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Son fils de 10 ans le traîne en justice : il avait utilisé ses économies d’enfant pour financer son propre mariage

Publié par Killian Ravon le 06 Mar 2026 à 17:00

En Chine, l’affaire de ce père poursuivi par son fils a beaucoup fait réagir. À Zhengzhou, un garçon de 10 ans a obtenu gain de cause. Après avoir découvert que plus de 82 000 yuans placés sur un compte à son nom avaient disparu. Selon le tribunal, cet argent lui appartenait bien, même si son père en assurait la gestion. Et il ne pouvait pas être utilisé pour financer un mariage personnel.

Enfant chinois de 10 ans assis dans une salle de tribunal aux côtés de son père au visage désolé
Dans une salle de tribunal, un enfant chinois de 10 ans est assis près de son père, visiblement accablé par la situation. Image d’illustration.
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L’histoire frappe parce qu’elle mêle plusieurs sujets sensibles à la fois. Le divorce, l’argent des enfants, l’autorité parentale et la frontière entre gestion et appropriation. Derrière le fait divers, le dossier rappelle surtout une règle simple : un parent peut protéger les biens de son enfant, pas les dépenser pour lui-même.

Des enveloppes rouges exposées avant le Nouvel An lunaire, au cœur d’une tradition au centre de l’affaire. Crédit : Aaaatu.

Un compte alimenté pendant des années par les enveloppes du Nouvel An chinois

D’après les éléments relayés par le South China Morning Post, le garçon, identifié sous le prénom de Xiaohui, vivait à Zhengzhou, dans la province du Henan. Chaque année, il recevait de l’argent dans des enveloppes rouges lors du Nouvel An lunaire. Au fil du temps, ces sommes ont été déposées sur un compte bancaire ouvert à son nom, jusqu’à atteindre 82 750 yuans avec les intérêts.

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Dans la culture chinoise, ces enveloppes rouges, appelées hongbao ou lai see selon les régions, sont loin d’être anecdotiques. Elles symbolisent la chance, la protection et les bons vœux pour l’année à venir. Elles sont très souvent offertes aux enfants, mais aussi à des proches plus jeunes ou non mariés. Le geste est traditionnel, et l’argent remis est bien perçu comme un cadeau.

C’est précisément ce point qui a pesé dans l’affaire. Le tribunal a considéré que ces sommes, parce qu’elles avaient été données à l’enfant puis versées sur un compte à son nom, constituaient son patrimoine personnel. Autrement dit, le père n’en était pas propriétaire. Il en avait seulement la garde matérielle en tant que représentant légal.

Un visuel de mariage pour illustrer les dépenses personnelles au cœur du litige. Crédit : Ildar Sagdejev (Specious).
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Après le divorce, la situation familiale bascule

Les parents de Xiaohui avaient divorcé environ deux ans plus tôt. Après cette séparation, l’enfant avait vécu avec son père. Puis ce dernier s’est remarié. C’est après ce nouveau mariage que le garçon est retourné vivre chez sa mère, et que celle-ci a découvert que l’épargne avait été vidée.

La disparition de l’argent ne portait pas sur quelques retraits ponctuels. Selon les éléments rapportés par plusieurs médias, la totalité des 82 750 yuans, intérêts compris, avait été retirée du compte. La mère a alors accusé son ex-mari d’avoir utilisé ces fonds pour couvrir les frais de sa nouvelle cérémonie de mariage.

Le père, lui, a tenté de relativiser. Quand l’enfant a demandé des explications, il aurait expliqué que cet argent venait de proches et qu’il ne l’aurait récupéré qu’à l’âge adulte. À l’audience, il a aussi soutenu que la procédure avait surtout été poussée par son ex-épouse. Cet argument n’a pas convaincu la justice.

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Pourquoi ce père poursuivi par son fils a perdu devant le tribunal

Le point central du dossier tient au statut juridique de l’argent. En droit civil chinois, un tuteur doit agir dans l’intérêt de la personne protégée. Il ne peut pas disposer des biens du mineur sauf si cela sert précisément les intérêts du mineur. Cette logique apparaît dans les textes relatifs à la protection patrimoniale des enfants et dans les formulations disponibles du Code civil chinois.

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Le tribunal de Zhengzhou a donc retenu une lecture assez nette. Même en tant que père et tuteur légal, l’homme ne pouvait pas retirer ces fonds pour payer une dépense qui lui profitait directement. Le mariage concernait sa vie personnelle, pas les besoins de son fils. En utilisant cet argent sans autorisation ni justification liée à l’intérêt de l’enfant, il a porté atteinte aux droits patrimoniaux du mineur.

La décision ordonne le remboursement intégral de la somme. Plusieurs reprises de l’affaire indiquent que le père doit restituer les 82 750 yuans, principal et intérêts compris. Le jugement ne dit pas seulement qu’il a eu tort moralement. Il affirme surtout que l’enfant était bien propriétaire des fonds.

Une image symbolique du remariage évoqué dans la procédure. Crédit : Cayton Heath.
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Une affaire qui dépasse le simple fait divers

Ce dossier a attiré l’attention en Chine parce qu’il touche à une pratique très répandue. Dans de nombreuses familles, l’argent reçu par les enfants lors du Nouvel An est conservé par les parents. Cela peut être fait pour éviter des dépenses impulsives, pour mieux gérer l’épargne ou simplement par habitude. Mais l’affaire Xiaohui rappelle qu’entre “garder” et “prendre”, la frontière juridique existe bel et bien.

La question est d’autant plus sensible que l’argent offert pendant le Nouvel An lunaire n’a rien d’un détail dans certaines familles. Les montants peuvent s’accumuler sur plusieurs années, surtout lorsque l’enfant reçoit des enveloppes de plusieurs proches à chaque fête. Ce qui semble au départ relever de la tradition peut donc finir par constituer une véritable petite épargne.

Le jugement envoie ainsi un message plus large aux parents. Être tuteur ne donne pas un droit absolu sur les biens du mineur. La fonction impose au contraire une responsabilité. En pratique, cela signifie que l’autorité parentale ne permet pas de détourner une somme destinée à l’enfant, même quand le compte est administré par l’adulte.

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Une scène familiale qui rappelle que l’affaire se joue au croisement du mariage, de l’enfance et de l’argent. Crédit : Frederick Noronha.

Ce que dit cette affaire sur l’argent des enfants après une séparation

Le contexte du divorce compte aussi beaucoup. Quand un enfant vit tour à tour chez l’un ou l’autre de ses parents, la question de la gestion des biens peut vite devenir floue. L’affaire montre qu’une séparation conjugale ne modifie pas la propriété de l’épargne de l’enfant. Le parent hébergeant le mineur n’acquiert pas pour autant un droit d’usage personnel sur son argent.

Ce point peut paraître évident vu de loin. Pourtant, dans le quotidien, les dépenses familiales, les comptes bancaires et les décisions prises “pour le foyer” brouillent parfois les lignes. Le père a justement semblé considérer qu’il pouvait arbitrer seul sur le moment où son fils profiterait de cette somme. Le tribunal a rappelé qu’un tel choix n’était pas le sien quand l’argent ne lui appartenait pas.

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La portée symbolique de l’affaire est forte. Voir un enfant de 10 ans engager une procédure contre son propre père reste rarissime et choquant pour beaucoup. Mais le dossier montre aussi que la justice peut être saisie au nom d’un mineur lorsque ses intérêts patrimoniaux sont menacés. Dans ce cas précis, le recours judiciaire a servi à rétablir un droit de propriété très concret.

Un détail de danse nuptiale pour illustrer le coût symbolique et matériel d’une cérémonie. Crédit : Alvin Mahmudov.

Un débat public relancé autour des enveloppes rouges

L’affaire a enfin ravivé un débat récurrent sur les réseaux sociaux chinois : à qui appartient vraiment l’argent des enveloppes rouges offertes aux enfants ? Sur le plan culturel, beaucoup de parents estiment normal de superviser ces sommes. Sur le plan juridique, la réponse paraît plus claire lorsque l’argent est identifié comme un cadeau fait au mineur et conservé à son nom.

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Cette nuance est essentielle. Gérer l’argent d’un enfant pour l’épargner, préparer ses études ou couvrir ses besoins peut s’inscrire dans l’intérêt du mineur. En revanche, financer un mariage, rembourser des dépenses d’adulte ou combler un besoin personnel change complètement la nature de l’acte. Le tribunal de Zhengzhou a justement tranché sur cette différence.

L’histoire de Xiaohui tient donc autant du fait divers que du rappel juridique. Elle montre qu’un cadeau destiné à un enfant ne cesse pas de lui appartenir parce qu’un parent le détient physiquement ou le place sur un compte qu’il administre. Et dans cette affaire, la justice chinoise a voulu le redire sans ambiguïté.

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Une leçon à retenir

Au-delà de son aspect spectaculaire, cette affaire met en lumière une règle simple : l’argent d’un enfant n’est pas une réserve dans laquelle un parent peut puiser au gré de ses besoins. Le tribunal a considéré que Xiaohui était bien propriétaire de ses économies, issues des enveloppes rouges reçues au Nouvel An, et que son père devait les restituer. Dans un contexte de divorce et de recomposition familiale, le jugement rappelle que la protection du mineur vaut aussi pour son patrimoine.

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