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« Mon Dieu, comme il est beau » : ce poulpe bleu découvert à 1 773 m de profondeur bouleverse les scientifiques

Publié par Elsa Fanjul le 30 Mai 2026 à 13:29

Les abysses regorgent encore de secrets. À près de 1 773 mètres sous la surface des îles Galápagos, un sous-marin téléguidé a filmé une créature minuscule, bleue, pas plus grosse qu’une balle de golf. Les scientifiques qui contrôlaient l’appareil n’ont pas pu retenir leur excitation. Quand la spécialiste qui l’a analysé a ouvert le bocal, elle a prononcé une phrase devenue virale : « Mon Dieu, comme il est beau. » Ce petit poulpe change tout ce qu’on croyait savoir sur sa famille.

Un poulpe gros comme une balle de golf filmé sous les Galápagos

Tout commence par une patrouille de routine dans les eaux profondes de l’archipel. Les chercheurs de la Charles Darwin Foundation pilotent à distance un submersible équipé de caméras haute définition. À 1 773 mètres, l’image se fige sur une silhouette inattendue. « Il est petit ! Il est bleu ! », lance un opérateur dans la radio. Personne dans l’équipe n’a encore vu un céphalopode pareil dans cette zone du Pacifique.

Les experts envoient immédiatement des clichés à Janet Voight, spécialiste des invertébrés au Field Museum de Chicago. Sa réaction est instantanée : le spécimen le plus proche en taille vit habituellement au large de l’Uruguay, dans l’Atlantique, près du 37e parallèle sud. De l’autre côté du continent et dans un autre océan. Autant dire que ce petit poulpe bleu n’a rien à faire là — et c’est précisément ce qui rend la découverte fascinante.

Microeledone galapagensis : une nouvelle espèce qui réécrit les manuels

Après capture, le spécimen voyage jusqu’à Chicago dans un bocal de formol. Janet Voight avoue avoir eu peur de le manipuler tant il est fragile et unique. Avec sa collègue Stephanie Smith, elles choisissent de le scanner aux rayons X plutôt que de l’ouvrir au scalpel. Une précaution rare qui permet de préserver l’animal intact tout en révélant ses secrets anatomiques.

Le verdict tombe : le poulpe appartient à une nouvelle espèce baptisée Microeledone galapagensis, au sein de la famille des Megaleledonidae. Or cette famille était jusqu’ici considérée comme endémique de l’océan Austral, autour de l’Antarctique, et exclusivement composée de spécimens massifs. Ce petit bleu au corps lisse, doté de bras courts et trapus portant une seule rangée de ventouses, oblige les biologistes à réviser la définition même du groupe. Ses travaux sont publiés dans la revue Zootaxa.

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Mais la vraie trouvaille se cache sous son ventre, et elle concerne directement sa survie dans les abysses.

Ventre violet foncé d'un poulpe enveloppant une proie bioluminescente

Un ventre violet pour piéger la lumière : la stratégie de survie du poulpe bleu

Au fond des océans, la lumière naturelle n’existe plus. Le poulpe bleu arbore un dos clair, presque translucide, mais sa face ventrale est d’un violet très foncé. Selon Janet Voight, ce contraste n’est pas décoratif : il lui sauve la vie. Quand il attrape une proie bioluminescente — un petit organisme qui émet sa propre lumière — cet éclat risque d’attirer des prédateurs affamés. Le poulpe enveloppe alors sa prise dans sa membrane sombre, éteignant le signal lumineux comme un rideau opaque.

Cette technique de camouflage offensif est documentée pour la première fois chez un membre des Megaleledonidae. Janet Voight rappelle que les découvertes de poulpes inconnus restent fréquentes : elle-même en a observé un nouveau spécimen en décembre 2023 au large du Costa Rica, lors d’une mission avec l’Institut océanique Schmidt. Depuis, d’autres photos lui sont parvenues. Les abysses livrent leurs créatures au compte-gouttes, une par une, souvent là où personne ne pensait les trouver.

Un poulpe de la taille d’une balle de golf, bleu comme un bonbon, qui éteint la lumière de ses proies pour survivre à 1 773 mètres de profondeur. La nature ne manque décidément jamais d’imagination quand il s’agit de nous rappeler qu’on ne connaît qu’une infime fraction de l’océan. Et vous, si vous pouviez explorer un seul endroit inexploré de la planète, ce serait lequel ?

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