L’AIE prévient : avril sera bien pire que mars pour le gazole
Le mot est lâché par celui qui fait autorité en matière d’énergie mondiale. Fatih Birol, directeur de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), ne mâche pas ses mots : avril sera bien pire que mars. Et les automobilistes français commencent déjà à le sentir à la pompe.
Depuis la fin mars 2026, le gazole s’affiche à 2,237 euros le litre en moyenne nationale, un record qui dépasse les pics de 2022 et même les chocs pétroliers des années 1970. Ce n’est pas un pic passager. C’est le début d’une escalade.
La déclaration qui a tout changé

C’est lors du podcast In Good Company diffusé par CNBC que Fatih Birol a prononcé ces mots glaçants : « Le mois prochain, avril, sera bien pire que mars. La perte de pétrole sera deux fois supérieure. »
Quand le patron de l’AIE parle, les marchés écoutent. Cette institution est la référence mondiale en matière de sécurité énergétique. Ce n’est pas une rumeur de comptoir, c’est une alerte officielle de la plus haute instance du secteur.
Et sur le terrain, le signal est déjà là. Au 1er avril 2026, près de 10 % des stations-service françaises signalaient une rupture partielle ou totale de leurs stocks. Les files d’attente aux pompes rappellent des images qu’on croyait appartenir au passé.
Pourquoi le détroit d’Ormuz paralyse tout

L’explication de cette crise tient en un nom : le détroit d’Ormuz. Ce verrou maritime stratégique, par lequel transite une part immense du pétrole mondial, est fermé depuis l’embrasement du conflit au Moyen-Orient en février 2026.
Les experts évaluent la perte actuelle à 12 millions de barils par jour. Pour mettre ce chiffre en perspective : c’est le double des volumes retirés du marché lors du choc pétrolier de 1973 et de la crise énergétique de 2022 réunis.
Le contexte géopolitique aggrave chaque semaine la situation. Des tactiques de guerre économique circulent déjà, et les marchés du pétrole réagissent à chaque déclaration. Les négociations diplomatiques avancent en dents de scie, sans issue visible à court terme.
Le diesel, victime prioritaire de la pénurie
Parmi tous les carburants, le gazole est celui qui souffre le plus. Et ce n’est pas un hasard.
Face à la contraction des importations de brut, les raffineries font des choix. Elles privilégient actuellement la production de kérosène, indispensable au transport aérien. Le diesel routier est sacrifié en priorité.
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C’est d’autant plus problématique que le gazole est le carburant de l’économie physique : camions de marchandises, engins agricoles, véhicules utilitaires. La situation dans les stations s’emballe, et certains secteurs commencent à tourner au ralenti.
Le gouvernement a même été contraint de prendre une mesure inédite : autoriser la vente d’un gazole techniquement non conforme pour éviter une rupture totale d’approvisionnement. Un compromis aux conséquences potentiellement sérieuses pour les moteurs.
Ce qui vous attend concrètement en avril

L’AIE a annoncé la mise en circulation d’un volume d’urgence de 400 millions de barils prélevés sur les réserves stratégiques de ses membres. Une injection massive, mais dont l’effet sur les prix quotidiens reste incertain.
Si cette mesure ne suffit pas, les gouvernements pourraient imposer un rationnement strict : des limites de litres par plein, des jours de circulation restreints, des priorités définies par secteur d’activité. Le scénario n’est plus théorique.
Du côté des prix, plusieurs acteurs du secteur ont déjà tenté de contenir la flambée. TotalEnergies a plafonné ses prix jusqu’à une date précise. Michel-Edouard Leclerc a annoncé une baisse de 30 centimes dans ses stations. Des mesures bienvenues, mais qui ne changeront pas la tendance de fond.
Le gouvernement a également lancé un plan de 500 contrôles dans les stations-service pour traquer les marges abusives. Certaines stations ont déjà été épinglées.
L’inflation qui arrive dans vos courses
La rareté du carburant ne pénalise pas seulement les automobilistes. Elle frappe aussi les transporteurs, qui répercutent mécaniquement la hausse de leur facture logistique sur les prix des produits.
Alimentation, produits de première nécessité, matériaux de construction : tout ce qui se transporte par camion va coûter plus cher. Certains experts évoquent déjà des surcoûts de 900 à 1 000 euros supplémentaires sur les budgets annuels des ménages.
Pour les secteurs les plus exposés, l’État a débloqué un plan d’aide d’urgence de 70 millions d’euros destiné aux agriculteurs, pêcheurs et routiers. Les particuliers, eux, sont exclus du dispositif et doivent se débrouiller seuls.
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Ce que vous pouvez faire dès maintenant

Face à cette situation, plusieurs réflexes s’imposent. D’abord, identifier les stations encore approvisionnées via les plateformes gouvernementales avant de prendre la route. La situation évolue d’heure en heure dans certaines zones.
Ensuite, revoir ses habitudes de conduite. Certains gestes simples à la pompe permettent d’économiser jusqu’à 250 euros par an. Dans le contexte actuel, chaque litre compte.
Le télétravail devient également une option à maximiser si votre employeur le permet. Réduire ses déplacements motorisés n’est plus un conseil écologique abstrait : c’est une nécessité économique immédiate. L’AIE elle-même le recommande explicitement dans ses mesures d’urgence pour faire face à la crise.
Pour ceux qui dépendent du fioul ou du gaz pour se chauffer, la situation n’est pas plus rassurante. Les taxes sur l’électricité et le carburant pourraient encore augmenter dans les prochains mois, selon plusieurs signaux budgétaires.
Un horizon encore incertain
La résolution de cette crise dépend d’un facteur que personne ne contrôle : la situation géopolitique au Moyen-Orient. Tant que le détroit d’Ormuz reste bloqué, les prévisions de l’AIE resteront sombres.
Des pénuries ont déjà été constatées dans plusieurs villes françaises, bien au-delà des seules stations-service. Le spectre d’une crise plus large plane sur les prochaines semaines.
Les prochains jours seront déterminants. Si les volumes d’urgence mobilisés par l’AIE arrivent à temps sur le marché, la pression pourrait légèrement se relâcher. Dans le cas contraire, le rationnement deviendra une réalité concrète pour des millions de Français.
En attendant, une certitude : le gouvernement est sous pression maximale, et les décisions des prochains jours engageront l’ensemble de l’économie française pour des semaines.