Cette île grecque estimée à 8 millions d’euros est mise en vente pour moins de 250 000 €… et personne n’en veut

Posséder sa propre île en Grèce pour le prix d’un appartement en banlieue parisienne. Le rêve semble à portée de main depuis que l’île de Makri, nichée en mer Ionienne, a vu sa valeur s’effondrer de 8 millions à 247 000 euros en trois ans. Mais derrière cette chute spectaculaire se cache une réalité bien moins idyllique que les photos turquoise ne le laissent croire.
98 hectares en mer Ionienne : pourquoi le prix de Makri a fondu de 97 %
L’archipel des Échinades, à une trentaine de kilomètres de Céphalonie, abrite cette île privée de 98 hectares bordée par près de 7 km de littoral. En 2021, une première mise en vente avait fixé le tarif à huit millions d’euros, en partant du principe que le terrain pouvait être librement aménagé. Hôtel de luxe, marina, villas pieds dans l’eau : tout semblait permis.
Sauf qu’une nouvelle expertise a révélé entre-temps l’ampleur des zones naturelles protégées qui recouvrent Makri. Les contraintes environnementales ont fait voler en éclats les projections initiales. Résultat : la valeur estimée a plongé à un niveau que même les petites îles grecques en mal d’habitants n’atteignent pas. Les enchères débuteront en novembre prochain avec une mise à prix de 247 000 euros, un montant dérisoire pour un territoire insulaire de cette superficie.
Alors pourquoi les investisseurs ne se bousculent-ils pas au portillon ?
Interdictions, ruines et zéro eau courante : la face cachée du « paradis »
La réglementation en vigueur interdit purement et simplement tout développement touristique massif. Pas de complexe hôtelier, pas de résidence de vacances, pas de port aménagé. Les seuls usages autorisés se limitent à l’agriculture, au pâturage ou à des installations légères à faible impact écologique. Autant dire que le fantasme d’un resort privé s’évapore dès la lecture du cahier des charges.
Sur place, les infrastructures frisent le néant. L’île ne dispose d’aucun réseau d’eau courante. On y trouve une maison en pierre en ruine, une citerne vétuste et une chapelle. C’est tout. Vivre durablement sur Makri relèverait davantage de la survie que du farniente. Pour les amateurs de retraite au soleil, le compte n’y est clairement pas, même à ce prix.
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Pourtant, cette mise en vente à prix cassé raconte une histoire plus large que celle d’un simple bien immobilier décoté.

Depuis le Covid, la Grèce verrouille ses îles face aux milliardaires
L’appétit des voyageurs fortunés pour les refuges insulaires s’est intensifié depuis la pandémie. Des investisseurs du monde entier se sont tournés vers le marché grec des îles privées, flairant des opportunités dans un pays encore marqué par la crise économique. Face à cet engouement, Athènes a durci le ton.
Les autorités grecques veulent désormais limiter l’artificialisation des côtes et freiner les excès de l’urbanisation touristique. Chaque projet est passé au crible environnemental, et les zones protégées comme celles de Makri deviennent des verrous quasi infranchissables. Le message est clair : posséder une île grecque, oui, mais la bétonner, non.
Ce durcissement explique en grande partie l’écart abyssal entre l’estimation de 2022 et le prix de novembre 2025. L’île n’a pas perdu ses criques ni ses collines boisées. Elle a simplement perdu son potentiel de transformation en resort de luxe, et avec lui, l’essentiel de sa valeur marchande.
Une île de 98 hectares au cœur de la mer Ionienne pour le prix d’un studio à Nice : le rêve existe, mais il sent le chèvrefeuille sauvage et l’eau de citerne. Reste à savoir si un acheteur assez audacieux — ou assez fou — acceptera de troquer le confort moderne contre le privilège rare de posséder son propre bout de Méditerranée. Et vous, seriez-vous prêt à tout recommencer sur un caillou grec sans eau courante ?