Icône menu hamburger Icône loupe de recherche
  1. TDN >
  2. Actualité

Pourquoi le Pentagone veut diffuser en direct la mise à mort du tireur de Fort Hood, 90 ans après la dernière exécution publique

Publié par Elodie le 09 Oct 2026 à 14:08

Aux États-Unis, les exécutions se déroulent à huis clos depuis des décennies. Et voilà que l’administration Trump s’apprêterait à rompre avec cette règle, pour un homme condamné après l’une des pires attaques jamais commises sur une base militaire américaine. Un détail de la procédure, annoncé à la télévision, fait déjà bondir des juristes. Voici ce que le Pentagone prévoit, et pourquoi personne n’avait vu ça depuis 1937.

Fort Hood, 2009 : l’homme qui a tiré sur ses camarades

Le nom de Nidal Hasan remonte à 2009. Cet ancien commandant de l’armée américaine a ouvert le feu sur la base de Fort Hood, au Texas. Il a tué 13 personnes et en a blessé plus de 30, selon les éléments rapportés par LADbible.

Lors de son procès en 2013, il a affirmé avoir « changé de camp ». Selon la source, il disait avoir agi pour protéger des dirigeants islamistes et talibans des troupes américaines, et par colère à l’idée d’être envoyé en Afghanistan.

Une cour martiale l’a condamné à mort. Pourtant, les années ont passé sans qu’il soit exécuté. Un militaire n’a pas été exécuté par les forces armées américaines depuis 1961, ce qui donne la mesure du caractère exceptionnel du dossier.

Le climat politique entourant ces dossiers est d’ailleurs tendu. Le secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, qui avait cité Pulp Fiction en pleine messe militaire, est aujourd’hui au centre de cette affaire. C’est lui qui a recommandé la méthode d’exécution.

Reste une question : comment une peine restée en suspens si longtemps s’est-elle soudain accélérée ?

Un communiqué, une date, et un président qui signe

Le déclic est venu d’un communiqué. Le porte-parole du Pentagone, Sean Parnell, a annoncé que Pete Hegseth avait recommandé la mort par peloton d’exécution de l’armée, et que Donald Trump l’avait approuvée.

Le texte est sans détour. Il qualifie Hasan de « terroriste condamné » et affirme que « le jour du jugement est enfin arrivé ». Le secrétaire de l’armée doit fixer l’heure et le lieu.

Une date circule déjà : l’exécution est prévue le 3 décembre. Le fusil, d’ailleurs, n’est pas un choix anodin. La mort par peloton reste rare aux États-Unis, même si le pays a déjà procédé à 30 exécutions cette année, selon LADbible.

L’an dernier, la Caroline du Sud a fusillé trois condamnés : Brad Sigmon, Mikal Mahdi et Stephen Bryant. C’étaient les premières exécutions de ce type dans le pays depuis plus de dix ans.

Et pourtant, la vraie rupture n’est pas là. Elle tient à ce que Pete Hegseth a ajouté le lendemain, face à une chaîne conservatrice.

Au micro de Real America’s Voice News, le chef du Pentagone a lâché que l’exécution serait publique et diffusée en direct. « Nous ferons en sorte que les gens puissent la regarder », a-t-il dit, car « les gens doivent comprendre qu’il y a de graves conséquences pour ce genre d’actes ».

Interrogé sur d’éventuelles dernières demandes de Hasan, il a répondu sèchement : « Je m’en fiche. On se voit le 3 décembre. » Une phrase qui, à elle seule, résume le ton de l’annonce.

Mais cette promesse de spectacle public pose un problème que les juristes ont vite relevé.

Marteau de juge et balance de justice sur table en bois

La dernière fois, c’était en 1937 dans le Missouri

Pour comprendre l’ampleur de la rupture, il faut remonter loin. D’après LADbible, la dernière exécution publique aux États-Unis date du 21 mai 1937. Roscoe Jackson, 36 ans, était mis à mort dans le Missouri pour le meurtre du représentant de commerce Pearl Bozarth.

Environ 400 personnes seraient venues y assister. Ses derniers mots, rapportés par la presse de l’époque, tiennent en quelques lignes : « Demander à quiconque de me pardonner, c’est trop. La mort n’est pas si terrible, mais la trace qu’on laisse derrière soi peut l’être. »

Moins d’un an plus tôt, la pendaison de Rainey Bethea, dans le Kentucky, avait attiré une foule d’environ 20 000 personnes. La couverture médiatique avait été telle que le Kentucky a interdit les exécutions publiques en 1938.

C’est précisément ce côté kermesse macabre qui aurait fini par sceller le sort de ces cérémonies. Peu à peu, l’exécution est devenue un acte solennel de l’État, et non un spectacle.

Aujourd’hui, elle se déroule dans une chambre fermée. Qui peut y assister varie selon les États : parfois des journalistes, souvent les proches du condamné et ceux des victimes, parfois un aumônier, un médecin, le directeur de la prison. Certains États acceptent même des citoyens volontaires.

Un livestream, lui, changerait d’échelle : pas quelques dizaines de témoins, mais un public potentiellement illimité. D’où l’inquiétude de ceux qui connaissent le droit de près.

Un terrain juridique que les avocats jugent incertain

Premier à réagir, l’avocat de condamnés à mort John Mills. Auprès de la BBC, il a jugé la diffusion « sans précédent à l’époque moderne », sur un terrain juridique incertain.

Il va plus loin : selon lui, vouloir diffuser un peloton d’exécution relèverait surtout d’une recherche d’attention de l’administration Trump. Il doute que cela se produise, et encore moins que cela apporte « un semblant de justice ».

Même prudence du côté de Eugene R. Fidell, enseignant à la faculté de droit de Yale. Si Washington maintient ce projet, Hasan pourrait saisir la justice, ce qui déclencherait potentiellement une procédure très longue.

Autrement dit, la date du 3 décembre n’est pas gravée dans le marbre. Un recours sur les modalités pourrait en théorie retarder l’échéance, même si la source ne dit rien de précis à ce sujet.

Le Pentagone, lui, garde sa ligne et n’a pas, dans les éléments rapportés, précisé comment la diffusion serait organisée. Ni la plateforme, ni l’accès du public, ni le lieu exact ne sont connus.

Autre point à surveiller : le décalage entre la communication martiale du Pentagone et la prudence des juristes, que le calendrier va très vite trancher.

Ce qu’il faut surveiller d’ici le 3 décembre

Trois éléments vont se jouer d’ici là. D’abord, le lieu et l’heure, qu’il revient au secrétaire de l’armée de fixer. Ensuite, la forme exacte de la diffusion : un livestream ouvert à tous, ou un accès plus encadré ? Enfin, la réaction de la défense de Hasan.

Le cas rappelle d’autres bras de fer judiciaires très médiatisés. Quand le verdict est enfin tombé dans l’affaire Tupac, la justice américaine avait elle aussi mis des décennies à rendre sa décision.

Ici, le débat ne porte pas sur la culpabilité, établie en 2013, mais sur la manière de punir. Ce qui renvoie à une question plus large : jusqu’où un État peut-il mettre en scène sa justice ?

Le projet fait aussi écho à des débats sur la peine maximale ailleurs. Comme avec ces procès où la cour d’appel alourdit la sanction, chaque décision judiciaire rouvre la discussion sur ce que la société attend de la peine.

Une chose est sûre : si la diffusion a lieu, elle fera date. Elle romprait avec près de 90 ans de huis clos, nés d’un siècle où la foule venait voir mourir. Et si elle est annulée, le simple fait qu’elle ait été annoncée aura déjà rouvert un débat que l’Amérique croyait clos.

Reste à savoir si l’échéance du 3 décembre tiendra. Les prochaines semaines le diront.

Une exécution annoncée comme un événement public, c’est l’Amérique de 1937 qui frappe de nouveau à la porte. Et l’histoire a parfois de quoi surprendre : ce que l’autopsie d’Elvis a caché pendant 49 ans montre que certains faits mettent des décennies à sortir. Et pour changer complètement d’époque, ce peuple qui fabriquait de la glace en plein désert garde encore une part de mystère.

Laissez un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *