Personne ne le reconnaît : le secret que l’entourage de Pogacar utilise pour le cacher en plein entraînement
Il est l’un des sportifs les plus reconnaissables de la planète. Quadruple vainqueur du Tour de France, double champion du monde, Tadej Pogacar attire les regards dès qu’il enfourche son vélo. Mais depuis quelques mois, son entourage a trouvé une parade aussi simple qu’inattendue pour lui permettre de s’entraîner tranquillement. Une astuce que peu de gens connaissaient… jusqu’à maintenant.
Un maillot différent pour passer inaperçu

Lorsque Pogacar sort rouler sur les routes de sa région d’entraînement, il ne porte plus systématiquement les couleurs emblématiques de son équipe, la UAE Team Emirates-XRG. Son agent, Alex Carera, membre de l’agence A&J All Sports, a levé le voile sur cette stratégie dans le podcast du média Domestique.
« Tadej a reçu un maillot différent, d’une autre couleur, avec les mêmes sponsors des Émirats arabes unis, mais en rouge, bleu et jaune », explique Carera. La raison est aussi pragmatique qu’étonnante : « Parce que les gens perdent 10 ou 20 secondes à le reconnaître et, à ce moment-là, il est déjà trop loin. »
Ces quelques secondes de flottement dans l’esprit d’un passant ou d’un cycliste amateur suffisent à éviter les arrêts forcés, les demandes de selfies intempestives et les interruptions qui peuvent briser le rythme d’une séance d’entraînement. Une solution ingénieuse pour un problème qui, en réalité, touche bien plus d’athlètes qu’on ne le croit.
Un problème propre au cyclisme que les autres sports n’ont pas

Carera a profité de cette révélation pour pointer du doigt une vulnérabilité structurelle du cyclisme professionnel que le grand public perçoit rarement. Dans la quasi-totalité des autres sports de haut niveau, l’entraînement se déroule dans un espace clos et sécurisé : un stade, une salle, un complexe sportif.
« Oui, c’est un gros problème en cyclisme actuellement. Pas pendant la course, mais certainement à l’entraînement. Parce que les autres athlètes — les footballeurs, les basketteurs ou les rugbymen — quand ils ont besoin de s’entraîner, ils sont au stade, où il y a de la sécurité. Pour le cyclisme, c’est impossible car il faut aller sur la route. »
Le cycliste professionnel est donc, par essence, un athlète exposé. Il ne peut pas s’entraîner derrière des grilles. Il doit cohabiter avec le reste du monde : les voitures, les riverains, et les fans. Une contrainte que l’essor des réseaux sociaux a rendu bien plus lourde qu’elle ne l’était il y a vingt ans.
Une décision prise en accord avec la direction de l’équipe

La mise en place du maillot camouflage ne s’est pas faite de manière informelle. Alex Carera précise que l’entourage de Pogacar a également décidé, en concertation avec la direction de l’équipe UAE Team Emirates, que le champion slovène ne sortirait plus seul dans certaines situations.
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« Nous avons pris cette décision l’an dernier, en accord avec la direction de l’équipe UAE Team Emirates, Mauro Gianetti », indique l’agent. Une décision qui traduit une prise de conscience collective : la popularité de Pogacar est désormais telle qu’elle nécessite une gestion quasi-sécuritaire de ses déplacements, même en dehors des compétitions.
Pour un athlète dont le niveau de performance exige des séances d’entraînement millimétrées, chaque interruption a un coût. Une conversation non planifiée, une photo qui s’éternise, un fan qui insiste : autant de micro-perturbations qui, accumulées, peuvent déstabiliser une préparation soigneusement construite.
Vingegaard blessé, Pogacar insulté : les incidents se multiplient

Ces mesures de protection interviennent dans un contexte particulièrement tendu. Les incidents impliquant des fans lors d’entraînements se sont en effet multipliés ces derniers mois au plus haut niveau du peloton mondial.
Le cas le plus marquant reste celui de Jonas Vingegaard, double vainqueur du Tour de France lui aussi. En début d’année 2025, le Danois a chuté lors d’une sortie en Espagne alors qu’un cycliste amateur le filmait en le suivant de très près. Le résultat : Vingegaard est apparu le visage ensanglanté, une image qui avait choqué le monde du cyclisme.
Pogacar lui-même n’a pas été épargné. Il avait publié un message sur Strava après une sortie dans la région de Valence au cours de laquelle un fan l’avait apostrophé pour un selfie, puis insulté lorsque le champion lui avait demandé d’attendre deux minutes.
« Une question honnête pour tous les fans », avait écrit Pogacar. « Si vous me voyez en pleine conversation et que vous me demandez une photo, je vous demande de me laisser deux minutes pour terminer. Attendez-vous deux minutes ou me faites-vous un doigt d’honneur en partant furieux ? (Avec votre partenaire en train de me crier dessus ?) »
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Ce message, aussi mesuré qu’il soit dans la forme, révèle une frustration réelle. Celle d’un champion qui reste fondamentalement accessible, mais qui se retrouve confronté à une minorité de fans incapables de respecter le contexte dans lequel ils l’approchent.
La rançon d’une popularité hors norme

Pogacar est aujourd’hui bien plus qu’un champion cycliste. Il est une icône mondiale du sport, adulée bien au-delà du cercle des amateurs de cyclisme. Sa domination sur les pelotons depuis 2020 — quatre Tours de France, deux championnats du monde, des victoires dans les plus grandes classiques — en a fait un personnage que le grand public reconnaît instantanément.
Cette popularité a des vertus évidentes pour le sport et pour ses sponsors. Mais elle génère aussi des contraintes que peu d’athlètes dans d’autres disciplines doivent gérer dans leur environnement d’entraînement quotidien. Un basketteur de la NBA, un footballeur du Real Madrid : tous deux peuvent travailler leurs gestes techniques dans l’anonymat relatif d’une infrastructure fermée.
Pogacar, lui, doit monter une côte à 30 km/h sur une route ouverte, potentiellement croiser un groupe de cyclos qui le reconnaissent, gérer leur enthousiasme, et continuer à pousser les watts comme si de rien n’était. Une équation dont la solution, pour l’instant, tient à un maillot d’une couleur différente.
La simplicité de cette mesure est peut-être sa plus grande force. Pas besoin d’un dispositif de sécurité complexe, pas besoin de changer d’itinéraires en permanence. Juste un changement de couleurs qui offre quelques secondes de flottement. Et dans le monde du cyclisme de haute intensité, quelques secondes peuvent tout changer.
Cette situation n’est pas sans rappeler les questions plus larges qui entourent le champion slovène, notamment les accusations de dopage qui pèsent régulièrement sur le numéro un mondial, ou encore les analyses de ceux qui estiment que les chiffres de ses performances méritent d’être examinés. Des polémiques que Lance Armstrong lui-même a commentées, conseillant à Pogacar de « faire profil bas ». Autant d’éléments qui contribuent à faire du Slovène le cycliste le plus scruté — et le plus exposé — de sa génération.
Un signal d’alarme pour tout le cyclisme professionnel
Au-delà du cas Pogacar, la situation met en lumière un vide réglementaire et organisationnel que le cyclisme professionnel devra tôt ou tard adresser. Les équipes, les organisateurs et l’Union Cycliste Internationale ont su encadrer la sécurité lors des courses. Mais la question de la protection des athlètes à l’entraînement reste largement dans un angle mort.
D’autres champions du peloton, moins médiatiques que Pogacar ou Vingegaard, font probablement face à des situations similaires sans que cela ne soit jamais rendu public. L’émergence des caméras embarquées, des comptes Strava publics et des stories en temps réel a rendu les cyclistes professionnels traçables en permanence, y compris pendant leurs sorties d’entraînement.
Un maillot rouge, bleu et jaune en lieu et place du blanc et rouge habituel. C’est peu. Mais c’est pour l’instant la réponse pragmatique qu’a trouvée l’entourage du meilleur cycliste du monde pour lui permettre de faire son travail. Simplement rouler, sans être arrêté.