Après le séisme au Venezuela, ces 120 chiens venus de 12 pays fouillent les décombres avec leur seul flair

Un ballon orange et bleu, une truffe qui ne s’arrête jamais de chercher : c’est avec cette énergie que Sisu, labrador retriever, a affronté sa première mission dans les décombres du Venezuela. Le pays pleure près de 3000 morts après le double séisme du 24 juin, et les chances de retrouver des survivants s’amenuisent d’heure en heure. Mais dans les ruines de La Guaira, une armada de chiens venus du monde entier refuse de baisser les oreilles.
Un séisme dévastateur, une course contre la montre
Le bilan est glaçant : près de 3000 morts et un nombre de disparus encore inconnu, mais chiffré en milliers. La région côtière de La Guaira, la plus touchée, ressemble à un champ de ruines où colonnes, murs et poutres se sont effondrés les uns sur les autres.
Plus de 16.000 personnes se retrouvent sans logement selon le dernier bilan, dix jours après la catastrophe. Une situation qui rappelle, à une tout autre échelle, l’urgence humaine que l’on retrouve après d’autres catastrophes qui bouleversent des régions entières.
Les équipes internationales de secouristes ont commencé à quitter le pays, un signal implicite que la fenêtre des 72 heures, celle où l’espoir de retrouver quelqu’un vivant reste réaliste, est depuis longtemps refermée. Pourtant, certaines missions continuent, portées par une poignée d’hommes, de femmes, et de chiens qui refusent d’abandonner. Cette ténacité rappelle d’autres histoires où chaque minute compte face à l’urgence vitale.
Le flair contre les décombres : comment travaillent ces chiens
Sisu appartient au Florida Task Force 2, une des équipes engagées sur place. Son seul outil : son nez. « Le travail consiste à détecter où se trouvent des humains », explique à l’AFP Alexander Parada, membre de cette même unité, aux côtés du labrador Piper, qui a déjà sauvé deux personnes au Venezuela.
Concrètement, les chiens repèrent la chaleur corporelle, l’odeur et le dioxyde de carbone expiré par une éventuelle victime. « Ils font un travail que nous ne pouvons pas faire », insiste Alexander Parada. Un savoir-faire qui n’a rien d’automatique, un peu comme certaines capacités sensorielles animales qui dépassent largement les nôtres.
Lorsqu’un chien signale quelque chose, un second animal est envoyé pour confirmer la découverte, précise Sylvia Arango, guide canin depuis 1998 et responsable de Sisu. Radars et caméras affinent ensuite les coordonnées exactes. Cette méthode à double vérification permet aux équipes d’inspecter rapidement de vastes zones, un gain de temps décisif quand chaque minute réduit les chances de retrouver quelqu’un vivant.

Plus de 120 chiens venus de 12 pays, et des blessures bien réelles
Le monde animal réserve souvent des surprises, et celle-ci en est une : au total, plus de 120 chiens venus d’une douzaine de pays ont été déployés dans les communautés côtières de La Guaira. Parmi eux, Tsunami, un border collie à l’œil bleu et à l’œil marron, a particulièrement touché les Vénézuéliens. Sauvé de la maltraitance, il est devenu à son tour sauveur de vies humaines.
Comme leurs maîtres, ces chiens travaillent par équipes de 12 heures, exposés à une chaleur écrasante. Déshydratation, abrasions du pelage visibles sur le cou de Sisu, fractures parfois : le risque fait partie intégrante de la mission. « Quand nous grimpons sur ces monceaux de décombres, nous ne sommes jamais sûrs de nous en tirer », résume Sylvia Arango.
Pour intégrer ces équipes, un chien doit avant tout avoir « de la force de caractère », selon Sylvia Arango : la capacité à foncer vers l’inconnu plutôt qu’à fuir. Labradors, border collies, bergers malinois ou bergers allemands composent ainsi ces unités où le sexe de l’animal n’a aucune importance. Samedi, dix jours après le séisme, des équipes brésiliennes et espagnoles poursuivaient encore les recherches, pendant que Sisu et Piper rangeaient leurs jouets pour rentrer chez eux.
Dans une région dévastée par le deuil, ces chiens ont aussi rempli une mission invisible : redonner, l’espace d’une caresse, un peu de légèreté à des habitants brisés. « Nos chiens peuvent la faire sourire », confie Sylvia Arango à propos d’une victime rencontrée sur le terrain. Une bouffée d’amour au milieu des ruines, ça n’efface rien, mais ça aide à tenir. Et vous, connaissiez-vous ce rôle méconnu des chiens de sauvetage ?