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Dans les comptes de Justine, monitrice d’auto-école à Cholet à 1 870 € nets par mois

Publié par Mathieu le 12 Oct 2026 à 19:01

Justine a 34 ans, vit à Cholet et passe ses journées dans une voiture à double commande, pied au-dessus d’une pédale de frein qu’elle espère ne jamais écraser. Monitrice d’auto-école salariée, elle gagne 1 870 € nets par mois.

Un salaire correct sur le papier, mais qui fond plus vite qu’on ne le croit quand on vit seule avec un chat et un crédit auto. Voici comment elle répartit chaque euro, et pourquoi un poste en particulier la surprend encore.

Un salaire qui cache une grosse part variable

Le salaire de base de Justine tourne autour de 1 640 € nets. Le reste vient des heures de conduite supplémentaires et d’une prime de résultats versée par son patron quand l’auto-école dépasse un certain taux de réussite au permis. Au total, cela fait une moyenne de 1 870 € nets sur l’année.

« Un mois d’été, je peux monter à 2 100 €, parce que tous les jeunes veulent passer le permis avant la rentrée. En janvier, je tombe à 1 700 €. » Cette irrégularité l’oblige à garder un œil constant sur son compte, ce qu’elle ne faisait pas du tout à ses débuts.

Elle n’a ni 13e mois ni intéressement. En revanche, elle touche une petite prime de 40 € par mois pour l’usage de son téléphone personnel, qu’elle utilise pour gérer les plannings des élèves. Un détail qui ne change pas la vie, mais qui paie presque son forfait.

Revenus du mois : 1 870 € nets, auxquels s’ajoutent 40 € de prime téléphone, soit 1 910 € disponibles. Reste à voir combien en sort avant même la première course alimentaire.

Ces dépenses fixes qui avalent plus de la moitié du salaire

Justine loue un T2 de 42 m² à Cholet pour 560 € par mois, charges comprises. C’est le poste le plus lourd, et pourtant l’un des plus raisonnables pour une ville de cette taille. À elle seule, la facture d’électricité pèse 68 €, car son chauffage est tout électrique.

Viennent ensuite l’internet et le forfait mobile, à 32 € au total, et l’assurance habitation à 14 €. Sa mutuelle d’entreprise lui coûte 38 € par mois, partie déjà prélevée sur son salaire mais qu’elle compte quand même dans son ressenti de dépenses.

Le gros morceau, c’est la voiture. Son crédit auto de 189 € par mois court encore pendant deux ans, auquel s’ajoutent 52 € d’assurance. « Paradoxalement, je roule 7 heures par jour avec la voiture de l’auto-école, mais je dois quand même avoir la mienne pour aller bosser et vivre. »

Ajoutez 29 € d’abonnements (Netflix, Spotify et une salle de sport qu’elle utilise trop peu) et 61 € de taxe foncière lissée par mois qu’elle reverse à son propriétaire sans vraiment le savoir. Au total, les dépenses fixes atteignent environ 1 043 €. C’est déjà 55 % du budget, et la facture n’est pas close.

Monitrice d'auto-école souriante au volant d'une voiture à double commande

Le poste qu’elle n’avait jamais vu venir

Les courses alimentaires ne lui coûtent que 230 € par mois. Justine cuisine beaucoup, par habitude familiale, et elle mange souvent à midi dans le local de l’auto-école avec des restes de la veille. Pas de restaurants coûteux : seulement 60 € par mois de sorties entre amis, bar ou cinéma.

Là où le budget dérape, c’est sur le carburant et l’entretien. Même si l’auto-école prend en charge l’essence des voitures de cours, Justine met environ 95 € de carburant par mois dans la sienne pour ses déplacements perso et les week-ends chez ses parents à 80 km. Ajoutez 40 € lissés par mois pour l’entretien, les pneus et le contrôle technique.

« Ce qui me coûte le plus, c’est mon chat, vous n’allez pas me croire. » Entre les croquettes premium, le vétérinaire et les antiparasitaires, la facture mensuelle de Moustache atteint 58 €. Un poste que beaucoup de propriétaires d’animaux sous-estiment complètement.

Le shopping vêtements et soins est limité à 70 € par mois, et les loisirs à 45 €. Elle met aussi 50 € de côté pour les vacances (une semaine par an en Bretagne, rarement plus). Au total, les dépenses variables s’élèvent à 648 €.

Femme calculant son budget à la table de sa cuisine avec son chat

Ce qu’il reste à la fin du mois, et ce que ça change

Faisons le calcul : 1 910 € de revenus, moins 1 043 € de dépenses fixes, moins 648 € de dépenses variables. Il reste 219 € en fin de mois. Pas de quoi s’acheter une maison, mais de quoi respirer.

Justine en vire 150 € sur un livret A, qu’elle alimente de façon quasi automatique. Elle a déjà 6 400 € de côté, un petit matelas qu’elle ne touche que pour les vraies urgences. Les 69 € restants servent de tampon pour les imprévus, du genre cadeau d’anniversaire ou réparation de machine à laver.

Son projet ? Acheter un petit appartement d’ici cinq ans, mais elle sait qu’avec un seul revenu et son crédit auto, la banque ne lui ouvrira pas grand-chose pour l’instant. « Je me dis qu’il faut d’abord solder la voiture. Après, je verrai. »

Un point sensible demeure : sa retraite. À 34 ans, elle n’y pense qu’à moitié, mais elle sait que le métier de monitrice est physiquement fatigant, avec le dos et la nuque qui trinquent après des années de siège passager. Elle réfléchit déjà à une reconversion vers la formation de moniteurs.

Et par rapport au reste des Français ?

Avec 1 870 € nets, Justine se situe légèrement au-dessus du salaire médian français, qui tourne autour de 2 100 € nets en 2024 pour un temps plein selon l’Insee. Pourtant, elle se sent loin du confort : « Je n’ai pas de dettes folles, pas d’enfants, et pourtant je compte tout. Je n’ose pas imaginer ceux qui ont des gamins. »

Son budget illustre un paradoxe courant : un salaire qui semble correct, mais qu’un loyer, une voiture et quelques abonnements transforment en équation serrée. Pour voir comment d’autres métiers de la route s’en sortent, découvrez le quotidien d’un conducteur de chasse-neige à Briançon ou encore celui d’une ambulancière à Chalon-sur-Saône. Les contraintes se ressemblent, mais les arbitrages, eux, réservent quelques surprises.

Dans un autre registre, le budget d’un boulanger-pâtissier à Dieppe montre ce que pèsent les horaires décalés sur un compte en banque. Et pour ceux qui se demandent comment tenir avec moins de 1 800 €, le cas d’une opératrice de tri à Angoulême vaut le détour.

La question, au fond, n’est peut-être pas de savoir combien on gagne, mais combien on garde. Et si vous voulez comparer avec un profil encore plus tendu, les comptes d’une agricultrice charentaise pourraient bien vous faire relativiser.

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