« Plus une goutte d’eau ne coulera » : l’Inde confirme vouloir assécher les fleuves du Pakistan

Deux puissances nucléaires, six fleuves, un traité vieux de 65 ans désormais en lambeaux. Le ministre indien de l’Eau vient de confirmer que New Delhi travaille « activement » à empêcher toute eau de couler vers le Pakistan. Islamabad brandit déjà le mot « guerre ». Derrière cette escalade, un engrenage qui pourrait redessiner l’équilibre hydrique de toute l’Asie du Sud.
Un traité de 1960 pulvérisé en un an : comment l’Inde en est arrivée là
Tout remonte au 22 avril 2025. L’attentat de Pahalgam, au Cachemire indien, fait 26 morts. New Delhi attribue la responsabilité à Islamabad. La riposte ne se fait pas attendre : Narendra Modi annonce la suspension de la participation indienne au traité de l’Indus, signé en 1960, et promet de « couper l’eau » au voisin pakistanais.
Ce traité répartissait le contrôle de six cours d’eau nés au Cachemire indien. Trois fleuves orientaux — Ravi, Beas et Sutlej — revenaient à l’Inde. Trois fleuves occidentaux — Indus, Jhelum et Chenab — alimentaient le Pakistan, représentant à eux seuls 80 % du volume total du bassin.
La confrontation militaire qui a suivi a été la plus meurtrière entre les deux pays en vingt ans : plus de 70 morts. Un an plus tard, la rhétorique n’a fait que durcir, et les actes commencent à suivre les mots. L’Inde ne se contente plus de menacer : elle construit.
En mai 2026, la compagnie nationale d’hydroélectricité a annoncé un projet de tunnel destiné à détourner les eaux du bassin du Chenab vers celui du Beas. Un ouvrage colossal qui transformerait la géographie hydraulique de la région. Dans un contexte géopolitique déjà tendu, cette annonce a fait l’effet d’une bombe diplomatique.
« Plus une goutte » : les mots glaçants du ministre indien de l’Eau
Mardi 10 juin, le ministre indien de l’Eau CR Patil a levé toute ambiguïté dans un entretien accordé à l’agence ANI. « C’est une évidence, plus une goutte d’eau ne coulera au Pakistan dans les années qui viennent. » Une phrase brève, sans conditionnel, sans nuance.
Il a précisé agir sur « directive » directe du Premier ministre Modi. L’objectif affiché est limpide : utiliser le contrôle des sources comme levier de pression maximale. L’eau devient une arme stratégique, assumée comme telle par la première puissance démographique mondiale.
Côté pakistanais, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères Tahir Andrabi avait déjà tiré la sonnette d’alarme la semaine précédente. Deux projets d’aménagement sur le Chenab, selon lui, visent à réduire drastiquement le débit en aval. « L’Inde veut transformer en arme la question de l’eau », a-t-il déclaré devant la presse.
Islamabad martèle un message sans détour : toute modification du débit des fleuves serait considérée comme un « acte de guerre ». Entre deux puissances disposant de l’arme nucléaire, la menace d’escalade prend une dimension terrifiante. Mais l’Inde peut-elle réellement assécher ces fleuves ?
Les experts tempèrent. Les barrages actuellement en service ne permettent pas de bloquer ni de détourner intégralement les eaux. Ils régulent le cours, rien de plus. Des lâchers ou retenues peuvent toutefois perturber sérieusement l’irrigation des cultures pakistanaises, un secteur vital pour des millions de personnes.

Plusieurs années de travaux, mais une catastrophe déjà en marche
Les prédictions les plus sombres se heurtent à une réalité technique : seule la construction de nouveaux barrages en Inde permettrait de bloquer véritablement les eaux coulant vers le Pakistan. Un chantier de plusieurs années, pas de plusieurs mois.
Mais cette temporalité rassurante en apparence masque un danger immédiat. Sans même bloquer totalement les fleuves, l’Inde dispose déjà du pouvoir de perturber l’irrigation. Le Pakistan dépend de ces eaux pour nourrir plus de 220 millions d’habitants. La moindre variation de débit en amont se traduit par des récoltes compromises en aval.
Le projet de tunnel Chenab-Beas représente la première étape concrète d’une stratégie de détournement à grande échelle. Si d’autres infrastructures suivent, le Pakistan pourrait voir ses ressources hydriques fondre progressivement, sans qu’aucun barrage spectaculaire ne soit nécessaire. Une asphyxie lente, méthodique.
La communauté internationale observe. La Banque mondiale, garante historique du traité de l’Indus, n’a pour l’heure émis aucune déclaration officielle sur cette escalade. Pourtant, les ressources naturelles sont devenues le nerf des conflits du XXIe siècle. L’eau, plus encore que le pétrole, pourrait redéfinir les rapports de force entre nations.
Un fleuve, deux armées nucléaires, zéro traité en vigueur : le sous-continent indien vit peut-être la crise la plus dangereuse de son histoire moderne. Et cette fois, ce n’est pas de missiles dont il est question — mais de robinets.