Emmanuel Macron : six mois après le buzz de ses lunettes, leur fabricant est en liquidation judiciaire
En janvier 2026, Emmanuel Macron débarquait à Davos avec des lunettes de soleil bleutées qui ont fait le tour du monde. Le fabricant de ces verres, une petite entreprise jurassienne, a connu un coup de projecteur inespéré. Quelques mois plus tard, la lumière s’est éteinte : Dalloz Creations vient d’être placé en liquidation judiciaire. Voici comment le rêve du Made in France s’est brisé.

Dalloz Creations : le verrier jurassien qui misait tout sur le Made in France
Installée à Saint-Claude, dans le Jura, Dalloz Creations n’était pas un petit artisan anonyme. L’entreprise revendiquait fièrement être « 99 % Made in France » et se présentait comme le premier verrier européen à proposer du polycarbonate bio circulaire, issu à 60 % de déchets végétaux et certifié ISCC PLUS.
Un positionnement ambitieux sur un marché ultra-concurrentiel. Mais les chiffres racontent une autre histoire. Selon les données publiées par liquidationjudiciaire.com, le chiffre d’affaires de Dalloz Creations était en chute libre : 3,8 millions d’euros en 2023, puis seulement 2,5 millions en 2025.
Une hémorragie financière que même la vitrine la plus prestigieuse du monde n’a pas réussi à stopper. Le Tribunal de Commerce de Lons-le-Saunier a fixé la date de cessation des paiements au 20 mars 2026. Aujourd’hui, le fonds de commerce est à vendre et 29 salariés risquent de perdre leur emploi.
Le coup de pub inespéré de Davos : des millions de vues, mais zéro miracle
Retour en janvier 2026. Emmanuel Macron déboule dans les allées du Forum économique mondial avec une paire de Pacific S01 signée Henry Jullien, dont les verres réfléchissants bleutés étaient fabriqués par Dalloz Creations. Prix affiché : plus de 650 euros.
Le look tranche avec les costumes gris habituels. Mais ce choix n’était pas qu’esthétique : le président se remettait d’une opération des yeux et devait protéger sa vue. Sur scène, il enchaîne les « for sure » en anglais, la vidéo devient virale et les lunettes avec.
Des millions de vues sur les réseaux, des variantes humoristiques partagées sur la planète entière. Pour Dalloz Creations, c’est le rêve absolu. Le genre de publicité qu’aucun budget marketing ne peut acheter. Sauf que la viralité ne paie pas les factures. Le carnet de commandes n’a pas suivi, et la réalité économique a rattrapé l’entreprise en quelques mois.
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Ironie cruelle : la séquence la plus vue de l’histoire de la marque précède de peu sa disparition.

29 emplois menacés : ce que la liquidation change pour le savoir-faire français
Le tissu industriel français perd un acteur de plus. Avec cette liquidation, ce n’est pas seulement une entreprise qui disparaît, c’est un pan du savoir-faire optique jurassien qui vacille. Saint-Claude est historiquement un bassin de la lunetterie, aux côtés de Morez, l’autre capitale française du secteur.
Le problème dépasse Dalloz Creations. Fabriquer des verres en France coûte cher. Face aux géants mondiaux qui produisent en Asie à des coûts dérisoires, le pari du « tout local » devient un exercice d’équilibriste. Même avec un président de la République comme ambassadeur involontaire.
La baisse de 1,3 million d’euros de chiffre d’affaires en deux ans montre l’ampleur du décrochage. Pour les 29 salariés, l’heure est à l’incertitude totale. Un repreneur pourrait se manifester, mais rien ne garantit le maintien des postes ni de la production sur le sol jurassien.
Un buzz planétaire, un président en vitrine, un savoir-faire unique — et pourtant, ça n’a pas suffi. L’histoire de Dalloz Creations rappelle une vérité brutale : la notoriété ne remplace jamais un modèle économique viable. Reste une question qui dépasse largement le Jura : combien d’entreprises françaises survivront au piège du « fabriquer local dans un marché mondialisé » ?