Vacances d’été 2025 : pourquoi 87 % des agences parlent déjà d’un « Covid bis »
Les Français rêvaient de soleil et de dépaysement pour cet été. Mais la guerre au Moyen-Orient est en train de rebattre toutes les cartes. Agences de voyages et tour-opérateurs tirent la sonnette d’alarme : les réservations s’effondrent, les destinations lointaines sont désertées, et certains professionnels comparent déjà la situation au début de la crise sanitaire de 2020. Jusqu’à 1,3 million de Français pourraient renoncer à partir à l’étranger.
87 % des professionnels constatent un ralentissement global
Les chiffres sont sans appel. Selon une enquête menée par L’Echo Touristique, 87 % des agences de voyages et des tour-opérateurs français observent un net ralentissement du rythme des réservations, toutes destinations confondues. Plus inquiétant encore : 95,6 % des entreprises du secteur se déclarent « affectées » par la conjoncture géopolitique actuelle.
Et ce n’est pas un simple frein passager. Près de 67 % des professionnels interrogés indiquent que les projets de leurs clients sont « décalés » dans le temps. Autrement dit, les voyageurs ne réservent plus, ou repoussent leur décision à plus tard, dans l’attente d’un apaisement qui ne vient pas. Cette paralysie rappelle un épisode encore frais dans les mémoires : « C’est un Covid bis », résument plusieurs acteurs du secteur.
Un dirigeant de tour-opérateur va plus loin en établissant un parallèle glaçant. La situation actuelle, selon lui, « nous renvoie six ans en arrière, au début de la guerre au Moyen-Orient, quand la crise Covid était encore circonscrite à l’Asie ». Sauf que cette fois, c’est un conflit armé qui joue le rôle de frein, pas un virus.
L’Asie totalement à l’arrêt, Dubaï en chute de 91 %
Parmi les zones les plus touchées, l’Asie subit un coup d’arrêt brutal. Le patron d’un tour-opérateur rapporte un « arrêt total des réservations » vers le continent asiatique depuis le déclenchement des hostilités. Un effondrement que personne n’avait anticipé avec une telle violence.

Mais le séisme ne se limite pas à l’Asie. Selon le baromètre Orchestra, publié le 14 mars, les réservations vers Dubaï ont plongé de 91 % en l’espace d’une seule semaine. La métropole émiratie, autrefois destination phare des Français, se retrouve désertée. La Jordanie accuse une baisse de 81 %, la Turquie de 55 % et l’Égypte de 53 %.
Le Moyen-Orient dans son ensemble est devenu une zone que les vacanciers évitent instinctivement. Et les professionnels qui avaient misé sur ces destinations pour la saison estivale se retrouvent face à des carnets de réservation désespérément vides. Trois Français ont même été arrêtés pour avoir filmé le conflit depuis Dubaï, un incident qui n’a fait qu’amplifier la psychose.
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800 000 Français ont déjà changé d’avis
Côté consommateurs, le recul est mesurable. Un sondage réalisé pour le cabinet Protourisme révèle que 8,5 millions de Français envisagent de partir à l’étranger cette année, contre 9,3 millions lors d’une précédente enquête menée en janvier. Soit 800 000 intentions de départ en moins en quelques semaines seulement.
À ces renoncements s’ajoutent 1,5 million de personnes qui préfèrent « attendre avant de prendre une décision ». Didier Arino, directeur général associé du cabinet, a fait le calcul pour Tourmag.com : même si seulement un tiers de ces indécis finit par annuler, cela représente environ 500 000 voyageurs supplémentaires perdus.
Au total, « on arrive à 1,3 million d’intentions de départs en moins, ce n’est pas rien », se désole le spécialiste. Un chiffre considérable, qui menace directement la saison estivale des professionnels du tourisme. Pour ceux qui avaient déjà réservé leurs destinations préférées, la question de l’annulation ou du report se pose désormais concrètement.
Le chômage partiel refait surface dans le secteur
Les conséquences économiques ne sont pas théoriques. Selon l’enquête de L’Echo Touristique, 4 % des entreprises du voyage ont déjà activé le dispositif de chômage partiel. Et 11 % supplémentaires envisagent d’y recourir prochainement. Des proportions qui, là encore, évoquent les heures sombres du Covid pour une filière qui pèse des milliards d’euros dans l’économie française.

La fragilité du secteur est d’autant plus préoccupante qu’il sortait à peine de plusieurs années de convalescence post-pandémie. Les agences de voyages indépendantes, notamment, fonctionnent souvent avec des trésoreries serrées. Un trimestre de réservations en berne peut suffire à mettre certaines structures en péril. Le coût des rapatriements de Français bloqués dans les zones à risque vient par ailleurs alourdir l’addition pour l’ensemble de la filière.
41 % des Français prêts à modifier leurs projets
L’inquiétude ne touche pas seulement ceux qui visaient le Moyen-Orient ou l’Asie. Selon un sondage mené par l’Alliance France Tourisme auprès de 6 300 personnes, 41 % des répondants estiment que la situation géopolitique pourrait modifier leurs projets touristiques de manière plus large. Un phénomène d’anxiété diffuse qui dépasse les seules zones de conflit.
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Cette angoisse s’accompagne d’un réflexe bien identifié : le repli sur l’Hexagone. Comme en 2020, les Français pourraient massivement se tourner vers des vacances en France, au détriment des destinations étrangères. Les côtes méditerranéennes, la Bretagne ou encore les Alpes pourraient bénéficier de ce report involontaire, à condition que la météo soit au rendez-vous cet été.
Le problème, c’est que les tour-opérateurs ne vivent pas de vacances en camping dans le Var. Leur modèle économique repose sur la vente de séjours à l’étranger, de billets d’avion longue distance et de forfaits tout compris. Sans réservations internationales, c’est tout un pan de l’industrie touristique qui vacille.
Les vols d’été eux aussi menacés
Au-delà de la peur du conflit, d’autres facteurs viennent noircir le tableau. La pénurie de kérosène liée aux tensions sur les routes d’approvisionnement pétrolier fait planer une menace supplémentaire sur les liaisons aériennes estivales. Les prix du carburant, déjà en forte hausse, pourraient rendre les billets d’avion encore plus prohibitifs dans les semaines à venir.
Par ailleurs, les grèves dans les aéroports européens ajoutent une couche d’incertitude. Entre le risque géopolitique, les contraintes logistiques et la flambée des prix, le cocktail est particulièrement dissuasif pour des ménages français déjà soumis à l’inflation.
Les professionnels du tourisme espèrent encore un retournement de situation — un cessez-le-feu, un apaisement diplomatique — qui pourrait relancer les réservations de dernière minute. Mais à mesure que les semaines passent, cet espoir s’amenuise. Et le spectre d’un été 2025 en demi-teinte, comparable aux étés confinés de 2020, prend de plus en plus de consistance dans les esprits.
