Ancien de la SNCF, il quitte son poste après quelques mois en 3×8 mais déchante vite

Un concours sélectif, une carrière toute tracée, la sécurité de l’emploi : à 21 ans, Gérard Prime avait tout pour rester à la SNCF. Pourtant, après dix-huit mois, il a rendu son tablier. Ce lecteur d’Ille-et-Vilaine raconte une nuit solitaire dans une petite gare bretonne qui a tout fait basculer. Et surtout ce qu’il a trouvé de l’autre côté, bien loin de ce qu’il imaginait.
Une carrière toute tracée à 21 ans, et pourtant l’envie de partir
Nous sommes en 1983. Gérard Prime, technicien d’exploitation à la SNCF, a décroché un concours plutôt sélectif. Selon son témoignage adressé à Ouest-France, il aurait pu devenir chef d’une gare importante ou responsable d’un poste d’aiguillage.
Mais à 21 ans, ses priorités sont ailleurs. Ce qui compte pour lui, ce sont ses amis et le football. Il ne cherche pas la gloire hiérarchique, et il le dit sans détour : il n’a jamais été carriériste.
Le vrai obstacle, c’est le rythme. Dans les 3×8, il enchaîne une semaine de 5 h à 13 h, la suivante de 13 h à 21 h, puis de 21 h à 5 h. Résultat, il se sent en décalage avec le reste de la société, et il précise qu’il n’avait même pas de famille à concilier.
Sa philosophie tient en une phrase : on doit travailler en fonction de sa vie, et non vivre en fonction de son travail. Un principe qui, dans un horaire décalé permanent, devient vite intenable. Reste à savoir ce qui a fait déborder le vase, car d’autres parcours professionnels se jouent aussi sur un détail, et celui-ci tient à une seule nuit.
La nuit où la gare d’Yffiniac a décidé pour lui
Gérard Prime situe précisément le moment : il travaillait de nuit, seul, à la gare d’Yffiniac, dans les Côtes-d’Armor. Il avoue avoir trouvé l’endroit « glauque ».
C’était une gare dite de cantonnement. Sa mission se résumait à appuyer sur un bouton pour ouvrir un panneau au passage du train. Il vérifiait ensuite que le convoi était complet, en repérant les deux feux rouges à l’arrière.
Puis il fallait attendre le suivant, une ou deux heures plus tard. La nuit, il s’agissait plutôt de trains de marchandises. Entre deux passages, le silence, la solitude et le décalage permanent avec les amis qui, eux, vivaient le jour.
C’est là qu’il s’interroge sur son avenir. Quitter un poste réputé sûr, certains l’assument aussi publiquement, mais lui n’a pas de plan de repli prestigieux. Il pense à la banque.
« Vu de l’extérieur », écrit-il avec un clin d’œil à Serge Gainsbourg, le métier semblait assez cool. Il postule dans plusieurs établissements et l’un d’eux, un établissement mutualiste breton, le recrute. Ses parents, eux, ne sont pas ravis : ils perdent le billet annuel de train gratuit. Mais la vraie surprise l’attendait derrière les portes de l’agence.

Salaire divisé par deux et univers de « postures » : le regret
Voici le payoff : en changeant de métier, Gérard Prime a divisé son salaire par deux. À la SNCF, il bénéficiait de nombreuses primes et de déplacements, ces fameux « découchés ». Il le reconnaît : « bien mal m’en a pris ».
Plus que l’argent, c’est l’ambiance qui l’a heurté. Il décrit un monde de postures, où tout le monde était bien habillé, mais où les compétences bancaires ou financières manquaient souvent, loin des salaires qui font parler dans d’autres milieux.
Il pointe notamment les responsables d’agence. Selon lui, l’important était de faire vendre. Il évoque même un chef départemental du réseau qui avait raté son CAP banque.
À la SNCF, c’était l’inverse : un vrai esprit d’équipe et des responsables compétents dans leur domaine. Il concède toutefois qu’il y avait, à l’époque, du potentiel pour gagner en productivité.
Le regret est donc double : moins d’argent, et un univers dans lequel il ne se reconnaissait pas. Il n’était, dit-il, pas « formaté » à ce monde, contrairement à celui du rail. Mais l’histoire ne s’arrête pas là.
Plus de trente ans de banque, un licenciement et une histoire à suivre
Malgré ce faux départ, Gérard Prime est resté plus de trente ans dans la banque. Il estime y avoir fait une carrière honorable. Il a commencé au bas de l’échelle, au guichet, à l’époque où apparaissaient les premiers distributeurs automatiques.
Il garde une image : celle d’une guichetière qui posait sa cigarette dans le cendrier pour donner les billets, puis la reprenait aussitôt. Les souvenirs d’un autre temps ont parfois ce goût-là.
En parallèle, il passe des examens bancaires et suit une formation interne. Il devient « agent de relations », un terme qu’il juge pompeux pour désigner un démarcheur auprès des particuliers.
À 30 ans, on lui propose la direction de l’agence de Louvigné-du-Désert, en Ille-et-Vilaine. Il refuse. Un compromis est trouvé : responsable clientèle professionnelle dans une grosse agence rennaise, puis itinérant, chargé de remplacements dans le département.
Il conclut, énigmatique, avoir finalement été licencié sans indemnités. « Mais c’est une autre histoire », écrit-il. Une histoire qu’il n’a pas encore racontée à Ouest-France.
Gérard Prime, lui, avait rêvé d’une vie plus libre en quittant les rails ; il a surtout appris que le décor change, pas les contraintes. Et si vous aviez eu envie de tout plaquer, ce que Yannick Noah a confié sur cette blessure montre que certains choix de vie laissent des traces durables.
Quitter un emploi sûr sur un coup de tête, c’est parfois échanger un inconfort contre un autre, plus discret mais plus tenace.
Et si vous vous demandez ce que cache le moment où Michel Drucker a avoué aller au plus mal, la réponse en dit long sur ce que le travail fait à une vie. Quant à ceux qui jouent avec les sentiments, trois signes du zodiaque sont de vrais champions pour rendre leur ex jaloux, et le détail risque de vous faire sourire.