En 1995, une famille rachète pour 1 dollar une vache évadée de l’abattoir : 8 ans plus tard, elle a droit à une statue en bronze grandeur nature
Elle n’était qu’à quelques minutes de la mort. En novembre 1995, dans le Massachusetts, une vache de 730 kilos saute une barrière d’un mètre cinquante et s’enfuit de l’abattoir. Pendant 40 jours, en plein hiver, personne ne parvient à la rattraper. Ce qui l’attend ensuite est encore plus étonnant que son évasion.

Une évasion à l’heure du déjeuner
L’histoire commence le 14 novembre 1995 à Hopkinton, une petite ville du Massachusetts, aux États-Unis. Ce jour-là, à l’abattoir A. Arena & Sons, une génisse de race Holstein attend son tour dans la file. Elle a environ trois ans et pèse près de 730 kilos.
Selon le site Atlas Obscura, les employés sont alors partis déjeuner. La vache en profite. Elle franchit d’un bond une barrière d’environ 1,50 mètre et s’échappe, quelques minutes seulement avant l’heure prévue de son abattage.
Les employés se lancent à sa poursuite, sans succès. « C’est l’une des vaches les plus rapides que j’aie jamais vues », lâche l’un d’eux, cité par Atlas Obscura. Un autre plaisante : selon lui, elle ressemblait à un renne déguisé en vache.
40 jours de cavale dans la neige
Commence alors une cavale hors du commun. Pendant 40 jours, la vache erre dans les bois et les jardins de Hopkinton, alors qu’un hiver particulièrement neigeux s’abat sur la région.
Pour survivre, il lui faut environ 18 kilos de nourriture par jour. Elle fouille les jardins à la recherche de quoi manger. Selon Atlas Obscura, des habitants lui laissent du foin, et une ferme locale, Elmwood Farm, la nourrit avec ses récoltes.
On la croise un peu partout. Elle surprend une famille en train d’installer ses décorations de Noël. Elle est même aperçue près de la ligne de départ du célèbre marathon de Boston, qui part justement de Hopkinton.
Ces animaux qui échappent à l’abattoir fascinent toujours autant. Nous vous avions raconté l’histoire de ces deux cochons qui ont filé d’un abattoir anglais à la nage en 1998, finalement rachetés par un journal.
Une vache qui court avec les cerfs
Un détail fait les gros titres de la presse locale. Selon Wikipédia, la fugitive est souvent aperçue en train de courir avec une harde de cerfs. Une vache de plusieurs centaines de kilos mêlée aux cervidés de la forêt, l’image amuse et attendrit les habitants.
Car beaucoup ont pris parti pour elle. Toujours selon Wikipédia, des habitants l’auraient aidée à échapper à ceux qui tentaient de la capturer.
Les tentatives pour la rattraper échouent les unes après les autres. La situation devient tendue. Selon plusieurs sources, la police aurait même reçu l’ordre de l’abattre si elle était repérée.
« Nous devons sauver cette vache »
C’est là qu’entre en scène Meg Randa. Végétarienne, elle découvre l’histoire de la vache en lisant le journal pendant le cours de danse de sa fille. Elle rentre chez elle et lance à son mari, Lewis : « Nous devons sauver cette vache. »
Le couple dirige depuis près de dix ans la Peace Abbey, un centre consacré à la paix et à la non-violence, situé à Sherborn, une ville voisine. Ils décident de racheter l’animal à l’abattoir.
Selon Wikipédia, l’abattoir avait d’abord fixé un prix de 350 dollars. Mais finalement, d’après Atlas Obscura, la famille Randa obtient la vache pour un dollar symbolique. Ils lui donnent un nom : Emily.
Du foin et de l’eau chaude
Encore fallait-il récupérer Emily. Selon Atlas Obscura, Meg Randa part seule à sa rencontre, avec du foin et de l’eau chaude. Elle finit par se retrouver nez à nez avec la vache.
Après quelques jours, Emily accepte de monter dans une remorque. Le 24 décembre 1995, la veille de Noël, elle arrive à la Peace Abbey. Sa cavale a duré 40 jours.
L’épreuve l’a marquée. Selon Wikipédia, elle a perdu environ 230 kilos pendant sa fuite, et doit recevoir des soins vétérinaires après son arrivée.
Une célébrité nationale
À la Peace Abbey, Emily devient une véritable star. Des visiteurs viennent de tout le pays, et même de l’étranger, pour la voir. Elle apparaît dans les magazines américains People et Parade.
Elle devient aussi le symbole des défenseurs des animaux et du végétarisme. Selon Atlas Obscura, elle a même été demoiselle d’honneur lors de deux mariages. Lors de l’un d’eux, elle a mangé le bouquet.
Son histoire attire jusqu’à Hollywood. Selon Wikipédia, en 1997, la productrice Ellen Little, à qui l’on doit le film Richard III sorti en 1995, commence à travailler sur un projet de film consacré à Emily.
Emily ne reste pas longtemps seule. Dans l’année qui suit son arrivée, elle est rejointe par un veau, deux dindes, une chèvre et ses deux petits, ainsi que trois lapins.
Les vaches réservent décidément bien des surprises. Nous vous avions raconté l’histoire de cette vache de 2 mètres qui a, elle aussi, évité l’abattoir.
Une vache devenue sacrée
Très vite, la communauté hindoue s’intéresse à Emily. Dans l’hindouisme, la vache est un animal sacré. Et l’histoire d’Emily comporte quelques coïncidences troublantes.
Selon Atlas Obscura, sa date d’évasion, le 14 novembre, correspond à l’anniversaire de Jawaharlal Nehru, le premier Premier ministre de l’Inde. La tache sur son front rappelle la forme de l’Inde. Et sa cavale a duré 40 jours et 40 nuits, comme le déluge de la Bible.
« C’était comme rencontrer une personne célèbre », confie à Atlas Obscura une visiteuse venue d’Inde, Jayenti Patel.
La fin d’Emily
Emily vit environ huit ans à la Peace Abbey. Elle meurt d’un cancer le 30 mars 2003.
Une semaine avant sa mort, selon Wikipédia, un prêtre hindou du temple Lakshmi d’Ashland, Krishna Bhatta, vient la bénir. Il lui passe un fil doré autour de la patte et dans le trou de son oreille, là où se trouvait autrefois sa boucle d’identification.
Emily est enterrée le 2 avril 2003 sur le terrain de la Peace Abbey, près d’une statue du Mahatma Gandhi. En avril 2003, des mèches de ses poils, des traces de son sang et le fil doré sont dispersés dans le Gange, à Bénarès, en Inde.
Une statue en bronze à 98 000 dollars
Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Meg et Lewis Randa commandent une statue en bronze grandeur nature d’Emily. Selon Wikipédia, elle est réalisée par l’artiste Lado Goudjabidze et pèse plus d’une tonne.
D’après le site Mental Floss, elle a coûté 98 000 dollars. La vache rachetée un dollar à l’abattoir est donc honorée par une statue qui vaut près de 100 000 fois son prix.
Emily y est représentée parée d’une couverture et de fleurs, des signes de respect dans la tradition hindoue. Le monument porte le nom de « Sacred Cow Animal Rights Memorial », le mémorial de la vache sacrée pour les droits des animaux. Selon Mental Floss, des visiteurs viennent encore aujourd’hui y déposer des fleurs.
Ces animaux qui changent de destin
L’histoire d’Emily rejoint celle d’autres animaux sauvés de justesse. Comme ces vaches qui sautent de joie après avoir été libérées de l’abattoir, ou celles de cet éleveur végétarien qui a préféré libérer son troupeau plutôt que de le vendre 50 000 euros.
Et certaines vaches livrées à elles-mêmes vivent des destins encore plus inattendus, comme ces cinq vaches abandonnées sur une île isolée en 1871, dont l’ADN a stupéfait les scientifiques. Mais aucune n’a eu droit, comme Emily, à sa propre statue de bronze.