Ultra-trail : deux élites reconnaissent avoir eu recours au dopage

Dans le monde très surveillé de l’ultra-endurance, deux noms viennent d’écorner leur image en quelques jours. Cameron Hanes et Mike McKnight, deux figures respectées de l’ultra-trail américain, ont chacun reconnu publiquement avoir utilisé une substance interdite par l’Agence mondiale antidopage. Leur défense : une blessure, une douleur, une opération à éviter à tout prix. Sauf que le règlement, lui, ne fait aucune distinction entre soigner et tricher.
Une blessure au dos, une opération annulée et un aveu public
Tout commence avec Mike McKnight, entraîneur dans l’Utah et spécialiste reconnu des courses de 200 miles. En 2025, une chute lui provoque une hernie discale. Kinésithérapie, chiropraxie, traitements multiples : rien ne suffit. Les douleurs nerveuses progressent, et une opération chirurgicale finit par être programmée.
C’est là que le coureur bascule vers une substance encore méconnue du grand public, le BPC-157. Sur les conseils de proches, il commence un traitement quotidien, injecté à domicile par une infirmière. Une semaine plus tard, selon son propre récit, il annule son opération. Une amélioration qui repose uniquement sur son témoignage, sans validation médicale indépendante ni preuve scientifique de l’efficacité réelle du produit.
Ce type de récit rappelle d’autres histoires où le corps humain semble défier toute logique, comme cette découverte récente sur le cerveau des astronautes. Mais ici, la question n’est pas physiologique : elle est réglementaire.
Et elle va vite rattraper le coureur américain, comme elle a déjà rattrapé un autre nom bien plus connu du milieu, tout juste avant lui, dans une affaire qui commence à faire du bruit sur les réseaux comme certaines polémiques virales qui enflamment Internet en quelques heures.
Le BPC-157, un peptide interdit depuis 2022 mais toujours vendu en ligne
Le BPC-157 est un peptide expérimental présenté sur Internet comme capable de réparer muscles, tendons, ligaments et tissus nerveux. Ces promesses, jamais validées officiellement, ont pourtant suffi à le faire circuler dans les milieux sportifs, du bien-être et de l’anti-âge.
Le problème, c’est qu’il appartient à la catégorie S0 de la liste de l’Agence mondiale antidopage : celle des substances non approuvées par une autorité sanitaire pour un usage thérapeutique humain. Résultat, il est interdit à tout moment, en compétition comme en dehors, et figure explicitement sur la liste mondiale depuis 2022.
Mike McKnight affirme avoir ignoré ce classement au moment des faits. Il assume aujourd’hui sa méconnaissance, tout en réclamant une procédure plus claire pour les sportifs blessés confrontés à des choix médicaux difficiles.
Une revendication qui rappelle d’autres débats sur les zones grises réglementaires, un peu comme certaines décisions administratives aux conséquences mal anticipées.
Un comité consultatif américain a d’ailleurs récemment évoqué un assouplissement des conditions de préparation en pharmacie pour ce peptide, sans que cela ne change quoi que ce soit à son interdiction dans le sport, tranchée par un cadre aussi strict que ceux appliqués dans d’autres secteurs très réglementés.

Une seconde affaire éclate quelques jours plus tôt, et change tout
Avant que d’autres histoires de sport insolites ne fassent le tour du web, c’est Cameron Hanes, 58 ans, qui allume la mèche. L’Américain reconnaît publiquement avoir déjà utilisé du BPC-157 pour soigner une blessure à la cheville. Une déclaration en apparence anodine, jusqu’à ce que l’ultra-traileur Sage Canaday décide de la signaler officiellement à l’Agence antidopage américaine.
Rien ne prouve que Cameron Hanes utilisait encore la substance au moment d’un marathon qu’il a récemment couru, ni que cela explique sa performance. La question posée par Sage Canaday porte sur un principe plus large : peut-on tolérer l’usage passé d’une substance interdite chez un athlète soumis aux règles antidopage ? C’est cette polémique qui a mis le sujet sous les projecteurs, quelques jours avant que Mike McKnight ne fasse à son tour ses aveux.
L’Agence antidopage américaine a déjà tranché sur un point précis : aucune autorisation d’usage thérapeutique ne peut être accordée pour le BPC-157, faute d’approbation officielle comme médicament humain. Les défenseurs des deux coureurs insistent sur leur intention de se soigner, pas de performer. Mais dans l’ultra-trail, guérir plus vite, c’est aussi s’entraîner plus, encaisser davantage de charge, et repousser des limites que la blessure imposait.
Deux histoires, une même substance, et une frontière de plus en plus fine entre soin et dopage. L’ultra-trail américain va devoir répondre vite à une question simple : où s’arrête la thérapie, et où commence la triche ?