Nobby Stiles a tapé la balle 140 000 fois : la vraie raison glaçante de sa mort à 78 ans

Il a soulevé la Coupe du monde en 1966, dansant sur la pelouse de Wembley avec le trophée dans une main et son dentier dans l’autre. Nobby Stiles était une légende du football anglais. Mais derrière l’image joyeuse se cachait un compte à rebours silencieux, déclenché des décennies plus tôt, coup de tête après coup de tête.
Un footballeur, des milliers de coups de tête, et une enquête qui tranche
La Stockport Coroner’s Court vient de rendre son verdict : l’ancien milieu de terrain de Manchester United est mort avec une démence sévère causée en partie par une encéphalopathie traumatique chronique, la fameuse CTE. Une pathologie directement liée aux impacts répétés à la tête pendant sa carrière de footballeur professionnel.
Le chiffre donne le vertige : environ 140 000 têtes frappées au cours de dix-sept années de carrière. Son fils John a calculé une estimation « conservatrice » de 136 000 impacts, à raison de 40 têtes par jour, cinq jours par semaine. À l’époque, les ballons pesaient environ 450 grammes et devenaient bien plus lourds une fois trempés par la pluie anglaise.
Ce drame individuel rappelle d’autres histoires marquantes issues du sport, où un célèbre footballeur s’est retrouvé confronté à un tout autre type d’épreuve physique. Comme si le corps des athlètes racontait, bien après la retraite, des histoires que le grand public n’imaginait pas.
Ancien international à 28 reprises, capé pour l’Angleterre et auteur de près de 400 matchs sous le maillot de Manchester United, Stiles a rejoint le club comme apprenti à seulement 15 ans, en pleine époque des Busby Babes. Une carrière brillante qui, on le sait désormais, portait en elle les germes d’un déclin implacable.
La science tranche : « Je suis convaincu que c’est la cause »
C’est le Dr Daniel Du Plessis, expert en neuropathologie, qui a livré le verdict scientifique attendu depuis des mois par la famille. Après avoir examiné des échantillons du cerveau de l’ancien joueur, il a déclaré sans détour : « Je suis quite convaincu que le fait d’avoir tapé la balle autant de fois a causé sa CTE. »
La coroner en chef Alison Mutch lui a demandé de confirmer : oui, les têtes répétées sont bien à l’origine de la maladie. Une réponse qui vient nourrir un débat qui dépasse largement le cas Stiles, et qui touche tout un pan du football anglais des années 1960 et 1970, une époque où le jeu aérien était omniprésent, un peu comme dans les grands scénarios de phases finales de Mondial où chaque duel physique compte.
Des études récentes montrent qu’une seule tête, même avec un ballon moderne qui n’absorbe plus l’eau, équivaut à environ 80% de l’impact d’un coup de poing de boxeur. De quoi relativiser l’image d’un geste anodin, presque esthétique, du football traditionnel.
Le déclin de Nobby Stiles a commencé insidieusement, vers la fin de la cinquantaine et le début de la soixantaine. Sa famille a d’abord remarqué de petits oublis, des répétitions dans ses phrases. Rien d’alarmant en apparence, jusqu’à ce que la démence sévère l’immobilise finalement au lit dans une maison de retraite, où il est décédé le 30 octobre 2020, à l’âge de 78 ans.
Toute une génération de héros de 1966 emportée par la même maladie
Le cas de risques méconnus liés à des habitudes du quotidien trouve un écho glaçant dans le destin de toute l’équipe championne du monde 1966.
Sur les onze titulaires de cette finale mythique, presque tous ont été fauchés par des maladies neurodégénératives : Martin Peters et Ray Wilson emportés par Alzheimer, Jack Charlton touché par une démence associée à un lymphome.
Comme l’a résumé la fille de Gordon McQueen, autre ancienne gloire du football écossais frappée par le même mal : cette génération a été « pratiquement effacée » par ces pathologies.
Geoff Hurst, auteur du triplé en finale, est aujourd’hui le seul survivant de cette équipe légendaire, à 81 ans. En 2010, il avait dû vendre ses médailles de champion du monde pour financer ses soins face à des troubles mentaux grandissants, laissant transparaître une angoisse et un sentiment de fatalité que son fils décrit encore aujourd’hui.
John Stiles, à la tête du groupe Football Families for Justice, fait partie des dizaines d’anciens joueurs et de familles qui poursuivent actuellement la Fédération anglaise de football devant la justice, accusant les instances d’avoir manqué à leur devoir de protection. En mars dernier, les avocats de la Football Association ont pourtant affirmé devant la High Court qu’il n’était « pas établi scientifiquement » que les coups de tête ou les commotions occasionnelles causaient des dommages cérébraux permanents.
Une étude cofinancée en 2019 par la FA elle-même avait pourtant révélé que les footballeurs professionnels avaient trois fois et demie plus de risques de mourir d’une maladie neurodégénérative que la population générale du même âge. Face à cette réalité désormais difficile à nier, la fédération a annoncé l’interdiction progressive des têtes chez les jeunes joueurs jusqu’aux moins de 11 ans, d’ici 2026.
« Il était très humble, il n’a jamais vraiment changé », a confié John Stiles à la barre, évoquant un père qui laissait le football à la porte de la maison. Avant d’ajouter, la voix posée : « Il était fier de son titre, mais nous étions bien plus fiers du père qu’il a été que du footballeur. »
Une légende du ballon rond, une vérité longtemps enfouie, et un système qui commence tout juste à en tirer les leçons. L’histoire de Nobby Stiles pose une question que le football tout entier ne peut plus esquiver : combien d’autres héros silencieux paient encore aujourd’hui le prix de leur passion ?