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Requins en Méditerranée : voici pourquoi ils disparaissent

Publié par Killian Ravon le 13 Jan 2026 à 21:03

La Méditerranée reste l’une des mers où requins et raies sont les plus menacés au monde. En 2025, les chiffres les plus récents confirment une crise structurelle, nourrie par la surpêche, les captures accidentelles et la pollution.

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Grand requin blanc nageant près de la surface en Méditerranée, avec une côte rocheuse et un village en arrière-plan.
En Méditerranée, les grands prédateurs marins restent sous forte pression, entre captures accidentelles, surpêche et dégradation des habitats.

Tandis que le réchauffement accéléré du bassin complique encore la donne. Entre avancées réglementaires et lacunes de terrain, la question n’est plus de savoir si la situation est grave, mais si l’on saura agir assez vite.

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Requin à six branchies filmé en pleine eau, silhouette sombre glissant dans le bleu profond d’un océan calme, vu de profil sous la surface.
Un sixgill shark observé en pleine eau, proche de ce que les chercheurs ont filmé près de Cabrera.
Crédit : NOAA / Wikimedia Commons
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Une mer petite, un enjeu énorme

La Méditerranée ne représente qu’une fraction des eaux du globe, mais elle concentre une biodiversité remarquable, des usages intensifs et une pression humaine permanente. C’est aussi une mer fermée, bordée de dizaines de pays, où la pêche artisanale et industrielle, le commerce maritime, le tourisme et l’urbanisation du littoral cohabitent parfois au détriment du vivant.

Dans ce paysage, requins et raies jouent un rôle clé. Ce sont des prédateurs ou des espèces “ingénieures” des fonds, capables de structurer les chaînes alimentaires, de sélectionner les proies les plus vulnérables et de contribuer à l’équilibre d’écosystèmes fragiles. Quand ils déclinent, c’est tout l’édifice qui se fragilise, avec des effets en cascade sur les populations de poissons, la santé des habitats et, à terme, la résilience des pêcheries.

58 % des espèces de requins et de raies menacées : un record mondial… en Méditerranée

Les données consolidées par WWF dans son état des lieux consacré au bassin méditerranéen dressent un constat sans appel : sur 73 espèces de poissons cartilagineux recensées en Méditerranée (requins, raies et chimères), 42 sont considérées comme menacées, soit 58 %. Le document souligne aussi que la situation méditerranéenne est pire que la moyenne mondiale, estimée à 37 %.

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Ce chiffre est plus qu’un indicateur : il résume l’accumulation de menaces, la lenteur de reproduction de nombreuses espèces et la difficulté à faire respecter des règles homogènes dans un espace marin partagé. WWF pointe en parallèle un autre angle mort qui explique la vulnérabilité du bassin : des dizaines d’espèces restent insuffisamment couvertes par des mesures de gestion ou par des annexes de conventions internationales, alors même que certaines sont déjà classées “en danger” ou “en danger critique”.

Requin-citron massif avançant dans l’eau turquoise, flanqué de rémoras collés à son corps au-dessus d’un fond sombre.
Un requin-citron filmé de près, rappelant la puissance des grands squales tropicaux.

La pêche n’est pas seulement le problème : c’est surtout la façon de pêcher

Le cœur du sujet, en 2025, tient en trois mots : captures, sélectivité, contrôle. Car le déclin des requins et des raies ne s’explique pas uniquement par une pêche “ciblée”. Il s’explique surtout par une pêche non sélective qui attrape, blesse et tue “au passage”.

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À l’échelle mondiale, la communauté scientifique réunie autour du rapport de l’UICN sur l’état des requins, raies et chimères insiste sur un point que le grand public ignore souvent : la majorité des captures concerne des prises non intentionnelles, et une grande partie de ces prises est malgré tout conservée, vendue ou consommée.

En Méditerranée, cet effet “prise accessoire” est d’autant plus destructeur que beaucoup d’espèces sont côtières, fréquentent des zones de nourricerie et croisent les engins de pêche au moment le plus vulnérable de leur cycle de vie. Longlines, filets maillants, chaluts, parfois dérivants dans certains contextes illégaux : même lorsque le requin n’est pas visé, il paie la facture écologique.

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2025 : une amélioration sur certains stocks… mais pas encore pour les grands prédateurs

Il serait pourtant faux de dire que rien ne bouge. En 2025, WWF rappelle que, sur le papier, plusieurs indicateurs de gestion des pêches en Méditerranée montrent des progrès : la proportion de stocks surexploités recule depuis une décennie, la pression de pêche diminue, et la biomasse de certains stocks remonte.

Cette tendance est importante, car elle prouve qu’une politique de gestion peut produire des résultats. Mais elle ne suffit pas à “sauver” les requins. Les espèces à croissance lente et à reproduction tardive récupèrent beaucoup plus lentement que les poissons à cycle court. Autrement dit, même si certains signaux s’améliorent, le passé continue de peser : des décennies de mortalité excessive laissent des populations trop faibles pour rebondir rapidement.

Le piège, en 2025, serait donc de confondre “mieux qu’avant” avec “assez bien”. Pour les requins et les raies, la barre est plus haute : il faut réduire drastiquement la mortalité, protéger les habitats critiques, et éviter que la reprise de certaines pêches ne relance mécaniquement les captures accidentelles.

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Requin bouledogue photographié de face sous l’eau, silhouette massive nageant dans une mer bleu-vert.
Un requin bouledogue en pleine nage, aperçu à distance dans une eau limpide.
Crédit : Wikimedia Commons / Albert kok

Plastique : la Méditerranée, laboratoire malgré elle de la pollution moderne

À la pression de pêche s’ajoute une autre menace qui, elle, ne dépend pas d’une saison ou d’un quota : la pollution. Les travaux de synthèse sur les microplastiques rappellent que la Méditerranée ne contient qu’environ 1 % des eaux mondiales, mais concentrerait une part disproportionnée de microplastiques, symptôme d’un bassin très urbanisé et très fermé.

La pollution plastique n’est pas qu’une question d’images choc. Elle devient un enjeu biologique : ingestion de fragments, obstruction, stress, contamination par des substances associées, perturbation des habitats. Et lorsque la pollution s’installe dans les sédiments, elle touche précisément les zones côtières et les fonds continentaux où se jouent la reproduction et l’alimentation de nombreuses espèces.

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Un travail scientifique publié en 2025 sur l’“inventaire” de plastiques en Méditerranée estime que les stocks de plastique marin se chiffrent en millions de tonnes et pourraient encore croître fortement selon les scénarios, avec une accumulation majeure attendue dans les sédiments du plateau continental.

Le réchauffement s’accélère : une Méditerranée qui change de visage

Depuis quelques années, un factor supplémentaire s’impose dans tous les dossiers marins : le climat. Le Programme des Nations unies pour l’environnement via l’UNEP/MAP rappelle que la région méditerranéenne se réchauffe plus vite que la moyenne mondiale.

Et, du côté des données océanographiques, Copernicus souligne une hausse rapide de la température de surface en Méditerranée sur plusieurs décennies, ce qui se traduit par des canicules marines plus fréquentes et plus intenses.

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Pour les requins et les raies, le réchauffement agit comme un amplificateur. Il peut modifier les zones de présence, perturber la disponibilité des proies, déplacer les périodes de reproduction, fragiliser certains habitats de nurserie. Le rapport mondial de l’UICN insiste d’ailleurs sur le fait que le changement climatique devient désormais un risque identifié pour une part des espèces déjà menacées.

En Méditerranée, où tout va déjà vite — pression humaine, urbanisation, trafic maritime, surpêche historique —, ce facteur climatique réduit la marge de manœuvre : il faut protéger des populations en crise dans un environnement qui se transforme.

Un requin-baleine nage paisiblement près de la surface, entouré de nageurs équipés de palmes dans les eaux profondes des Maldives.
Les géants des océans attirent eux aussi des touristes en quête de sensations, parfois au plus près des ailerons.
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Les règles existent, mais le vrai combat se joue dans l’application

Sur le plan juridique, la Méditerranée n’est pas un désert. Conventions, annexes d’espèces protégées, recommandations de la Commission générale des pêches pour la Méditerranée, cadres européens : les textes se sont densifiés. WWF rappelle notamment le rôle de la Convention de Barcelone et de ses annexes, qui ont progressivement intégré davantage d’espèces de requins et de raies.

Au niveau de l’Union européenne, l’“EU Action Plan” visant à protéger et restaurer les écosystèmes marins place la réduction des impacts de la pêche sur les habitats et la faune sensible au centre de la stratégie, avec un cap de restauration écologique et de diminution des pressions anthropiques.

Mais en 2025, l’écart le plus préoccupant se situe entre l’intention et le terrain. Les contrôles restent inégaux d’un pays à l’autre, la traçabilité n’est pas toujours à la hauteur, et la lutte contre la pêche illégale demande des moyens maritimes, judiciaires et administratifs lourds. Les requins et les raies, souvent mal identifiés dans les débarquements, en font les frais.

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C’est ici que l’enjeu devient politique : la Méditerranée n’a pas besoin d’un énième constat, elle a besoin d’une exécution cohérente. Sans cela, les espèces les plus vulnérables continueront de disparaître “silencieusement”, loin des côtes et des caméras.

Ce que la Méditerranée dit de nous

Les requins en Méditerranée ne sont pas un sujet marginal réservé aux plongeurs ou aux scientifiques. C’est un révélateur. Un révélateur de la capacité d’une région à gérer un bien commun, à faire respecter des règles partagées et à préserver une biodiversité qui rend des services invisibles mais essentiels.

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En 2025, l’équation est connue : réduire la mortalité liée à la pêche, limiter les prises accidentelles, sécuriser les zones de reproduction, améliorer la traçabilité, combattre l’illégal, et réduire le flux de plastiques et de polluants vers la mer. La différence se joue désormais sur la vitesse et la coordination. Car dans une mer qui se réchauffe plus vite, et où les populations de requins et de raies sont déjà au plus bas, chaque année perdue coûte beaucoup plus cher qu’avant.

Groupe de requins-marteaux Sphyrna lewini nageant en pleine eau, photographiés sous l’eau, illustration d’une espèce ciblée par le trafic.
Requins-marteaux en pleine eau.
Crédit : Kris Mikael Krister, CC BY 2.0

Des alertes à répétition

En 2019, l’alerte portait sur un risque : voir les requins disparaître de Méditerranée. En 2025, ce risque n’a pas disparu ; il s’est précisé, documenté, et aggravé par de nouvelles pressions comme l’accélération du réchauffement et l’accumulation de pollution plastique.

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La bonne nouvelle, c’est que certaines dynamiques de gestion des pêches montrent que des politiques publiques peuvent fonctionner. La mauvaise, c’est que les requins et les raies n’auront pas le luxe d’attendre que ces progrès deviennent la norme partout.

La Méditerranée est à un point de bascule : soit elle prouve qu’un bassin partagé peut sauver ses grands prédateurs, soit elle actera leur effacement, avec tout ce que cela dit de notre capacité à protéger le vivant.