« On a peur, mais elles ne vivent que pour le rugby » : les parents de joueuses après la mort d’une adolescente

Samedi, sur la pelouse de Colombes, des adolescentes se sont tenues serrées les unes contre les autres, la tête baissée. Quelques jours plus tôt, l’une des leurs, joueuse de rugby comme elles, est morte des suites d’un plaquage. Au bord du terrain, des parents ont dit à voix haute ce qu’ils taisent d’ordinaire : la peur, mais aussi un attachement plus fort encore. Voici ce que racontent ces familles.
Une minute d’applaudissements, puis le coup d’envoi à Colombes
Samedi, un silence particulier a précédé le match à Colombes, dans les Hauts-de-Seine. Au Stade Yves-du-Manoir, les jeunes joueuses du Racing, en ciel et blanc, et celles de Yerres, en bleu et grenat, se sont rassemblées face à la pelouse.
Serrées les unes contre les autres, la tête légèrement inclinée, elles ont prolongé la minute d’applaudissements observée ce jour-là dans tous les stades de France avant chaque match de rugby. Puis elles se sont élancées sur le terrain.
Selon Le Parisien, cette rencontre féminine des moins de 18 ans avait une résonance particulière. Une adolescente de la même catégorie est morte mercredi des suites d’un plaquage subi lors d’un match disputé le week-end précédent avec son équipe.
Une enquête est toujours en cours pour déterminer les circonstances exactes de l’accident. Aucune conclusion ne peut donc être tirée à ce stade, et cet article n’en tirera pas.
Reste l’image : des filles du même âge, dans le même sport, sur le même type de pelouse, quelques jours seulement après le drame. Pour elles, la disparue était une copine, une sœur de vestiaire, une passionnée qui ne désirait qu’une chose : jouer avec un ballon ovale.
Le monde ovale a déjà connu d’autres frayeurs, comme ce rugbyman entre la vie et la mort après un coup à la tempe. Mais à Colombes, ce sont les parents qui ont pris la parole, et leurs mots n’ont rien d’une déclaration officielle.
Au bord du terrain, des parents entre angoisse et fierté
Sur la touche, les familles n’avaient pas le même regard que d’habitude. Chaque plaquage, chaque mêlée prend une autre saveur quand on sait ce qui s’est passé quelques jours plus tôt.
Le Parisien a recueilli leurs propos, et l’un d’eux est devenu le titre de son reportage. Une phrase en deux moitiés, qui résume à elle seule tout le dilemme de ces parents.
La première moitié, c’est l’inquiétude brute. Celle de parents qui regardent leur fille entrer dans un sport de contact, où le plaquage fait partie intégrante du jeu.
La seconde, c’est la passion. Celle d’adolescentes pour qui le rugby n’est pas une activité du week-end parmi d’autres, mais une manière d’être ensemble, de se dépasser, de se retrouver.
Cette tension, Maxime Mermoz, ancien international du XV de France déclaré handicapé, la connaît à sa manière : le rugby de haut niveau laisse parfois des traces durables. Mais les mères et pères de Colombes n’ont pas de carrière à comparer.
Ils ont un samedi, un maillot, une pelouse, et une question qu’ils se posent sans doute en silence : faut-il laisser faire ? Quiconque a déjà assisté à un match de jeunes sait que l’enjeu dépasse le score.
Alors voici la phrase, telle que le journal la rapporte : « On a peur, mais elles ne vivent que pour le rugby. » Elle dit tout, et pourtant elle ne dit pas ce que ces parents ont réellement décidé.

Pourquoi ces familles ne ferment pas la porte du vestiaire
Dans d’autres sports aussi, un choc à la tête déclenche aujourd’hui des réflexes de prudence, comme le protocole commotion activé pour Victor Wembanyama après sa chute. La question de la sécurité des sportifs n’est donc pas propre au rugby.
Mais ici, il s’agit d’adolescentes, et la réponse des parents tient dans la seconde moitié de leur phrase. Ils ne retirent pas leurs filles des terrains, puisqu’elles étaient bien là samedi, maillot sur le dos, sur la pelouse de Colombes.
Pourquoi ? Parce que, disent-ils, elles ne vivent que pour le rugby. Interdire le ballon ovale reviendrait, à leurs yeux, à retirer à ces jeunes filles ce qui structure leurs semaines.
La peur ne disparaît pas pour autant. Elle cohabite avec la fierté de les voir jouer, et c’est cette cohabitation, inconfortable, qui explique que personne n’ait claqué la porte du vestiaire.
À ce stade, rien ne permet d’affirmer ce qui a causé la mort de l’adolescente. L’enquête ouverte devra établir les faits, et c’est elle, et non les émotions d’un samedi, qui dira si quelque chose aurait pu être évité.
Voilà donc la réponse, simple et brutale : ces familles continuent, avec la boule au ventre, parce que leurs filles ne conçoivent pas leur vie sans rugby. Mais cette décision en appelle une autre, du côté des clubs et des instances.
Ce qu’il faut surveiller après l’hommage
Le premier point à suivre, c’est l’enquête. Elle doit déterminer les circonstances exactes de l’accident, et tant qu’elle n’a pas rendu ses conclusions, toute explication reste prématurée.
Le deuxième, c’est l’élan collectif. La minute d’applaudissements observée dans tous les stades de l’Hexagone montre que le rugby français a voulu faire corps. Reste à voir si cet élan se traduit ensuite par des discussions concrètes entre clubs, éducateurs et familles.
Les familles du rugby amateur ont déjà eu des frayeurs hors des terrains, comme ce bus transportant 15 jeunes rugbymen qui s’est embrasé sur l’autoroute. À chaque fois, la même question revient : jusqu’où protéger sans priver ?
Elle dépasse d’ailleurs le rugby. La sécurité des jeunes sportives se joue aussi en bord de terrain, comme l’a rappelé cette mère entrée sur un parquet de basket pour blesser une joueuse, preuve que l’ambiance autour des matchs de jeunes compte autant que les règles du jeu.
Enfin, il y a la suite, plus intime. Les joueuses de moins de 18 ans de Colombes reprendront leurs entraînements, leurs déplacements, leurs week-ends en crampons, avec cette semaine dans un coin de la tête.
Ce que racontent ces joueuses sans rien dire
Ce que racontent les adolescentes, c’est peut-être cela : elles sont retournées sur le terrain, ensemble. Personne ne leur a demandé de le faire, et pourtant la pelouse de Colombes les attendait.
Reste à écouter les parents, et à les croire quand ils disent avoir peur sans pour autant renoncer.
Le rugby est un sport de contact, un sport d’équipe, et pour ces jeunes filles, un sport de vie. Cette peur et cet amour, qui avancent main dans la main, c’est tout ce qu’il y avait à comprendre ce samedi à Colombes.
Et si vous croyez que les champions n’ont rien à cacher, le secret que l’entourage de Pogacar utilise en plein entraînement vous fera sourire. Quant à ceux qui pensent que la télé a perdu sa capacité à surprendre, la sortie de Louis Cattelat qui a figé Tony Parker ne manque pas de piquant.