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« Je m’abattrai sur toi avec une grande vengeance » : le chef du Pentagone cite Pulp Fiction en pleine messe militaire

Publié par Elsa Fanjul le 17 Avr 2026 à 10:47

Le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth, pensait réciter un passage de la Bible devant une assemblée de militaires au Pentagone. Sauf que le « verset » en question n’a jamais figuré dans aucun livre sacré. Il provient directement du monologue le plus célèbre de Pulp Fiction, le film culte de Quentin Tarantino sorti en 1994. La vidéo fait le tour des réseaux sociaux américains et les moqueries pleuvent.

Un discours solennel qui tourne au sketch involontaire

La scène a de quoi laisser perplexe. En avril 2026, Pete Hegseth se tient à la tribune du Pentagone, face à des rangées de militaires en uniforme, dans le cadre d’une messe officielle. L’ambiance est grave : le secrétaire à la Défense évoque le sauvetage d’un pilote américain abattu en Iran, dans le contexte des frappes ordonnées par Donald Trump contre Téhéran.

D’une voix assurée, Hegseth se lance dans ce qu’il présente comme un passage du livre d’Ézéchiel. « Le chemin de l’aviateur abattu est semé d’embûches par les iniquités des égoïstes et la tyrannie des hommes mauvais », déclame-t-il, avant de monter en intensité. « Et je m’abattrai sur toi avec une grande vengeance et une colère furieuse, toi qui tentes de capturer et de détruire mon frère. » La tirade se conclut par un « amen » martial. Le problème : ce passage n’existe nulle part dans la Bible.

Il fallait connaître son cinéma, pas ses Écritures, pour repérer l’imposture. Et quelqu’un l’a repérée très vite.

Samuel L. Jackson, tueur à gages et faux prophète

Le blog religieux américain A Public Witness a été le premier à identifier la source réelle du « verset ». Il s’agit d’une version à peine modifiée du monologue culte de Jules Winnfield, le tueur à gages incarné par Samuel L. Jackson dans Pulp Fiction. Dans le film de Quentin Tarantino, le personnage récite cette fausse citation biblique juste avant d’exécuter un homme de sang-froid.

La réplique originale du film dit : « Le chemin du juste est semé d’embûches par les injustices des égoïstes et la tyrannie des méchants. Heureux celui qui, au nom de la charité et de la bienveillance, guide les faibles à travers la vallée des ténèbres. » Hegseth a simplement remplacé quelques mots — « charité » est devenu « camaraderie », « les faibles » sont devenus « les égarés » — et ajouté un indicatif radio militaire en guise de chute.

Pete Hegseth au pupitre lors d'une messe au Pentagone

Autrement dit, le secrétaire à la Défense des États-Unis a adapté la prière d’un personnage de fiction — un criminel — pour bénir une opération militaire réelle. La nuance est difficile à ignorer, même pour les plus indulgents.

Les réseaux sociaux n’ont pas raté l’occasion

Après la publication d’A Public Witness, la vidéo a été reprise par Variety, Forbes et des dizaines de médias américains. Sur les réseaux sociaux, les détournements ont fusé immédiatement. Des internautes ont ressorti la scène originale du film pour la mettre en parallèle avec le discours d’Hegseth, image par image.

« Hegseth emprunte une prière violente à Pulp Fiction pour bénir la guerre contre l’Iran lors d’un office religieux au Pentagone », a titré A Public Witness, résumant l’absurdité de la situation en une phrase. Le contraste entre la solennité du lieu — le quartier général de l’armée la plus puissante du monde — et l’origine cinématographique du texte a alimenté une vague de dérision rarement vue pour un responsable de ce niveau.

Mais au-delà de la gaffe culturelle, c’est le contexte politique qui rend l’épisode particulièrement embarrassant pour l’intéressé.

Un ministre de la Guerre déjà sous pression

Pete Hegseth n’en est pas à sa première controverse. Ultra-conservateur revendiqué et fervent catholique, cet ancien militaire devenu présentateur sur Fox News a été nommé à la tête du Pentagone par Donald Trump en 2025. Depuis, le ministère a été rebaptisé « ministère de la Guerre » par le président américain, un changement symbolique qui n’est pas passé inaperçu.

Scène culte de Pulp Fiction avec le monologue biblique

Sa gestion du conflit avec l’Iran, notamment les circonstances du sauvetage du pilote évoqué dans son discours, fait déjà l’objet d’un examen minutieux. La guerre contre l’Iran divise profondément l’opinion américaine, et les Démocrates ont lancé une procédure de destitution contre Hegseth pour abus de pouvoir et crimes de guerre présumés.

Ce n’est d’ailleurs pas la première fois qu’un membre de l’administration Trump se retrouve dans une situation gênante. Des prises de position controversées d’Hegseth avaient déjà circulé ces derniers mois, mais aucune n’avait cette dimension involontairement comique.

Quand la pop culture rattrape la géopolitique

Ce qui frappe dans cette affaire, c’est que personne dans l’entourage d’Hegseth n’a vérifié l’origine du texte. Le passage attribué au « livre d’Ézéchiel » circule depuis 30 ans sur internet comme une citation biblique authentique, précisément parce que Samuel L. Jackson l’a rendu si mémorable. Tarantino avait d’ailleurs lui-même inventé cette fausse référence pour le film — le véritable Ézéchiel 25:17 ne contient qu’une infime partie du monologue.

Le piège est redoutable : la tirade sonne biblique, elle utilise le vocabulaire des Écritures, elle est solennelle. Mais elle a été écrite pour un film de gangsters dans lequel deux tueurs à gages mangent des hamburgers avant d’aller assassiner des gens. Le décalage entre l’intention et la réalité est vertigineux.

Pour les amateurs de cinéma, l’épisode confirme au moins une chose : trente ans après sa sortie, Pulp Fiction reste l’un des films les plus cités au monde. Même involontairement, même au Pentagone, même par quelqu’un qui pensait parler au nom de Dieu. Comme dirait Jules Winnfield juste après son monologue : « Et maintenant, on va voir ce qui se passe. »

Le Pentagone vu du ciel au coucher du soleil

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