cassure déclenche une onde qui le brise encore, sauf si tu le tords avant de le plier.

Reste une question : combien de fois vas-tu essayer ce soir, au-dessus de la casserole, en tordant ton spaghetti comme un apprenti physicien ? Et si tu veux continuer dans l’inattendu, découvre comment le pic-vert encaisse 12 000 coups de bec par jour sans se fracasser le crâne, ou pourquoi le miel ne périme jamais, même après des milliers d’années.

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