Icône menu hamburger Icône loupe de recherche
  1. TDN >
  2. Animaux

Il ne reste que 35 orques ibériques : ce comportement mal compris accélère leur disparition

Publié par Elsa Fanjul le 25 Mai 2026 à 22:30
Ailerons d'orques émergeant dans l'Atlantique au large des côtes basques

Chaque été, les mêmes images tournent en boucle : un voilier secoué, un safran arraché, des orques filmées de près. Les médias parlent d’« attaques ». Les marins s’inquiètent, parfois se vengent. Mais derrière ce spectacle médiatique se cache une réalité que peu de gens soupçonnent : les orques qui frôlent nos côtes basques et landaises comptent parmi les mammifères marins les plus menacés de la planète. Et ce que l’on prend pour de l’agressivité pourrait bien signer leur arrêt de mort.

35 individus face à l’extinction : la réalité des orques du golfe de Gascogne

Le chiffre est vertigineux de petitesse. En 2023, les scientifiques n’ont recensé que 35 orques ibériques. Pas 35 000. Pas 350. Trente-cinq. Cette sous-population, génétiquement distincte et géographiquement isolée, vit dans l’Atlantique Est depuis plus de 3 000 ans. Elle est classée en danger critique d’extinction par l’UICN — à une seule marche de la disparition totale à l’état sauvage.

Ces orques se déplacent en trois groupes familiaux, appelés pods, et suivent leur proie principale, le thon rouge, du détroit de Gibraltar jusqu’au golfe de Gascogne. La surpêche a décimé les stocks de thon pendant des décennies, privant ces prédateurs de leur unique ressource alimentaire. Les zones les plus concernées par les observations restent les côtes du Pays basque, les abords de Capbreton et le large des Landes. Comme d’autres prédateurs marins menacés par la surpêche, ces orques paient le prix d’un écosystème déséquilibré. En 2025, les interactions se multiplient en Galice et sur la côte cantabrique, rapprochant le phénomène des eaux françaises.

894 interactions recensées depuis 2020 : du jeu, pas des attaques

L’Observatoire Pelagis, rattaché au CNRS et à l’université de La Rochelle, a comptabilisé 799 interactions entre orques et voiliers en Atlantique Nord-Est entre 2020 et 2024. Sea Shepherd France en dénombre 894 à ce jour, auxquelles s’ajoutent 414 observations sans le moindre incident. Le 21 juillet 2025, un voilier français a été chahuté au large de Deba, en Pays basque espagnol. Les deux occupants sont rentrés sains et saufs.

« Non, les orques n’attaquent pas les voiliers, elles jouent avec », tranche la biologiste marine Dr Ingrid Visser. Des animaux de plusieurs tonnes n’auraient aucun mal à couler un bateau s’ils le voulaient réellement. Selon les chercheurs, ce comportement mêle curiosité naturelle et tendance au jeu chez les jeunes individus. Le rétablissement partiel du thon rouge dans les eaux ibériques joue même un rôle inattendu : mieux nourries, les orques disposent de plus de temps libre pour interagir avec leur environnement. Mais cette explication scientifique peine à percer le mur médiatique du sensationnel.

À lire aussi

Voilier blanc isolé sur l'océan Atlantique vu du dessus

Explosifs et armes à feu : quand la peur menace les 35 dernières

Certains navigateurs confrontés aux orques ont choisi la riposte. Et pas n’importe laquelle : pétards, explosifs sous-marins, voire armes à feu. Sur une population de 35 individus, la perte d’un seul animal représente près de 3 % du groupe entier. Aurore Toulot, présidente de l’association Itsas Arima qui étudie les cétacés sur le littoral basco-landais, surveille la situation depuis six ans : « Cela fait trois ans que nous constatons des observations d’orques sur ces côtes. »

Thomas Le Coz, responsable de la campagne Save the Iberian Orca chez Sea Shepherd France, rappelle que la majorité des rencontres se passent sans dommage. Mais le récit médiatique, centré sur la menace pour les plaisanciers, fabrique des coupables tout désignés. Pendant que leur territoire se réduit et que les pressions s’accumulent, chaque été remet ces 35 survivantes sous les projecteurs — pour les mauvaises raisons.

Trente-cinq. C’est le nombre d’orques ibériques qu’il nous reste, et chaque pétard jeté à l’eau rapproche ce chiffre de zéro. Elles vivent dans le golfe de Gascogne depuis trois millénaires — ce sont les bateaux qui sont arrivés après. La prochaine fois qu’un titre parlera d’« attaque », demandez-vous qui, dans cette histoire, est réellement en danger.

Rejoignez nos 875 726 abonnés en recevant notre newsletter gratuite

Laissez un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *