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Bolivie : ce chaton tacheté recueilli par erreur cache la 1ère nouvelle espèce de chat en 103 ans

Publié par Cassandre le 27 Sep 2026 à 11:44
Petit chat sauvage tacheté dans la forêt bolivienne

Un habitant bolivien trouve un chaton tacheté près d’une forêt et le prend pour un animal domestique. Il le garde chez lui, sans se douter de ce qu’il héberge vraiment. Presque dix ans plus tard, une analyse ADN va bouleverser la classification des félins sauvages.

Un « chat bizarre » recueilli sur le bord d’une route en Bolivie

En 2017, la biologiste bolivienne Paola Nogales-Ascarrunz reçoit un appel du refuge animalier de Senda Verde, dans la région des Yungas, sur le versant oriental des Andes. On vient de lui confier ce que l’équipe décrit comme un « chat bizarre ».

Elle se rend sur place et découvre un félin minuscule couvert de taches semblables à celles d’un léopard. Impossible de s’arrêter de le photographier, confie-t-elle à National Geographic.

Avant d’arriver au refuge, l’animal a connu une tout autre vie. Un habitant l’a trouvé chaton, au bord d’une route près d’une forêt, et l’a ramené chez lui persuadé d’avoir affaire à un chat domestique classique, comme le rapporte tant d’animaux sauvages recueillis par erreur.

L’animal reste environ un an dans ce foyer. Mais son comportement finit par trahir sa vraie nature : bien trop sauvage pour un chat de salon. Ses hôtes le confient alors au refuge de Senda Verde, près de Coroico, où il reçoit un surnom qui va bientôt entrer dans les manuels de zoologie : Tigrino.

À son arrivée, rien ne laisse deviner son importance scientifique. Il ressemble à un chat-tigre, aussi appelé oncille, une espèce de petit félin tacheté déjà connue en Amérique du Sud. Mais ce détail va s’avérer être la plus grande fausse piste de cette histoire.

Un écart minuscule sur une photo qui va tout changer

Tigrino mesure 46 centimètres de la tête à la base de la queue et pèse environ 1,4 kilo, selon l’Associated Press. C’est moins qu’un chat domestique moyen : une petite face ramassée, des oreilles courtes et arrondies, de longues moustaches.

Paola Nogales-Ascarrunz, qui a fondé le Programme de recherche sur les félins de Bolivie, pense d’abord avoir affaire à un individu un peu atypique de l’espèce Leopardus tigrinus. Cette espèce avait été décrite dès 1775 à partir d’une simple illustration observée en Guyane, et on la supposait présente jusqu’en Bolivie.

Le déclic survient en 2019. La biologiste prépare un livret sur les félins boliviens et compare ses clichés de Tigrino à une photo de référence d’un chat-tigre brésilien. Les rosettes de son protégé sont nettement plus grandes. L’écart est visible, mais chez les chats-tigres, les espèces se ressemblent tellement que même les pièges photographiques peinent souvent à les distinguer, comme le confirme la difficulté récurrente à observer la faune sauvage sud-américaine.

Il faut encore plusieurs années avant que la chercheuse maîtrise assez l’analyse génétique pour aller plus loin. Elle s’associe au généticien Eduardo Eizirik, de l’Université pontificale catholique du Rio Grande do Sul au Brésil, et à Jonas Lescroart, chercheur à l’université d’Anvers.

L’équipe compare les génomes complets de 38 individus du genre Leopardus, en combinant ADN d’animaux vivants et échantillons extraits d’os et de peaux conservés dans des musées américains et européens. Le résultat, publié le 17 septembre 2026 dans la revue Current Biology et confirmé depuis par plusieurs médias internationaux dont l’Associated Press et CNN, est sans appel : Tigrino appartient à une lignée séparée des autres chats-tigres depuis environ 1,4 million d’années.

Échantillons ADN et peaux félines en laboratoire

La première nouvelle espèce de félin décrite depuis 1923

National Geographic compare cet écart génétique à celui qui sépare le lion actuel du lion des cavernes, aujourd’hui disparu. Autant dire que Tigrino n’est pas un simple cousin excentrique : il porte le nom d’une espèce entièrement nouvelle, baptisée Leopardus tilcayo.

C’est la première nouvelle espèce de félin vivant décrite depuis le chat des pampas, en 1923 — plus d’un siècle d’attente pour la communauté scientifique, un fait confirmé par de multiples sources dont ABC News et Al Jazeera qui parlent également de « première espèce féline en plus de 100 ans ».

L’étude dépasse largement le cas de ce seul animal. Les chats-tigres d’Amérique du Sud, longtemps considérés comme une seule espèce, en forment en réalité au moins cinq : Leopardus tigrinus, Leopardus guttulus, Leopardus emiliae, Leopardus pardinoides, et donc le nouveau venu, Leopardus tilcayo.

Le nom vient directement des habitants des Yungas, qui appellent cet animal « tilcayo » depuis des générations. Quand les chercheurs leur ont demandé d’où venait ce terme, certains ont simplement répondu que leur grand-père l’appelait déjà ainsi. Le mot n’aurait de sens particulier ni en espagnol ni en quechua, précise Paola Nogales-Ascarrunz à National Geographic.

Pour Jonas Lescroart, cette découverte prouve que même les familles animales les mieux connues gardent des zones d’ombre insoupçonnées. Reste une question essentielle, à laquelle personne ne sait répondre pour l’instant : combien de tilcayos vivent encore dans la nature ?

Ce que cette découverte change pour la survie de l’espèce

Tigrino reste à ce jour le seul individu connu vivant en captivité. Les chercheurs ont aussi analysé une femelle, secourue après une agression dans un village puis relâchée, mais l’espèce n’a été confirmée génétiquement que dans les forêts des Yungas boliviennes, et son aire de répartition réelle demeure inconnue.

Cette découverte force aussi à repenser la protection de ces animaux. Selon les explications d’Eduardo Eizirik, un chat-tigre supposé présent du sud du Brésil jusqu’au Costa Rica ne paraissait pas menacé — mais cinq espèces distinctes doivent désormais être évaluées séparément, ce qui réduit d’autant la taille de chaque population réelle.

Les chercheurs ont transmis leurs conclusions à l’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature), qui prévoit de réévaluer les chats-tigres espèce par espèce. Selon Jonas Lescroart, cité par plusieurs médias américains, le tilcayo pourrait être classé en danger une fois évalué isolément, une distinction jusqu’ici masquée par son ancien statut de simple variante régionale.

Le danger est concret : la forêt des Yungas est un écosystème parmi les plus menacés de la région, frappé par la déforestation, les incendies et l’exploitation minière et agricole. Paola Nogales-Ascarrunz a indiqué que cet écosystème subissait déjà des feux de forêt incontrôlés qui commencent à le détruire.

Depuis l’annonce de la découverte, le refuge de Senda Verde voit affluer des curieux venus de toute la Bolivie et de l’étranger. La plupart repartent sans l’avoir aperçu : facilement stressé, Tigrino reste tenu à l’écart du public. Lors d’un passage de journalistes le 20 septembre, il est sorti quelques minutes de son abri, a humé l’air, fait quelques pas, puis s’est fondu dans le feuillage, laissant derrière lui une espèce entière à protéger.

Un chat trouvé au bord d’une route a fini par redessiner la carte des félins sud-américains. Et si cette histoire de faune méconnue vous a happé, ce comportement animal étrange observé en plein hiver devrait aussi vous intriguer. Quant à ceux qui pensent que seules les créatures exotiques réservent des surprises, ces prédictions troublantes qui se sont déjà réalisées en 2026 risquent de leur donner des frissons d’un tout autre genre.

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