Un mur bâti par sa sœur dans le garage commun : désormais, elle rejoint sa voiture en passant par la rue

Imaginez devoir sortir de chez vous, contourner tout l’immeuble et passer par la rue pour atteindre une voiture garée juste en dessous. C’est le quotidien d’une habitante des îles Baléares depuis que sa sœur a bâti un mur dans leur garage commun. Deux juridictions ont déjà tranché, et leur décision est sans appel sur un point précis.
Trois sœurs, un seul garage et un escalier qui menait à tout
Aux îles Baléares, un immeuble familial abrite trois appartements et trois garages. Selon Midi Libre, le rez-de-chaussée fonctionnait à l’origine comme un grand garage commun, décrit comme tel dans les papiers officiels du bâtiment.
Un seul volume, trois sœurs copropriétaires, et un accès intérieur prévu par l’escalier et le couloir communs. Puis chaque héritière a installé sa propre porte côté rue, pour garer sa voiture plus facilement. Sans fermer l’espace, sans bloquer le passage intérieur.
Pendant des années, l’équilibre a tenu : chacun son emplacement, tous le même chemin. On descendait l’escalier, on poussait la porte, on retrouvait sa voiture. Pas de quoi faire un procès.
Il y a une quinzaine d’années, une première sœur avait déjà monté un mur. Mais cette cloison n’empêchait personne de circuler dans le garage, ni d’utiliser l’accès intérieur. Ce détail, apparemment anodin, va peser lourd plus tard.
Ce genre de situation guette bien des familles qui héritent à plusieurs : l’indivision fonctionne tant que personne ne se sent à l’étroit. En France aussi, la question de l’accès à son propre garage et du droit de passage alimente régulièrement les conflits de voisinage, y compris entre proches.
Mais en 2022, l’une des sœurs a décidé que partager ne lui suffisait plus.
2022 : le mur, la serrure et ce trajet absurde par la rue
Cette année-là, la propriétaire a fait construire un mur pour cloisonner sa place. Elle a aussi changé la serrure de la porte qui reliait l’escalier au garage. Deux gestes, une conséquence immédiate pour sa cadette.
Fini le chemin intérieur. Pour rejoindre sa voiture, l’autre copropriétaire a dû sortir de chez elle, gagner la rue, contourner le bâtiment, puis entrer par la grande porte extérieure de son box. Un détour quotidien pour un trajet qui, avant, prenait quelques secondes.
Le plus grinçant, c’est que l’on parle d’une pièce dont on partage les murs, au sens propre. Quand un voisin ou un proche vous prive d’un accès, la lumière ou le passage deviennent vite un terrain de bataille, comme dans cette histoire où un voisin mure une petite fenêtre avec un garage, en toute légalité cette fois.
Ici, la situation n’avait rien d’un droit exercé tranquillement. Le litige a vite quitté le palier pour atterrir devant les juges : la sœur privée de passage a saisi le tribunal de Manacor pour faire valoir son droit de passage.
En face, la propriétaire du mur avait des arguments : elle réalisait des travaux chez elle, elle disposait d’une autorisation de la mairie, et un autre mur existait déjà depuis quinze ans. Sur le papier, ça ressemblait à une défense solide.
Selon Midi Libre, le juge civil de Manacor a pourtant donné raison à la sœur privée d’accès. Reste à comprendre pourquoi chacun de ces arguments a fini balayé.

Permis de la mairie, vieux mur : pourquoi aucun argument n’a tenu
Premier réflexe de la défense : l’autorisation municipale. C’est ici que l’on touche à l’idée reçue. Comme le rapporte la source, les magistrats ont rappelé qu’un permis de la mairie ne permet ni de bloquer un voisin ni de modifier la configuration d’un immeuble en copropriété sans l’accord des autres.
Autrement dit, la mairie autorise des travaux sur le plan administratif. Elle ne règle pas les droits que les copropriétaires ont entre eux. Un détail que beaucoup oublient quand ils sortent leur perceuse. Un autre dossier du même genre, avec une poignée de main qui se heurte au notaire vingt ans plus tard, montre que les papiers finissent toujours par rattraper les accords oraux.
Deuxième argument : le mur vieux de quinze ans. Là encore, les juges ont fait la différence. Le premier mur n’avait supprimé aucun passage, alors que le second privait clairement une copropriétaire d’un accès mentionné dans les documents officiels.
L’affaire ne s’est pas arrêtée à Manacor. Le 21 mai 2026, la Cour provinciale des îles Baléares a confirmé le jugement en appel. Elle s’est appuyée sur la loi, qui protège les éléments communs comme les escaliers, les portails et les couloirs.
Pour la cour, le nouveau mur et le changement de serrure ont transformé un passage commun en zone privatisée. Ils portent atteinte à une véritable servitude de passage au profit de la sœur lésée.
La conséquence est concrète : la propriétaire doit démolir le mur, rouvrir la porte donnant sur l’escalier et rétablir l’état initial des accès. Et ce n’est peut-être pas le dernier épisode.
Démolition ordonnée : ce qui peut encore bloquer l’affaire
La propriétaire du mur conserve une dernière carte : un recours devant la Cour suprême espagnole. Selon Midi Libre, rien n’indique à ce stade que la démolition soit effective. Pendant ce temps, l’automobiliste continue de vivre le litige à chaque trajet jusqu’à sa voiture.
C’est le paradoxe de ce type de procédure : une décision de justice peut être claire et confirmée en appel, tout en laissant le quotidien inchangé tant que les recours courent. Deux sœurs, un même escalier, et un mur qui continue de les séparer.
Autre enseignement : le conflit ne portait pas sur la propriété de la place de parking elle-même. Chacune garde son emplacement. Ce qui était en jeu, c’est le chemin pour y parvenir, et sa fermeture unilatérale par une seule copropriétaire.
Dans cette affaire, la question de la serrure est loin d’être un détail. En changeant celle de la porte de l’escalier, la sœur a fermé un accès que les documents officiels décrivaient comme commun. La cour l’a traité comme une privatisation d’un élément partagé.
La famille, elle, n’a pas fini d’en parler. Reste à savoir si le recours possible changera la donne, ou si le mur finira bien par tomber.
Ce que ce mur de garage change pour les copropriétés familiales
Ce dossier espagnol résonne bien au-delà des Baléares. Dès qu’un bien est partagé entre héritiers, la tentation de se réserver un coin est grande. Mais les juges rappellent ici que les parties communes ne se privatisent pas à coups de briques.
Question voisine, très française : un héritier peut-il agir seul sur l’accès à un bien familial ? Un article se penche sur ce point précis, celui de savoir si un héritier peut changer les serrures de la maison familiale avant la fin de la succession.
Autre rappel utile : un chantier peut se retourner contre celui qui l’a lancé. Dans le dossier d’une allée rehaussée de 10 cm pour éviter la boue, c’est le voisin du bas qui a gagné au tribunal.
Dans l’affaire des Baléares, une chose est établie par la décision d’appel : un permis municipal ne vaut pas blanc-seing, et un ancien mur qui ne gêne personne n’autorise pas un nouveau mur qui gêne. Le reste dépendra du dernier recours.
Chacun de ces dossiers raconte la même chose : quand l’accès à une propriété se joue entre proches ou voisins, les juges regardent le passage réellement supprimé, pas l’intention affichée.
Au fond, le plus coûteux dans cette histoire n’était pas la brique, mais la serrure.
Et si vous croyez que les litiges de propriété s’arrêtent là, imaginez la tête de ce couple de retraités qui a découvert que leur maison avait été construite sur le terrain du voisin. Plus étonnant encore, l’histoire de ce père dont le fils de 10 ans a fini par le traîner en justice à cause de ses économies.