Disparu depuis 4 jours, un chien de chasse est retrouvé au fond d’un canyon des Pyrénées : les gendarmes de haute montagne ont dû s’en mêler

Un chien de chasse qui s’égare en pleine saison, ça arrive. Mais un chien resté coincé plusieurs jours au fond d’un canyon, entre deux cascades, c’est une autre histoire. Dans les Hautes-Pyrénées, ce sont des gendarmes de haute montagne, plutôt habitués aux alpinistes blessés, qui sont venus le chercher. Reste à comprendre comment ils s’y sont pris, et pourquoi ce genre de mission reste si rare.
Quatre jours sans nouvelles, puis un canyon qui garde son secret
Tout commence le mercredi 14 octobre. Ce jour-là, un chien de chasse disparaît. Son propriétaire le cherche, s’inquiète, attend. Les jours passent sans le moindre signe.
Quatre jours plus tard, le dimanche 18 octobre, le sort bascule. Un randonneur parcourt le canyon de Geu, un secteur escarpé des Hautes-Pyrénées. Il remarque alors la présence d’un animal, immobilisé dans le lit du ruisseau, entre deux cascades.
Impossible pour lui d’intervenir seul. Les conditions d’accès sont trop difficiles, le terrain trop piégeux. Il ne laisse pourtant pas la pauvre bête à son sort et prévient les secours sans attendre.
Ce réflexe est précieux. Sans lui, personne ne sait combien de temps de plus le chien aurait passé là, coincé dans un décor qu’on ne traverse pas sans matériel. Et le lieu, justement, a de quoi surprendre : pas un fossé banal, mais un fond de gorge où l’eau a creusé son chemin.
Le genre de situation qui, dans d’autres montagnes, pousse parfois les autorités à s’interroger sur la facture des interventions, comme les cas où la facture tombe vraiment. Ici, la question ne s’est pas posée de la même façon. Mais qui a répondu à l’appel du randonneur ?
Trois gendarmes, des poulies et un chien à remonter
Peu avant 17 heures, trois militaires du Peloton de gendarmerie de haute montagne (PGHM) de Pierrefitte-Nestalas se mobilisent. Leur terrain habituel, ce sont les randonneurs et sportifs en difficulté. Aujourd’hui, leur « victime » a quatre pattes.
Sur place, il faut trouver la bonne méthode. Le chien est au fond, le chemin est étroit, et personne ne peut simplement descendre le chercher en le portant. Les gendarmes ont donc recours à un système de mouflage.
Le principe est simple à expliquer, moins à mettre en œuvre en pleine nature. Un assemblage de poulies et de cordes permet de démultiplier la force de traction. Trois hommes peuvent ainsi hisser une charge qu’ils n’auraient pas pu tirer à la seule force des bras.
Les secouristes ne sont pas de simples spectateurs d’un exploit canin : ils manipulent du matériel de cordes, un savoir-faire de montagne appliqué à un animal. Et ce n’est pas la première fois que l’équipe prouve sa polyvalence, comme lors de cet épisode où un alpiniste est resté suspendu douze heures en attendant d’être secouru.
L’opération dure environ une heure. Puis le chien est remonté, enfin hors de son piège. Il retrouve sa famille sain et sauf, après des jours d’angoisse pour son propriétaire. Mais le plus étonnant n’est peut-être pas l’exploit lui-même : c’est que les gendarmes aient pu le réaliser.

Pourquoi les gendarmes ont dit oui, ce qui n’est pas si courant
Car secourir un chien ne fait pas partie des « missions principales » du PGHM. Le capitaine Denis Branellec, commandant du PGHM des Hautes-Pyrénées, le reconnaît sans détour : « C’est assez rare ». Un cas comme celui-ci ne se règle pas par automatisme.
En général, ce sont les associations de protection animale qui appellent directement le PGHM ou la CRS. Les secours décident alors de réorienter ou non les demandes, en communiquant le numéro des structures compétentes. Le dispositif n’est pas pensé pour les animaux.
Alors pourquoi, cette fois, un oui ? Le capitaine donne la clé : « Si le contexte s’y prête, ça arrive qu’on le fasse. » Et ici, tout s’y prêtait.
Première condition : il n’y avait aucune intervention en cours. Deuxième condition : le site était tout proche. Les gendarmes ont pu s’y rendre par voie terrestre, « sans perdre un binôme pour la journée », selon les mots du capitaine. Le tout sans entamer, dit-il, la permanence opérationnelle pour les secours humains.
Dernier détail qui a pesé : l’unité a été contactée en direct par la personne qui avait trouvé l’animal. Pas d’intermédiaire, pas de délai. Voilà le véritable déclencheur : un contexte favorable, jamais une obligation. Et pourtant, la situation va-t-elle se reproduire ?
Ce que ces sauvetages disent de la montagne en automne
Selon le capitaine, ces interventions concernent le plus souvent des chiens de chasse égarés sur des terrains escarpés. Elles demandent « des techniques de cordes et de remontées sur cordes ». Elles se concentrent surtout en période de chasse, et beaucoup plus rarement en plein été.
Il existe bien, en France, une structure spécialisée : l’Équipe de secours animalier en montagne (E.S.A.M), composée de secouristes bénévoles. Problème : elle est basée dans les Alpes, donc loin des Pyrénées. Dans les Hautes-Pyrénées, c’est donc parfois aux gendarmes qu’il revient de s’en charger.
Cette affaire n’est pas isolée dans la région. Le 11 septembre, près du refuge des Espuguettes, à Gavarnie, une vache en mauvaise posture avait été hélitreuillée sous un hélicoptère privé. Cette fois, le PGHM n’était pas intervenu.
Ces animaux sauvés font sourire, mais ils posent une question de fond : jusqu’où les secours doivent-ils aller ? D’autres communes s’interrogent déjà, comme celles qui envisagent de facturer l’hélicoptère.
Et quand la montagne rappelle ses dangers aux humains aussi, comme pour ces deux randonneurs frappés par la foudre sur le GR10, la priorité est évidemment ailleurs.
Un chien sauvé, un randonneur attentif, trois gendarmes et un coup de poulies : parfois, il suffit d’un bon alignement des planètes pour qu’un oubli devienne une belle histoire. Et si vous aimez ces récits où la fidélité animale fait des miracles, ce labrador qui a guidé les secouristes jusqu’à son maître va vous scotcher.
Et si un chaton pouvait voyager des centaines de kilomètres sans que personne s’en aperçoive, ce qu’ont découvert des mécaniciens sous une voiture mérite aussi votre attention.