Tirs au dîner des correspondants à Washington : Trump évacué, le suspect était client de l’hôtel

Samedi soir, le traditionnel dîner de l’Association des correspondants de la Maison-Blanche a viré au cauchemar. Alors que 2 600 convives en tenue de soirée profitaient de la soirée au Washington Hilton, des détonations ont retenti. Le président américain et Melania Trump ont été immédiatement évacués par les services secrets. Un homme lourdement armé venait de foncer sur un poste de contrôle. Et le plus troublant, c’est qu’il séjournait tranquillement dans l’hôtel en tant que client.
Panique en tenue de soirée : la scène décrite par les témoins
Les convives ont immédiatement cessé de parler en entendant les détonations. Des cris ont fusé : « À terre, à terre ! » Sous les tables, des centaines de personnes en robe longue et costume se sont jetées au sol. Les serveurs se sont réfugiés à l’avant de la salle pendant que des agents en tenue de combat enjambaient les tables, armes au poing.

Alexandra Ingersoll, journaliste pour One America News, a raconté à l’AFP être encore « secouée ». « Il y a eu des coups de feu — je ne les ai pas vraiment entendus ou bien je n’ai pas compris ce qui se passait avant de me dire ‘oh mon Dieu’. Le Secret Service s’est jeté sur le président et l’a emmené. » Elle ajoute s’être glissée sous la table en se disant : « Je ne vais pas prendre de risque. Je ne savais pas si le tireur avait été arrêté ni ce qui se passait. »
Une vidéo tournée par un correspondant de Fox News montre des agents lourdement armés parcourir la salle en criant « Nous avons une victime ». La musique d’ambiance s’est coupée net. La confusion était totale. Et dehors, les hélicoptères ont commencé à survoler le centre de Washington. Mais qui était l’homme qui venait de transformer un gala mondain en zone de tir ?
Cole Allen, 31 ans, ingénieur californien : le profil inattendu du tireur
Selon les premières informations relayées par CNN et CBS News, le tireur présumé s’appelle Cole Thomas Allen. Il a 31 ans — certaines sources évoquent 30 ans — et vient de Torrance, dans la banlieue de Los Angeles. Diplômé du prestigieux California Institute of Technology, il aurait suivi des études d’ingénieur. Un profil que personne n’attendait.
L’homme séjournait à l’hôtel Washington Hilton en tant que simple client. « Selon les premières informations, nous pensons qu’il était client de cet hôtel », a confirmé Jeffery Carroll, chef par intérim du département de police métropolitaine. Une chambre a été sécurisée et les enquêteurs y cherchent des indices.

À Torrance, sa maison à deux étages — décrite comme « modeste » par le New York Times — a été rapidement encerclée par des journalistes et des voisins. La rue a été bouclée, des hélicoptères survolaient le quartier. Les habitants décrivent un endroit « très calme » et « sûr », où vivraient de nombreux retraités de la police. Trump, de son côté, a qualifié le suspect de « loup solitaire » et de « personne malade », diffusant lui-même la photo de l’assaillant menotté au sol sur Truth Social.
Mais ce qui interroge le plus les enquêteurs, ce n’est pas seulement qui il est. C’est comment il a pu entrer dans l’hôtel avec un tel arsenal.
Un fusil de chasse, un pistolet et plusieurs couteaux : comment l’arme est-elle entrée ?
Le tireur présumé était « armé d’un fusil de chasse, d’un pistolet et de plusieurs couteaux » lorsqu’il a foncé sur un poste de contrôle des services secrets, selon Jeffery Carroll. Les agents l’ont intercepté à ce point d’accès. Des échanges de tirs ont eu lieu entre le suspect et les forces de sécurité.
Un agent des forces de l’ordre a été touché par balle. Il a été sauvé grâce à son gilet pare-balles, a précisé Donald Trump lors de sa conférence de presse. Des participants au dîner ont indiqué qu’un portique de détection de métaux avait été installé à l’extérieur de la salle de bal, mais qu’aucun contrôle similaire n’existait à l’entrée même de l’hôtel.
« Nous allons analyser les vidéos dans tout l’hôtel pour comprendre comment l’arme est entrée, comment elle est arrivée jusque-là », a déclaré Carroll. Trump a publié sur Truth Social des images de caméras de surveillance montrant l’individu se ruer sur le portique. Plusieurs agents dégainent leurs armes sur ces images. Le président a toutefois estimé que les services de sécurité avaient fait « un bien meilleur travail qu’à Butler », en référence à la tentative d’assassinat dont il avait été victime en 2024 lors d’un meeting en Pennsylvanie. L’hôtel Hilton, en revanche, n’était selon lui « pas un bâtiment particulièrement sûr ».
Les tirs ont eu lieu dans une zone de contrôle à l’extérieur de la salle. Le suspect n’a jamais atteint les convives. Mais son mobile, lui, glace les enquêteurs.
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Le suspect visait des membres de l’administration Trump
Selon CBS News, Cole Allen a avoué aux autorités qu’il ciblait des membres de l’administration Trump. Un aveu qui change la nature de l’incident : on ne parle plus d’un simple forcené, mais d’un acte prémédité à dimension politique. Trump, lors de sa conférence de presse — en pleine crise avec l’Iran — a d’ailleurs tenu à préciser qu’il ne pensait pas que l’incident avait un lien avec le conflit international.
« Cela ne va pas me faire renoncer à gagner la guerre en Iran », a déclaré le président. « Je ne sais pas si cela avait quelque chose à voir avec ça, je ne pense vraiment pas, sur la base de ce que nous savons. » Il a décrit la neutralisation du suspect en des termes surprenants : « C’était, d’une certaine manière, très beau, vraiment une très belle chose que de voir un homme foncer sur un poste de contrôle armé de plusieurs armes, et il a été neutralisé par quelques membres très courageux du Secret Service. »
L’auteur présumé comparaîtra lundi devant la justice. Deux chefs d’accusation l’attendent : usage d’une arme à feu lors d’un crime violent, et agression d’un agent fédéral à l’aide d’une arme dangereuse, a précisé la procureure de Washington, Jeanine Pirro. Pour Melania Trump, cette soirée restera une « expérience plutôt traumatisante », selon les mots de son mari. La Première dame, impassible, assistait à la conférence de presse aux côtés des membres du gouvernement.

Mais au-delà du choc, c’est un fantôme qui hante les couloirs du Washington Hilton. Celui d’une autre soirée, 45 ans plus tôt, dans ce même hôtel.
1981 : quand Reagan avait été touché par balle devant ce même hôtel
C’est un détail que tous les médias américains ont immédiatement relevé. Le Washington Hilton est l’endroit exact où le président Ronald Reagan avait été la cible de tirs en mars 1981, deux mois seulement après son élection. L’une des balles avait ricoché sur la limousine présidentielle alors qu’il quittait l’hôtel après un discours. Atteint à la poitrine, poumon perforé, Reagan avait été hospitalisé puis alité deux semaines. Il s’en était sorti sans graves séquelles.
Le tireur, John Hinckley Jr., avait 25 ans. Son mobile ? Il voulait impressionner l’actrice Jodie Foster, qu’il avait vue dans Taxi Driver. Jugé pénalement irresponsable, il avait passé trente-cinq ans en hôpital psychiatrique avant d’être libéré en 2016. L’attentat avait profondément choqué les États-Unis, entraînant même le report de la cérémonie des Oscars.
James Brady, porte-parole de la Maison-Blanche grièvement blessé ce jour-là, était devenu un militant emblématique du contrôle des armes à feu. Une loi portant son nom avait été adoptée en 1993. Quarante-cinq ans plus tard, les coups de feu résonnent à nouveau dans les murs du même hôtel. Et les mêmes questions reviennent : comment est-ce possible ? Comment un homme armé d’un fusil de chasse peut-il s’approcher aussi près du président américain ?
Les réactions internationales se multiplient
Dès l’annonce des tirs, les réactions de dirigeants étrangers ont afflué. Le premier ministre canadien Mark Carney s’est dit « rassuré d’apprendre que le président, la première dame et tous les invités sont sains et saufs ». « La violence politique n’a pas sa place dans une démocratie », a-t-il ajouté sur X. La présidente du Mexique, Claudia Sheinbaum, a de son côté déclaré que « la violence ne doit jamais être la solution » et témoigné son « respect » au couple présidentiel.
Trump, lui, a salué le travail du Secret Service et confirmé que tous les membres de son gouvernement — du chef du Pentagone Pete Hegseth au secrétaire d’État Marco Rubio — étaient sains et saufs. « Quelle soirée à Washington. Les Secret Service et les forces de l’ordre ont fait un travail formidable. Ils ont agi avec rapidité et courage », a-t-il écrit sur Truth Social, avant d’ajouter qu’il avait « conseillé que le spectacle continue ».
L’enquête ne fait que commencer. Les motivations exactes de Cole Allen restent à éclaircir. Son appartement est en cours de fouille. Les tensions politiques aux États-Unis n’ont jamais été aussi vives, entre le conflit en Iran, les appels à la destitution et une campagne qui s’annonce explosive. Une chose est sûre : ce samedi soir au Washington Hilton, l’Amérique a frôlé le pire. Encore une fois.