Revolut, N26, Wise : l’amende de 1 500 € par compte que des millions d’utilisateurs ignorent
Revolut, N26, Wise, bunq… Des millions de Français utilisent ces applications bancaires au quotidien sans se douter qu’ils détiennent, aux yeux du fisc, un compte à l’étranger. L’oubli de déclaration coûte 1 500 euros par compte et par année. Et l’administration fiscale sait déjà que ces comptes existent.
Pourquoi votre appli bancaire est un « compte étranger »

Ouvrir un compte sur Revolut ou N26 prend moins de dix minutes, depuis son canapé, en France. Rien ne ressemble à un compte étranger dans l’expérience utilisateur. Pourtant, c’est exactement ce que ces comptes sont sur le plan fiscal. Revolut dispose d’un agrément bancaire délivré par la Lituanie. N26 est basée à Berlin. Wise est enregistrée en Belgique. Et bunq est néerlandaise.

La vérification est simple : il suffit de regarder les deux premières lettres de son IBAN. Un IBAN qui commence par « DE » (Allemagne), « LT » (Lituanie) ou « BE » (Belgique) signifie que le compte est domicilié hors de France. Aux yeux de l’administration fiscale, c’est un compte étranger, au même titre qu’un compte ouvert dans une banque suisse.
L’article 1649 A du Code général des impôts ne laisse aucune ambiguïté : toute personne physique domiciliée en France doit déclarer les références de ses comptes ouverts, utilisés ou clos à l’étranger, en même temps que sa déclaration de revenus. La règle s’applique quel que soit le solde du compte — même 2 euros dormants sur une appli oubliée.
En revanche, les banques en ligne françaises comme BoursoBank, Hello bank!, Fortuneo, Monabanq, BforBank, Sumeria ou Compte Nickel ne sont pas concernées. Leur IBAN commence par « FR », elles sont domiciliées en France. Mais pour les autres, la situation est bien différente — et les sanctions ne sont pas symboliques.
1 500 € par compte, par année : comment l’addition explose
L’amende pour non-déclaration d’un compte étranger s’élève à 1 500 euros par compte et par année non déclarée. Un contribuable qui possède deux comptes de néobanques étrangères et qui a oublié de les déclarer pendant trois ans s’expose donc à 9 000 euros d’amende (2 comptes × 3 ans × 1 500 €). Le calcul est mécanique, et le fisc l’applique sans négociation.

La situation empire si le compte est domicilié dans un pays n’ayant pas conclu de convention d’assistance administrative avec la France. Dans ce cas, l’amende grimpe à 10 000 euros par compte et par année. La plupart des néobanques populaires en France sont domiciliées dans des pays européens couverts par ces conventions, mais le risque existe pour certains services plus exotiques.
Un détail piège de nombreux contribuables : même un compte fermé en cours d’année doit être déclaré. La règle couvre tout compte « ouvert, utilisé ou clos » durant l’année fiscale concernée. Avoir supprimé l’application de son téléphone ne dispense de rien. Si vous avez oublié de déclarer certains revenus, les conséquences peuvent d’ailleurs se cumuler avec cette amende.
Le fisc sait déjà que vous avez ces comptes
Voici le point que beaucoup ignorent : ne pas déclarer ces comptes ne les rend pas invisibles. Les établissements comme N26, Revolut ou Wise transmettent déjà les données de leurs clients résidents français à l’administration fiscale. Cette transmission automatique se fait dans le cadre du Common Reporting Standard (CRS), un accord d’échange d’informations entre plus de 100 pays.
Concrètement, le fisc dispose du nom du titulaire, du numéro de compte et du solde. Il peut croiser ces informations avec les déclarations de revenus et repérer instantanément les comptes non déclarés. Le système FICOBA permet également au fisc d’accéder à un panorama complet de vos comptes bancaires sans même vous demander l’autorisation.
Cette transparence automatique rend l’omission de déclaration particulièrement risquée. Le contribuable qui « oublie » un compte Revolut lituanien ne cache rien au fisc — il s’expose simplement à une amende que l’administration peut déclencher à tout moment. Mais une évolution récente change la donne pour certains utilisateurs.
Revolut et N26 passent à l’IBAN français : ce que ça change (et ce que ça ne change pas)
Bonne nouvelle partielle : Revolut et N26 proposent désormais des IBAN français, commençant par « FR », à une partie de leurs clients. Pour la déclaration 2026, un compte Revolut disposant d’un RIB français n’a pas besoin d’être déclaré comme compte étranger.
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Attention cependant : si à un moment quelconque de l’année 2025, le titulaire a disposé d’un IBAN non français — ce qui est le cas de tous les anciens clients qui ont migré vers un IBAN français en cours d’année —, l’ancien compte doit être déclaré comme clôturé sur le formulaire 3916. La migration vers un IBAN français ne dispense pas de régulariser le passé.
Pour vérifier votre situation, connectez-vous à votre application de néobanque et consultez vos coordonnées bancaires. Si votre IBAN actuel commence par « FR », vous êtes tranquille pour l’avenir. Mais si vous aviez un IBAN étranger les années précédentes et ne l’avez jamais déclaré, la régularisation reste nécessaire.
Comment déclarer en 5 minutes (et éviter l’amende)
La démarche est plus simple qu’on ne l’imagine. Tout se passe en ligne, sur le site des impôts, via le formulaire 3916 accessible depuis votre espace personnel. Il faut renseigner le nom de l’établissement bancaire, le pays où le compte est domicilié et le numéro de compte complet. Quelques clics suffisent.
Chaque compte étranger détenu nécessite un formulaire 3916 distinct. Si vous avez un compte Revolut (Lituanie) et un compte Wise (Belgique), il faudra remplir deux formulaires. La déclaration doit être effectuée en même temps que votre déclaration de revenus annuelle — attention à ne pas rater les dates limites de déclaration, qui varient selon votre département.
Point important pour les auto-entrepreneurs : contrairement aux sociétés commerciales (SAS, SARL, SA), les auto-entrepreneurs déclarent leurs revenus via l’impôt sur le revenu personnel. Ils doivent donc signaler leurs comptes professionnels étrangers, y compris ceux ouverts sur des néobanques pour encaisser des paiements.
Pour ceux qui utilisent d’autres services financiers en ligne, sachez que PayPal est également concerné par cette obligation de déclaration lorsque le compte est domicilié hors de France. Les détenteurs de cryptomonnaies doivent également déclarer leurs portefeuilles au-delà d’un certain seuil.
Les erreurs qui coûtent le plus cher
La première erreur, et la plus fréquente, c’est de croire que ces applications ne sont pas des comptes bancaires étrangers. L’interface en français, le support client en français, la carte Visa utilisable partout en France : tout pousse l’utilisateur à considérer Revolut ou N26 comme une banque française. Mais le droit fiscal ne regarde que le pays d’immatriculation de l’établissement.
Deuxième piège : oublier les comptes dormants. Un compte N26 ouvert en 2021 par curiosité, utilisé une seule fois pour tester, puis abandonné, reste un compte « utilisé » au sens fiscal. Tant qu’il n’a pas été formellement clôturé, il doit figurer sur la déclaration chaque année. Une simple erreur sur votre déclaration peut désormais entraîner des poursuites bien au-delà d’une amende administrative.
Troisième erreur : penser qu’un petit solde protège. La loi ne fixe aucun seuil minimum. Que le compte contienne 50 000 euros ou 3 euros, l’obligation déclarative est identique, et l’amende aussi. Le fisc ne fait pas de distinction entre le trader actif et l’utilisateur occasionnel qui a téléchargé une appli pour un voyage à l’étranger.
Avec la campagne de déclaration 2026 désormais ouverte, c’est le moment de vérifier vos IBAN et de régulariser votre situation. Cinq minutes sur le site des impôts peuvent vous éviter des milliers d’euros d’amende — et surtout, le fisc n’a pas besoin de vous pour savoir que ces comptes existent.