Icône menu hamburger Icône loupe de recherche
  1. TDN >
  2. Politique

«Ses facultés mentales s’effondrent» : 85 élus demandent la destitution de Trump, le 25e amendement peut-il vraiment l’écarter ?

Publié par Elsa Fanjul le 09 Avr 2026 à 7:07
Donald Trump à la tribune de la Maison-Blanche, devant le sceau présidentiel
Publicité

Quatre-vingt-cinq élus démocrates ont formellement demandé au vice-président JD Vance de déclarer Donald Trump inapte à gouverner. En cause : ses menaces de « détruire » la civilisation iranienne, jugées délirantes jusque dans les rangs de ses anciens soutiens. Le spectre du 25e amendement plane à nouveau sur la Maison-Blanche.

Des menaces contre l’Iran qui ont fait déborder le vase

Mardi, Donald Trump a franchi un nouveau palier rhétorique en menaçant de « détruire » la civilisation iranienne. Des propos d’une violence inédite, même pour un président habitué aux sorties incendiaires. Sur les réseaux sociaux, il s’est adressé directement aux Iraniens : « Ouvrez le Putain de Détroit, espèce de tarés, ou vous vivrez en Enfer — VOUS ALLEZ VOIR. Gloire à Allah », quelques heures à peine avant la mise en place d’un cessez-le-feu.

Donald Trump en costume sombre devant un micro, expression sérieuse, Maison Blanche en arrière-plan
Publicité

Le plus troublant ? Quelques jours plus tôt, le président américain affirmait que le sort du détroit d’Ormuz l’indifférait totalement. Il s’est également contredit à plusieurs reprises sur les objectifs militaires de Washington en Iran, notamment concernant le programme nucléaire. Ces volte-face à répétition ont alarmé élus et observateurs bien au-delà du camp démocrate.

« Ses facultés mentales s’effondrent » : l’alerte des démocrates

C’est une petite musique qui court dans les couloirs du Congrès depuis plusieurs semaines. Mais cette fois, elle a pris la forme d’une démarche officielle. Selon le média américain Axios, 85 élus démocrates de la Chambre des représentants ont adressé une demande formelle à JD Vance pour enclencher le 25e amendement de la Constitution.

Les mots employés sont sans ambiguïté. Le sénateur Jack Reed accuse Trump d’avoir « perdu le contrôle ». L’élue progressiste Alexandria Ocasio-Cortez alerte sur des « facultés mentales en train de s’effondrer ». Quant au sénateur du Connecticut Chris Murphy, il n’y va pas par quatre chemins : « Si j’étais un membre du cabinet Trump, je passerais Pâques à appeler des juristes constitutionnels au sujet du 25e amendement. C’est complètement, totalement délirant. Il a déjà tué des milliers de personnes. Il va en tuer des milliers d’autres. »

Publicité

La question de la santé mentale du président n’est pas nouvelle, mais elle prend une dimension inédite alors que les États-Unis sont engagés militairement au Moyen-Orient dans l’opération « Epic Fury », avec des pertes humaines et matérielles des deux côtés.

Quand ses propres alliés le lâchent

Le fait le plus marquant de cette séquence n’est pas la fronde démocrate — elle était prévisible. C’est la fissure dans le camp trumpiste. Marjorie Taylor Greene, ancienne alliée de fer du président à la Chambre des représentants, a publié un message explosif sur X mardi matin.

Salle du conseil des ministres à la Maison-Blanche vide, longue table en bois sombre et fauteuils en cuir sous un éclairage ambré
Publicité

« Le 25e amendement !!! Pas la moindre bombe n’a été tirée contre l’Amérique. Nous ne pouvons pas tuer une civilisation entière. C’est maléfique et de la folie », a-t-elle harangué. Greene avait démissionné de la Chambre en janvier et s’était déjà attirée les foudres de Trump pour avoir critiqué la gestion de l’affaire Epstein.

Mark Meadows, ancien chef de cabinet de la Maison-Blanche et ex-membre républicain du Congrès, a lui aussi lâché une petite bombe sur X : « Si les républicains ne conservent pas la Chambre lors des élections de mi-mandat, une troisième procédure de destitution est à prévoir. » Quand vos propres troupes commencent à compter les sièges en prévision d’un impeachment, le signal est difficile à ignorer.

Le 25e amendement, mode d’emploi

Concrètement, de quoi parle-t-on ? Le 25e amendement a été ajouté à la Constitution américaine après l’assassinat de John F. Kennedy. Sa section 4 — la plus radicale — prévoit qu’un président puisse être déclaré « inapte » à exercer ses fonctions sans son consentement. À l’origine, cette disposition visait des situations extrêmes : un président tombé dans le coma, frappé d’incapacité physique totale.

À lire aussi

Publicité

La mécanique est la suivante : une majorité du cabinet présidentiel (huit membres sur quinze) doit signer une déclaration attestant que le président est inapte. Cette déclaration est transmise aux présidents de la Chambre des représentants et du Sénat. Le vice-président — en l’occurrence JD Vance — assume alors immédiatement les fonctions de président par intérim.

Mais Trump ne serait pas totalement écarté. Il conserverait son titre et pourrait contester la décision dans la foulée. En cas de désaccord persistant, c’est le Congrès qui tranche : une majorité des deux tiers dans les deux chambres est nécessaire pour maintenir l’écart du président. Un seuil extrêmement élevé qui n’a jamais été atteint dans l’histoire américaine.

Publicité

Pourquoi cette procédure n’aboutira (probablement) pas

Soyons lucides : dans la configuration politique actuelle, le 25e amendement a autant de chances d’aboutir qu’un bonhomme de neige de survivre en juillet à Phoenix. Le cabinet est largement acquis à Trump. Le Congrès est à majorité républicaine. Et JD Vance, à qui la demande est adressée, n’a montré aucun signe de rébellion.

La Maison-Blanche, d’ailleurs, ne s’est pas privée de balayer ces appels d’un revers de main. Davis Ingle, porte-parole de la présidence, y voit un signe de la « faiblesse » et de « l’inefficacité » des démocrates. « Ils parlaient déjà de destituer le président Trump avant même son investiture » en janvier 2025, a-t-il relativisé. L’argument porte : à force de crier au loup, l’opposition a peut-être usé sa crédibilité sur le sujet.

Publicité

En parallèle, la Maison-Blanche a dû démentir plusieurs rumeurs sur l’état de santé du président ces derniers mois, alimentant un climat de défiance permanent.

Ce n’est pas la première fois — et la dernière tentative a échoué

Les Américains ont une impression de déjà-vu, et pour cause. En janvier 2021, après l’invasion du Capitole par des partisans de Trump protestant contre les résultats de l’élection présidentielle, Nancy Pelosi — alors présidente de la Chambre — avait elle aussi brandi le 25e amendement. « Si Mike Pence ne le fait pas, les démocrates procéderont à une procédure d’impeachment », avait-elle déclaré.

À lire aussi

La proposition n’avait pas abouti. Trump avait ensuite fait face à deux procédures d’impeachment au cours de son premier mandat — deux échecs. L’histoire se répète, mais dans un contexte radicalement différent : cette fois, les États-Unis sont en guerre et les propos présidentiels ont des conséquences directes sur le terrain.

Publicité

L’impeachment, l’autre carte des démocrates

Face à l’impasse prévisible du 25e amendement, certains élus explorent déjà une autre voie. Le sénateur du Massachusetts Ed Markey et Seth Moulton, élu du même État à la Chambre, ont appelé à lancer une procédure d’impeachment — la troisième de la carrière de Trump, un record historique.

Cette procédure fonctionne différemment. Déclenchée par la Chambre des représentants, elle nécessite un vote à la majorité simple pour mettre en accusation le président, puis une majorité des deux tiers au Sénat pour le condamner. L’impeachment implique que le président soit reconnu coupable de « trahison, corruption ou autres crimes et délits majeurs » — une formulation volontairement floue qui laisse une large marge d’interprétation.

Pour l’heure, cette option reste elle aussi théorique. Sans basculement de la Chambre lors des élections de mi-mandat, les démocrates n’ont pas les voix nécessaires. Mais le simple fait que d’anciens républicains évoquent cette éventualité montre l’ampleur du malaise.

Publicité

Un président contesté, une Amérique fracturée

Au fond, ce qui frappe dans cette séquence, ce n’est pas tant la procédure — personne ne parie sérieusement sur une destitution à court terme. C’est l’accumulation. Les palinodies sur l’Iran. Les menaces apocalyptiques suivies de cessez-le-feu. Les contradictions à quelques jours d’intervalle. Le vocabulaire de plus en plus erratique.

Le conflit au Moyen-Orient a cristallisé des inquiétudes qui couvaient depuis des mois. Alors que Washington et Téhéran revendiquent tous deux la victoire après l’annonce d’une trêve de quinze jours, la question n’est plus seulement de savoir qui a gagné la guerre. Elle est de savoir qui gouverne réellement à Washington — et si cette personne est en état de le faire.

Les démocrates brandissent le 25e amendement comme un signal d’alarme. Les républicains y voient une manœuvre politique. Et les Américains, eux, regardent leur président menacer de rayer une civilisation de la carte entre deux tweets rageurs. Le prochain épisode se jouera peut-être aux élections de mi-mandat. D’ici là, la petite musique risque de devenir assourdissante.

Publicité

Rejoignez nos 875 726 abonnés en recevant notre newsletter gratuite

Laissez un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *