Guy Roux : émotions et hommages

Guy Roux ne se montre presque plus. À 87 ans, l’ancien technicien de l’AJ Auxerre a troqué les projecteurs pour une vie retirée, loin du tumulte médiatique qu’il a connu pendant des décennies. Mais mardi, à Semur-en-Auxois, il a fait une exception. Une exception qui en dit long sur l’homme qu’il pleurait ce jour-là, et sur ce que cette disparition change pour tout le football bourguignon.
Une collégiale pleine pour un ami de trente ans
Dans la collégiale Notre-Dame de Semur-en-Auxois, la foule s’est massée mardi pour les obsèques de François Patriat, ancien ministre et sénateur de Côte-d’Or, mort le 19 août à l’âge de 83 ans. Retrouvé inanimé près de son vélo quelques jours plus tôt, l’élu avait suscité une vive inquiétude avant que la triste nouvelle ne tombe.
Emmanuel Macron avait fait le déplacement « en ami », entouré de plusieurs membres du gouvernement et de nombreuses figures de la vie politique française. Un parterre impressionnant, à la mesure du parcours de l’ancien président du conseil régional de Bourgogne, en poste de 2004 à 2015.
Mais au milieu de ces officiels, une silhouette détonnait. Guy Roux, discret parmi les discrets, était venu saluer un homme qu’il connaissait bien au-delà des couloirs de la politique. Car derrière le sénateur se cachait un supporter passionné, celui d’un club que l’entraîneur a façonné de ses mains pendant plus de quarante ans.
Un supporter de l’AJA qui a soutenu le club dans l’ombre
François Patriat n’était pas un simple amateur de ballon rond. Fervent supporter de l’AJ Auxerre, il avait tissé au fil des années des liens étroits avec le club et ses dirigeants, dont Guy Roux lui-même. Une proximité qui dépassait le cadre des tribunes.
Durant ses onze années à la tête de la région, l’ancien ministre avait œuvré concrètement pour soutenir le sport de haut niveau en Bourgogne. L’AJA en avait profité, comme d’autres clubs et disciplines locales, bénéficiant d’un allié précieux au sommet des institutions régionales.
Au lendemain de sa disparition, le club auxerrois a tenu à saluer la mémoire de ce « fervent et dynamique supporter ». Un hommage officiel doit d’ailleurs lui être rendu ce samedi, avant la réception d’Angers comptant pour la 2e journée de Ligue 1. Guy Roux, fidèle au poste malgré ses apparitions désormais comptées, devrait assister à cette cérémonie dans les tribunes de l’Abbé-Deschamps, comme un dernier geste envers celui qui a longtemps porté les couleurs du club dans les coulisses du pouvoir.

Une parole rare mais toujours écoutée sur le football
Ce qui rend la présence de Guy Roux aux obsèques encore plus marquante, c’est sa rareté. L’homme qui a offert à l’AJA le titre de champion de France 1996 et quatre Coupes de France mène aujourd’hui une existence bien éloignée de l’agitation médiatique qu’il a connue pendant sa longue carrière.
Il continue pourtant de suivre avec attention l’actualité de « son » club, et reste une voix respectée dès qu’il accepte de sortir du silence. Quelques jours avant les funérailles, il s’était justement exprimé sur la nomination de Zinédine Zidane comme sélectionneur des Bleus.
« Quand vous êtes premier, vous ne pouvez pas faire mieux. Il était déjà dans une impasse, comme il avait gagné trois fois la Coupe d’Europe, puis le championnat d’Espagne, puis la Coupe d’Espagne, il ne pouvait plus faire mieux, et on lui réclamait toujours de faire mieux », avait-il confié, avant d’ajouter : « La France a cette chance de n’avoir pas eu besoin de chipoter, de discuter pour désigner le successeur de Didier Deschamps donc ça allait de soi, il y a unanimité. Et puis sauf revers répété, son passé est une protection pour lui. »
Cette analyse, à la fois lucide et bienveillante, rappelle pourquoi Guy Roux reste écouté même retiré des feux de la rampe. Sa présence à Semur-en-Auxois, comme sa parole sur Zidane, disent la même chose : l’homme observe tout, mais ne s’exprime que lorsque cela compte vraiment. Et samedi, à l’Abbé-Deschamps, ce sera au tour du club de lui rendre, à travers François Patriat, un dernier hommage collectif.