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Rentrés de vacances, Aurélie et Alban trouvent leur maison fissurée de toutes parts : 350 000 € de travaux à prévoir

Publié par Elodie le 22 Oct 2026 à 16:19
Fissure profonde traversant un mur de maison ancienne

Neuf ans après l’achat de leur maison ancienne dans la Sarthe, Aurélie et Alban ont poussé la porte au retour des vacances et découvert un décor de chantier. Des morceaux blancs jonchaient le sol, des murs laissaient passer la lumière d’une pièce à l’autre. La facture estimée dépasse le double du prix d’achat, et l’élément qui bloque toute indemnisation tient en deux mots.

Une faïence qui explose et des plinthes qui décollent du sol

Aurélie, 42 ans, et Alban, 38 ans, vivent à Maresché, dans la Sarthe, avec leurs deux enfants. En 2017, ils ont acheté cette maison ancienne pour 162 000 €, hors frais de notaire. Ils y ont ensuite investi plus de 40 000 € de rénovation, convaincus d’y passer toute leur vie.

Les premiers signes sont apparus en décembre 2025 : quelques fissures, sans évolution apparente. Rien d’alarmant, à ce stade. Le couple n’y a pas vu de raison de s’inquiéter.

Puis est venu août 2026 et le retour de vacances. « Il y avait plein de morceaux blancs par terre. Je ne savais pas d’où ça venait », raconte Aurélie au Figaro Immobilier. En levant les yeux, elle a compris : la faïence de la salle de bains avait éclaté.

Le reste de la maison racontait la même histoire. Selon le magazine, des fissures atteignent désormais 7 millimètres de large, le sol s’affaisse, la cheminée se fend et les plinthes ne touchent plus le carrelage. Ce genre de désordres n’a rien d’isolé : des habitants d’autres régions racontent pouvoir passer le doigt à travers leurs murs après la canicule.

Mais qu’est-ce qui peut bien faire bouger une maison à ce point ? L’expert appelé sur place a une hypothèse précise.

L’expert tranche, et le chiffre dépasse deux fois le prix d’achat

Appelé à la rescousse, Geoffrey Reiser, expert en bâtiment, privilégie une explication : le retrait-gonflement des argiles, ou RGA. Le principe est simple. Le sol argileux se rétracte quand il sèche et gonfle quand il se réhydrate, et la maison qui repose dessus suit le mouvement.

Les sécheresses prolongées, suivies d’épisodes de réhydratation, accentuent ces mouvements. Les conséquences possibles sont connues : fissures, déformations, ouvertures qui coincent, canalisations qui cèdent. Les fondations peuvent aussi avoir besoin d’être renforcées, un chantier particulièrement coûteux. Ce mécanisme ressemble à celui que redoutent les propriétaires d’arbres plantés trop près de leurs fondations, mais ici, c’est le sol lui-même qui travaille.

Le phénomène est loin de se limiter à la Sarthe. Dans un entretien à Midi Libre le 20 juillet 2026, Julien Nakad, expert chez Altaïs Expertise, citait l’Aude, l’Hérault, le Gard et les Pyrénées-Orientales parmi les départements particulièrement touchés.

Pour Aurélie et Alban, l’expert chiffre le sinistre à 350 000 €. C’est plus du double du prix d’achat de la maison, une somme hors de portée du couple. Et sans travaux, toujours selon Geoffrey Reiser, la maison pourrait devenir inhabitable d’ici une dizaine d’années, voire moins.

Reste la vraie question : qui va payer ? La réponse dépend d’une décision administrative que le couple ne maîtrise pas.

Couple inquiet observant des fissures dans leur salon

Catastrophe naturelle : la case que la commune doit encore cocher

Pour espérer une indemnisation, le couple doit attendre que sa commune soit officiellement reconnue en état de catastrophe naturelle pour la sécheresse. Tant que cet arrêté n’existe pas, l’assurance ne peut rien verser. C’est aussi ce qui explique pourquoi certains propriétaires se retrouvent seuls face à la facture quand l’origine des dégâts est discutée.

La mairie de Maresché a confirmé au Figaro Immobilier avoir engagé une procédure en 2026. En revanche, aucune réponse de la préfecture de la Sarthe n’avait été obtenue au moment de la publication de l’article. Le dossier est donc en suspens.

Et même avec l’arrêté, rien n’est gagné. L’indemnisation n’est pas automatique : les propriétaires doivent encore démontrer que la sécheresse est bien la cause déterminante des dégâts.

C’est le point que soulignait Julien Nakad. « De nombreux dossiers sont classés sans suite alors que les investigations techniques nécessaires à l’identification de la cause déterminante des désordres n’ont pas été réalisées », alertait-il dans Midi Libre. Autrement dit, la reconnaissance de l’état de catastrophe naturelle ne suffit pas.

Voilà le piège : sans expertise technique solide, un dossier peut s’arrêter net. Et le nombre de maisons concernées donne le vertige.

12,1 millions de maisons exposées : ce que cela change pour tous les propriétaires

Selon un arrêté interministériel du 9 janvier 2026, cité par Le Figaro Immobilier, 12,1 millions de maisons individuelles sont exposées au retrait-gonflement des argiles. Cela représente 61,5 % du parc français. Des millions de propriétaires peuvent donc se reconnaître dans l’histoire de la Sarthe.

En attendant, le couple vit dans l’incertitude. Eux qui voulaient finir leur vie dans cette maison craignent désormais de devoir la quitter. Leur crainte, formulée sans détour : que la maison finisse par leur tomber sur la tête.

Ces dégâts lents côtoient d’autres risques, plus brutaux. Un détail de décoration mal pensé peut par exemple transformer une maison en piège en cas d’incendie, et un simple signe sur une porte peut alerter les cambrioleurs. Mais ici, le danger vient du sol.

Le sujet divise aussi. Sous l’article, un lecteur dit s’être privé pour réaliser des fondations renforcées en raison des argiles, et refuse de voir sa prime d’assurance habitation augmenter pour rembourser des travaux mal anticipés. Un autre lui répond que c’est de l’égoïsme. Le débat sur qui doit payer ne fait que commencer.

Côté pratique, la leçon du dossier est nette : suivre la procédure communale, et surtout faire établir la cause par une expertise technique. Car la valeur d’une maison peut aussi chuter pour d’autres raisons, et un dossier mal documenté coûte cher.

Une maison peut se fissurer en silence pendant des mois, puis céder la parole en quelques semaines : le vrai combat commence après les dégâts. Autre sol, autre surprise : pourquoi un village englouti en 1952 refait surface en Savoie n’a rien à voir avec ce que l’on croit. Et si vous pensiez la maison à l’abri, ces marques discrètes tracées sur une porte disent aux cambrioleurs qu’elle est vide.

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