Icône menu hamburger Icône loupe de recherche
  1. TDN >
  2. Le saviez-vous ?

Pourquoi une petite flèche orne ta jauge d’essence — et qui l’a imaginée sous la pluie ?

Publié par Ambre Détoit le 30 Oct 2026 à 16:12

Tu l’as vue mille fois sans la regarder. Près de ta jauge d’essence, un minuscule triangle pointe vers la gauche ou vers la droite.

Beaucoup de conducteurs roulent des années sans comprendre à quoi il sert. Et celui qui l’a imaginée l’a fait dans un état plutôt humide.

Le détail du tableau de bord que tu n’avais jamais décodé

Ce triangle indique de quel côté de ta voiture se trouve la trappe du réservoir. Si la flèche pointe à gauche, tu te gares avec la pompe à ta gauche. C’est aussi simple que ça.

Le problème qu’il règle est tout bête. Il n’existe aucun standard : chaque constructeur place la trappe où il veut, et parfois deux modèles de la même marque ne se ressemblent pas.

Surtout, tu ne conduis pas toujours ta propre voiture. Voiture de location, véhicule de prêt, camionnette de déménagement : c’est là que tu tournes en rond devant les pompes.

Il existe même un second indice, que presque personne ne connaît. Sur le pictogramme de la pompe, le tuyau est dessiné d’un côté précis. Pompe avec tuyau à gauche, trappe à gauche.

Mais d’où vient cette idée ? Elle n’a pas été inventée par un grand ingénieur dans un laboratoire.

Une douche forcée dans une station-service

Direction le Michigan, en avril 1986. Un designer d’intérieur de chez Ford, Jim Moylan, doit se rendre à une réunion dans un autre bâtiment de l’entreprise. Il prend une voiture de service, une « pool car », comme on dit là-bas.

Il remarque que le réservoir est presque vide et file à la pompe. Sauf qu’il se range du mauvais côté. Il doit repartir, repositionner la voiture, et se fait tremper sous la pluie.

Designer trempé sous la pluie à une pompe à essence

Il passe sa réunion en vêtements mouillés. En revenant à son bureau, il s’assoit sans même retirer son manteau et tape la première version de sa proposition.

Il raconte l’avoir déposée, puis complètement oubliée. Une anecdote qui montre que les meilleures idées naissent parfois de l’agacement, pas de la réflexion.

Le texte de sa note était sobre : un symbole près de la jauge, qui indiquerait simplement au conducteur de quel côté se trouve la trappe. Son brouillon d’origine montrait même une petite voiture vue de dessus, avec une trappe volontairement exagérée.

Alors, son patron a-t-il jeté la note à la corbeille ? La réponse est moins prévisible qu’on ne l’imagine.

Ce que Ford a répondu (et pourquoi c’est dingue)

Moylan a oublié sa note, pas son supérieur. Le 18 novembre 1986, le directeur du design intérieur, R. F. Zokas, lui répond : Ford appliquera l’indicateur à ses voitures du millésime 1989, alors en développement.

L’idée avait un atout redoutable. Elle ne coûtait presque rien à mettre en œuvre, puisqu’il suffisait d’imprimer un petit symbole sur le cadran.

Selon Jalopnik, la Ford Escort et la Mercury Tracer ont été les premières voitures à l’arborer en 1989. Les autres constructeurs ont suivi, car personne n’avait de raison de s’en passer.

Ce n’est pas tout à fait un cas d’école de l’invention solitaire. Mercedes avait déjà un voyant de réserve en forme de flèche sur certains modèles, mais il servait à t’avertir que le réservoir était vide, pas à t’indiquer où faire le plein. Un pas de côté, mais un pas décisif.

Flèche lumineuse près de la jauge d'essence du tableau de bord

Dans les premiers temps, la flèche se logeait près du compteur de vitesse. Les modèles plus récents l’ont rapprochée de la jauge elle-même, là où le regard du conducteur la cherche naturellement.

Et l’histoire de Moylan ne s’arrête pas à la pompe à essence.

L’homme derrière la flèche, et ce que l’histoire a fait de lui

Dans les années 1980, Jim Moylan a passé du temps à Hiroshima, au Japon, à cause du partenariat entre Ford et Mazda. Il a pris sa retraite en 2003.

Pendant des décennies, personne ne savait qui était l’auteur de la flèche. Son nom est sorti de l’ombre en 2018, quand il a raconté son histoire dans un podcast américain, « Every Little Thing ».

Plus tard, en 2022, le patron de Ford, Jim Farley, a publié sur les réseaux sociaux la note originale redécouverte par les archivistes de l’entreprise. Le dessin a fait le tour du web.

Moylan est mort en décembre 2025, à 80 ans. On parle désormais de « flèche de Moylan » dans le monde de l’automobile, un honneur discret pour un designer de garnitures intérieures.

Ce n’est pas la seule « petite bizarrerie » de ton quotidien qui cache une histoire de ce genre.

Et d’ailleurs, d’autres détails du même acabit

Ce genre de détail minuscule, conçu pour résoudre un vrai problème, est partout. Tu peux commencer par la raison pour laquelle l’aile gauche d’un avion brille en rouge, et la droite en vert. Là aussi, c’est une question de repères, mais à 10 000 mètres d’altitude.

Dans le même registre, les hublots d’avion ronds ne doivent rien à l’esthétique. Un détail de forme, et la sécurité en dépend.

Le téléphone nous a laissé son propre vestige : l’histoire du mot « allô » est une autre histoire de choix de dernière minute. Et si tu as déjà hésité entre deux claviers, regarde aussi pourquoi le 1 est en haut ou en bas selon l’appareil.

Même ta bière a une histoire de ce type. Sa bouteille verte réserve des surprises olfactives que personne n’avait vues venir.

La réponse en une phrase

La flèche est là parce qu’un designer de Ford, trempé par la pluie en 1986, s’est juré que plus personne ne se tromperait de côté à la pompe.

Reste une question : quelle autre petite galère du quotidien attend encore son Moylan ? Avant de te la poser, jette un œil à ce dernier trou de tes baskets que presque personne n’utilise. Et si tu veux un autre mystère de poche, la tranche striée de tes pièces cache un secret signé Newton.

Laissez un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *