Adieu les parasols : cette plage de Sardaigne interdit l’ombre aux vacanciers de 10 à 65 ans
En Sardaigne, une plage paradisiaque vient de prendre une décision radicale pour lutter contre le surtourisme. Parasols interdits, entrée payante, jauge limitée à 150 personnes : bienvenue à Punta Molentis, où bronzer à l’ombre est devenu un privilège réservé aux enfants et aux seniors.
Une plage de rêve, des règles de cauchemar
Punta Molentis, sur la commune de Villasimius, est l’une des plus belles plages de Sardaigne. Eaux turquoise, sable blanc, décor de carte postale. Le genre d’endroit qu’on voit sur Instagram et qu’on ajoute direct à sa bucket list.

Sauf que cet été, le maire a publié un arrêté qui a fait l’effet d’une bombe. Selon le journal la Repubblica, l’installation de parasols, tonnelles, auvents et tout système d’ombrage est désormais strictement interdite sur cette plage.
La seule exception concerne les familles avec des enfants de moins de 10 ans ou des personnes de plus de 65 ans. Eux ont droit à un parasol. Un seul. Pour tous les autres, c’est soleil direct ou rien.
Autrement dit, si vous avez entre 10 et 65 ans et que vous venez sans enfant ni senior, préparez-vous à rôtir. D’ailleurs, c’est exactement le mot qu’utilisent les internautes furieux sur les réseaux.
« Ceux qui n’ont pas d’enfants, ils sont censés se faire rôtir ? »
La phrase résume assez bien l’ambiance. Sur les réseaux sociaux italiens, les réactions oscillent entre colère et incrédulité. Beaucoup d’habitués de cette plage n’en reviennent pas de devoir choisir entre un coup de soleil et rester chez eux.
Il faut dire que la mesure ne vient pas seule. Le maire a aussi instauré un droit d’entrée de 10 euros par personne, du 6 juin au 31 octobre. Et la réservation est obligatoire. Seules les personnes en situation de handicap bénéficient de la gratuité.

Côté logistique, le parking est limité à 70 véhicules par jour. La jauge maximale sur le sable : 150 personnes en simultané. Selon Il Messaggero, la police municipale effectuera des contrôles réguliers, et la gestion a été confiée à une société locale privée.
Mais pourquoi des mesures aussi drastiques pour une simple plage ? La réponse tient en un mot : le feu.
Un incendie qui a tout changé
En juillet 2025, un incendie ravageur a dévasté la végétation autour de Punta Molentis. La plage a été fermée au public pendant des mois. La municipalité a décidé que la réouverture ne se ferait pas comme avant.
L’objectif officiel est double. D’abord, préserver l’environnement fragile d’un site en pleine reconstruction écologique. Ensuite, réduire ce que la mairie appelle « l’impact visuel » du tourisme de masse sur le paysage.
Concrètement, fini les forêts de parasols multicolores plantés bord à bord. Fini les serviettes posées au centimètre près. La mairie veut retrouver l’aspect sauvage de cette crique. Mais à quel prix pour les visiteurs ?
Le vrai débat : protéger la nature ou exclure les moins riches ?
C’est la question que pose frontalement Il Messaggero : est-ce que protéger la nature signifie la rendre accessible uniquement à ceux qui en ont les moyens ? Dix euros par personne, ça paraît anodin. Pour une famille de quatre, ça fait 40 euros juste pour poser les pieds sur le sable.
Et ce n’est pas un cas isolé en Italie. De nombreuses plages du pays sont déjà payantes. Mais la Sardaigne était justement connue pour être l’une des régions avec le plus de plages gratuites d’Italie. Cette réputation est en train de s’effriter.

Le surtourisme est un problème réel. Villasimius, comme beaucoup de communes côtières, croule sous les visiteurs chaque été. Les dunes s’érodent, les déchets s’accumulent, les habitants n’en peuvent plus. Mais la solution doit-elle passer par le portefeuille ?
D’autres destinations européennes font face au même dilemme. Certaines villes italiennes méconnues voient leurs recherches exploser, signe que les touristes cherchent des alternatives. En parallèle, des pays européens interdisent les camping-cars et d’autres multiplient les restrictions.
Sardaigne, Grèce, Espagne : la guerre contre le surtourisme s’accélère
Le cas de Punta Molentis n’est que la partie émergée de l’iceberg. En Grèce, le nombre de plages protégées — sans transats, ni bars, ni parasols — augmente chaque année pour absorber 38 millions de visiteurs annuels.
L’Espagne, de son côté, réfléchit sérieusement à lever le pied sur le tourisme de masse. Le fameux triptyque mer, soleil et béton commence à montrer ses limites. Et la pénurie de kérosène qui menace les vols cet été pourrait bien redistribuer les cartes.
Pour ceux qui comptaient passer leurs vacances en Sardaigne, le message est clair. Les plages paradisiaques ne sont plus en accès libre. Et si la tendance se confirme, bronzer à l’ombre d’un parasol pourrait bientôt devenir un luxe un peu partout en Méditerranée.