Cet arrêté préfectoral sur les mobil-homes écœure les gérants de camping : 270 hébergements menacés

Chaque automne, Millau vibre au rythme du festival des Templiers et de ses 30 000 participants. Les campings en bord de rivière affichent complet des mois à l’avance. Mais un arrêté préfectoral vient de tomber, et ce qu’il impose aux gérants pourrait transformer cette saison en cauchemar logistique et financier.
270 mobil-homes à évacuer en pleine saison : le casse-tête imposé aux campings de Millau
Le scénario ressemble à une mauvaise blague. En prévention du risque de crues, la préfecture de l’Aveyron exige que certains mobil-homes situés en zone inondable soient retirés avant le festival des Templiers, prévu à l’automne 2026. Sur le papier, la prudence se comprend. Dans la réalité, c’est une tout autre histoire.
Au total, 270 mobil-homes seraient concernés autour de l’événement. Des structures de 7 à 8 mètres de long qu’il faut déplacer avec des camions et des engins, en plein milieu d’un camping ouvert et fréquenté. Stéphane Gonneau, du camping Millau Plage, résume le problème sans détour : faire manœuvrer des convois dans des allées où circulent des familles et des enfants, c’est tout simplement inconcevable en période d’ouverture.
Le timing est d’autant plus cruel que les réservations pour les Templiers sont bouclées depuis des mois. Certains clients réservent d’une année sur l’autre, dès la fin de l’édition précédente. Annuler ces séjours déjà confirmés, c’est appeler chaque vacancier un par un pour lui annoncer qu’il n’a plus de logement. Et dans un secteur où les réservations touristiques conditionnent la survie économique, le manque à gagner s’annonce considérable.
« Quasiment meilleur qu’un mois de juillet » : l’impact économique redouté par les professionnels
Pour comprendre la colère des gérants, il faut saisir ce que représente le festival des Templiers pour l’économie locale. Cette course de trail attire chaque année 30 000 personnes — coureurs, accompagnants, familles — dans tout le secteur de Millau. Les campings tournent à plein régime, parfois davantage qu’en plein été.
Olivier Loilleux, gérant du camping Paradis Le Viaduc, ne mâche pas ses mots. Pour lui, cette période est un enjeu vital, « quasiment meilleur qu’un mois de juillet ». Perdre cette fenêtre d’activité, c’est amputer la rentabilité annuelle d’un établissement qui repose sur quelques périodes clés pour équilibrer ses comptes. Le stress est palpable chez tous les professionnels concernés.
Au camping Millau Plage, Delphine Gonneau mesure l’ampleur du problème. Prévenir les vacanciers, gérer leur déception, chercher des solutions de repli sans aucune garantie de relogement.
Derrière chaque mobil-home évacué, ce sont des nuits vendues qui s’évaporent, des avis clients qui risquent de plonger, et une réputation bâtie sur des années de fidélisation qui vacille.
Le tout dans un contexte réglementaire déjà tendu, puisque le décret n°2026-14 du 14 janvier 2026 impose désormais aux gestionnaires de campings des obligations renforcées en matière de transparence contractuelle sur les emplacements.

Surélever plutôt qu’évacuer : la solution que les gérants de camping réclament à la préfecture
Les professionnels ne contestent pas le risque de crues. Ce qu’ils remettent en cause, c’est le calendrier et la méthode. Éric Charpentier, gérant du camping Larribal, propose une alternative concrète : surélever les mobil-homes et les ancrer solidement au sol, comme la préfecture elle-même le préconise dans d’autres contextes.
Sa logique est simple. Les crues ne surviennent pas uniquement en automne ou en hiver. Elles peuvent frapper en pleine saison estivale. Évacuer temporairement des hébergements ne règle donc rien sur le long terme. Une installation pérenne, surélevée et sécurisée, permettrait d’accueillir les clients toute l’année sans jouer à la roulette russe avec le calendrier météo.
Cette proposition rejoint d’ailleurs une préoccupation plus large. Des milliers de Français, notamment des retraités, achètent un mobil-home sans toujours réaliser qu’ils sont propriétaires du logement mais pas du terrain. La parcelle reste louée dans le cadre d’un contrat de loisirs renouvelé chaque année.
Certaines clauses de vétusté ont déjà été critiquées pour leur flou, poussant parfois au remplacement de modèles encore en parfait état. Entre le coût d’un déplacement, les loyers d’emplacement et la valeur du bien, les conséquences financières peuvent vite devenir très lourdes pour les propriétaires comme pour les exploitants.
À quelques mois du festival des Templiers, les gérants de camping de Millau espèrent encore un compromis avec la préfecture. Surélever plutôt qu’évacuer, sécuriser plutôt que paralyser. Si aucune solution n’émerge, ce sont des centaines de vacanciers qui risquent de voir leur séjour annulé du jour au lendemain. Et toi, tu réserverais un mobil-home en zone inondable en sachant tout ça ?