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2 700 km de sable et 7 millions de mines : le mur oublié qui coupe le Sahara en deux depuis 1987

Publié par Elodie le 24 Août 2026 à 3:29
2 700 km de sable et 7 millions de mines : le mur oublié qui coupe le Sahara en deux depuis 1987

Après la Grande Muraille de Chine, c’est l’ouvrage défensif le plus long jamais construit par l’homme. Sept millions de mines antipersonnel dorment encore sous le sable, quarante ans après le début des travaux. Peu de Français connaissent son existence, et pourtant il coupe littéralement un territoire grand comme la moitié de la France en deux camps ennemis.

Un chantier né d’une guerre pour un désert

Tout part d’un affrontement survenu près de l’Ouarkziz en 1980. Quelques semaines plus tard, le Maroc lance un chantier titanesque au Sahara occidental, territoire disputé depuis le retrait espagnol de 1975.

Rabat et la Mauritanie s’étaient alors partagé la zone, sans tenir compte des revendications sahraouies. Comme dans d’autres conflits territoriaux qui s’enveniment, la réponse militaire a fini par l’emporter sur la négociation.

Face à cette annexion, les Sahraouis fondent en 1976 le Front Polisario et proclament la République arabe sahraouie démocratique. La guerre de guérilla qui suit pousse le royaume à changer de stratégie : plutôt que de pourchasser un ennemi insaisissable dans l’immensité désertique, autant en verrouiller une partie avec un mur infranchissable.

Cette logique de fortification totale rappelle d’autres épisodes où des États ont préféré ériger des barrières physiques, un peu comme certains pays imposent aujourd’hui des restrictions de circulation strictes pour des raisons stratégiques.

Six segments, sept ans de travaux, un savoir-faire ancestral détourné

La construction ne s’est pas faite en un jour. Six segments distincts ont été bâtis entre 1980 et 1987, chacun repoussant un peu plus loin la ligne de contrôle marocaine.

Le sixième et dernier tronçon, achevé entre mai et septembre 1985, s’étend sur 670 kilomètres, du sud-ouest d’Amgala jusqu’à l’océan Atlantique. La portion finale, longue de 550 kilomètres, referme le dispositif en 1987 en atteignant Guerguerat.

Un détail surprend : la technique de remblai proviendrait d’une méthode agricole marocaine traditionnelle, utilisée pour protéger les palmiers des inondations en les entourant de reliefs de sable. Un savoir-faire paysan, recyclé à l’échelle de tout un continent.

Résultat : entre 2 700 et 2 720 kilomètres de remblais, de barbelés et de tranchées, doublés d’une hauteur estimée à trois mètres par endroits. On est loin des simples finitions décoratives qui habillent nos intérieurs : ici, le remblai a une fonction purement militaire, pensée pour durer des décennies.

2 700 km de sable et 7 millions de mines : le mur oublié qui coupe le Sahara en deux depuis 1987

100 000 soldats, des radars, et un tiers du territoire toujours disputé

Ce mur surnommé le « Berm » par les spécialistes n’est pas qu’un tas de sable. Il s’agit d’un système militaire complet : remblais sur deux ou trois lignes, champs de mines, bunkers, postes d’artillerie et terrains d’aviation, le tout couvert par un réseau de radars capables de détecter un mouvement à plusieurs dizaines de kilomètres.

La surveillance humaine est à l’échelle de l’ouvrage : environ 100 000 soldats marocains, un chiffre que certaines sources montent jusqu’à 120 000 hommes mobilisés en permanence.

Le dispositif a rempli son objectif : le Maroc contrôle depuis le début des années 1990 plus des deux tiers du Sahara occidental. Un cessez-le-feu négocié sous l’égide de l’ONU entre en vigueur en 1991, mettant fin à quinze années de guerre ouverte, avant de s’effondrer brutalement en novembre 2020.

Mais le vrai coût de ce mur se paie encore aujourd’hui, loin des radars et des soldats. Entre 1975 et 2013, au moins 2 500 personnes ont été tuées ou blessées par des mines et des restes explosifs liés au conflit, dont 151 victimes rien qu’entre 1999 et 2008, selon les données rassemblées par plusieurs chercheurs spécialisés. Les opérations de déminage de l’ONU, suspendues après la rupture de 2020, n’ont repris qu’en mai 2023 à l’est du mur, puis en janvier 2024 côté sud, un calendrier qui contraste avec des chiffres officiels souvent contestés sur le terrain.

Sept millions de mines pour un mur que la plupart des Français n’ont jamais vu sur une carte : voilà le prix silencieux d’une frontière tracée dans le sable en pleine guerre froide. Le désert, lui, continue d’avancer sur les tranchées, mais les mines, elles, ne s’effacent pas.

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