Kérosène rationné, baril à 218 $ : les vols des vacances d’été sont-ils en danger ?
L’Italie vient d’annoncer un rationnement du kérosène dans plusieurs de ses aéroports. Pendant ce temps, le baril de carburant aérien a franchi les 218 dollars — soit plus du double de son prix d’avant-guerre. Des milliers de vols sont déjà annulés à travers le monde. Pour les millions de Français qui comptent prendre l’avion cet été, la question devient pressante : pourra-t-on encore décoller ?
L’Italie rationne, les compagnies annulent : la crise s’accélère
Depuis lundi matin, quatre aéroports italiens sont concernés par une mesure inédite. Un fournisseur de kérosène a décidé de limiter l’approvisionnement pour tous les vols de moins de trois heures. Concrètement, les avions qui assurent des liaisons courtes — exactement le type de trajets que prennent des millions de touristes européens chaque été — sont les premiers touchés.
En Sardaigne, île qui vit essentiellement du tourisme, l’inquiétude est déjà palpable. « Sans avion et sans bateau, c’est impossible de rallier la Sardaigne. On ne va pas y aller à la nage », résume un habitant interrogé par France Info. Son ami enfonce le clou : « Il n’y a pas que moi qui suis inquiet. Tout le monde devrait l’être. »
L’Italie n’est pas un cas isolé. En Asie, l’une des plus grosses compagnies a supprimé 10 % de ses vols. Le Vietnam annule également des liaisons. En Europe, une compagnie suédoise a rayé un millier de voyages de son programme. La pénurie de carburant ne concerne plus seulement les automobilistes : elle frappe désormais le ciel.
Pourquoi le kérosène est devenu si rare et si cher
Le nœud du problème se trouve à des milliers de kilomètres de nos aéroports. Le détroit d’Ormuz, passage maritime stratégique par lequel transite 21 % du kérosène mondial, reste bloqué en raison du conflit au Moyen-Orient. Depuis le début de la guerre impliquant l’Iran, les flux d’approvisionnement sont gravement perturbés.
Résultat : le baril de kérosène est passé de 87 à 218 dollars. Une envolée spectaculaire qui rappelle les pires heures des crises pétrolières. Et contrairement au prix de l’essence à la pompe, que les automobilistes voient grimper chaque semaine, la hausse du kérosène est moins visible — mais ses conséquences sont tout aussi brutales.

Selon Thierry Bros, spécialiste énergie à Sciences Po Paris, les compagnies aériennes tentent déjà de s’adapter. « Ce que les compagnies essayent de voir, c’est comment gérer une possible pénurie demain. L’idée, c’est de clouer au sol les avions les moins gênants et de continuer avec ceux qui sont les plus essentiels », explique-t-il. En clair : les lignes les moins rentables seront les premières sacrifiées. L’alerte de l’AIE sur le gazole laissait déjà entrevoir ce scénario.
Ryanair tire la sonnette d’alarme pour mai et juin
Le patron de Ryanair, Michael O’Leary, ne mâche pas ses mots. Lors d’une prise de parole relayée par Sky News, il a averti : « Si la guerre continue, nous pensons qu’il existe un risque réel, même s’il est faible pour l’instant, que 10, 20 ou 25 % de nos livraisons de kérosène soient menacées en mai-juin. »
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Venant du dirigeant de la première compagnie low-cost européenne — celle qui transporte le plus de passagers sur le continent — l’avertissement a de quoi glacer. Car si Ryanair réduit ses vols, l’effet domino touchera des millions de voyageurs. Ceux qui ont déjà réservé un billet d’avion pour cet été se demandent légitimement s’ils devront payer un supplément, voire si leur vol sera maintenu.
Les compagnies ne sont d’ailleurs pas les seules à anticiper le pire. En France aussi, des vols sont déjà annulés. Air France a suspendu ses liaisons vers plusieurs destinations du Moyen-Orient, et d’autres ajustements sont attendus dans les semaines qui viennent.
Combien ça va coûter aux passagers ?
Même si votre vol n’est pas annulé, votre portefeuille va le sentir. De nombreuses compagnies dans le monde ont déjà annoncé des augmentations de prix pour absorber la flambée du kérosène. La surcharge carburant, cette ligne souvent noyée dans le détail de la facture, est en train de grimper partout.
Pour les voyageurs les plus prévoyants, il reste encore possible de limiter les dégâts en réservant tôt. Certains experts recommandent de surveiller le meilleur moment pour réserver un vol estival, avant que les tarifs ne s’envolent davantage. Mais même avec de l’anticipation, les prix affichés aujourd’hui n’ont plus rien à voir avec ceux d’il y a six mois.

La situation pèse aussi sur le prix du carburant en Europe de manière plus large. Les raffineries qui produisent le kérosène produisent aussi du diesel et de l’essence. Quand le pétrole brut se raréfie, toute la chaîne trinque — de la station-service au tarmac.
Les passagers français entre inquiétude et fatalisme
À l’aéroport, lundi soir, les témoignages oscillent entre deux pôles. « Effectivement, aujourd’hui, si je veux partir à l’étranger, j’hésite », confie une voyageuse. Pour elle, le risque d’annulation de dernière minute pèse autant que la hausse des tarifs dans la balance.
D’autres choisissent la philosophie. « C’est quelque chose qu’on n’a jamais vécu, donc on peut se poser toutes sortes de questions. Après, on subira. Avec philosophie, si on peut », lance une passagère résignée. Un état d’esprit qui rappelle celui des Français pendant les premières semaines du Covid, quand les avions étaient déjà cloués au sol.
Car c’est bien le spectre de 2020 qui plane. Les compagnies aériennes le redoutent : voir leurs appareils immobilisés comme durant la pandémie. Sauf que cette fois, ce n’est pas un virus mais un conflit géopolitique qui menace de paralyser le trafic aérien mondial. Les négociations entre les États-Unis et l’Iran pourraient changer la donne, mais rien n’est acquis.
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Quelles alternatives pour les vacances d’été ?
Face à cette incertitude, certains Français pourraient reconsidérer leurs plans. Partir moins loin, privilégier le train ou la voiture pour les destinations accessibles par voie terrestre, choisir des destinations proches plutôt que des îles lointaines — autant de réflexes qui pourraient s’imposer dans les semaines à venir.
Pour ceux qui maintiennent leur projet aérien, mieux vaut vérifier les conditions d’annulation et de remboursement. En cas de vol supprimé par la compagnie, les droits des passagers diffèrent considérablement selon que la compagnie est européenne ou non.
Il est aussi judicieux de penser à organiser ses vacances en gardant un plan B. Car si la situation au détroit d’Ormuz ne se débloque pas dans les prochaines semaines, l’été 2026 pourrait ressembler davantage à une course d’obstacles qu’à un départ serein vers le soleil.
Le scénario que tout le monde redoute
Dans le pire des cas — un blocage prolongé du détroit d’Ormuz combiné à une escalade militaire — les experts n’excluent pas un rationnement du kérosène à l’échelle européenne, y compris en France. La situation en Italie pourrait n’être qu’un avant-goût de ce qui attend le reste du continent.
Pour l’instant, la France n’a pas annoncé de restrictions similaires. Mais les signaux sont au rouge. Entre la pénurie qui touche déjà les stations-service et la pression croissante sur les compagnies aériennes, le pays n’est pas à l’abri d’un durcissement rapide.
Une chose est sûre : les prochaines semaines seront décisives. Si les livraisons de kérosène ne reprennent pas leur rythme normal d’ici fin mai, les annulations de vols pourraient se multiplier en cascade — et les vacances d’été de millions d’Européens avec. La question n’est plus de savoir si la crise du kérosène aura un impact, mais à quel point elle bousculera les plans de chacun.
