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Comptes bancaires : ce que le fisc peut voir sans avoir à vous demander l’autorisation

Publié par Killian Ravon le 02 Fév 2026 à 17:30

Vous pensez que vos finances sont “entre vous et votre banque” ? En France, cette idée rassure… mais elle ne colle plus à la réalité.

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À Bercy, les contrôles fiscaux se modernisent : fichiers, croisements et signaux numériques.
documents bancaires sur un bureau, avec Bercy en arrière-plan et des données numériques en surimpression.

Entre fichiers administratifs, droit de communication et échanges internationaux, l’administration fiscale peut reconstituer une partie de votre paysage financier sans vous prévenir. Et le plus troublant, c’est que beaucoup d’informations existent déjà avant même le moindre contrôle.

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Le bâtiment de Bercy, siège du ministère de l’Économie et des Finances, à Paris. Crédit : Fred Romero.
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Le mythe du compte “invisible”

La plupart des gens imaginent un scénario simple : le fisc contrôle, puis demande des justificatifs, puis seulement découvre le reste. Dans les faits, c’est souvent l’inverse. L’administration part d’indices, de croisements et d’outils déjà alimentés. Et seulement ensuite, elle vous interroge.

Ce n’est pas une surveillance au sens “caméra braquée sur votre appli bancaire”. C’est plus discret. Plus administratif. Et parfois plus efficace. Car une partie des données qui vous concernent est centralisée, structurée, archivée. Le secret bancaire existe. Mais il n’est pas un mur absolu. Il comporte des exceptions, et elles sont nombreuses dès qu’il s’agit d’impôts, de lutte contre la fraude ou de recouvrement. Le levier qui change tout porte un nom très technique : le “droit de communication”.

Pont de Bercy au-dessus de la Seine, avec le ministère de l’Économie et des Finances en arrière-plan. Crédit : SailEOuiAla.
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Le premier niveau : le fisc sait déjà où vous avez des comptes

On ne parle pas ici de vos dépenses du quotidien. Ni de votre dernier virement. On parle de quelque chose de plus basique… et pourtant très puissant : la cartographie.

En France, un fichier national recense les comptes bancaires et assimilés. Il indique quels établissements vous tiennent un compte, quel type de compte, à quelle date il a été ouvert, modifié ou fermé. Et même l’existence de coffres-forts loués. Ce fichier, c’est Ficoba.

Vue sur la Seine et le quartier de Bercy depuis la Bibliothèque nationale de France. Crédit : AHert.
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Ce que Ficoba contient réellement… et ce qu’il ne contient pas

C’est là que beaucoup se trompent. Ficoba ne donne pas le détail de vos achats. Il ne liste pas vos opérations. Il n’affiche pas le solde de vos comptes. Service-public le précise noir sur blanc : ce fichier contient l’identité du titulaire, la banque, les caractéristiques essentielles du compte et les dates d’ouverture ou de clôture. Mais pas l’historique des mouvements, ni le montant disponible.

Autre point que peu de gens connaissent : vous ne pouvez pas refuser d’y être inscrit. Et les informations sont conservées pendant la durée de vie du compte, puis dix ans après sa clôture. Depuis 2025, il est même possible pour un particulier d’obtenir la liste de ses comptes via son espace sur impots.gouv.fr, ce qui confirme à quel point l’outil est devenu “standard” côté administration. Donc oui, avant même de parler contrôle, l’administration peut déjà “voir” votre existence bancaire au sens large. Pas votre vie quotidienne. Mais vos points d’ancrage.

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Le deuxième niveau : quand la banque répond… sans que vous soyez prévenu

C’est ici que la tension monte, parce qu’on quitte la cartographie pour entrer dans le détail. Le droit de communication permet aux agents habilités d’obtenir des documents et renseignements auprès de tiers, dont les banques, pour l’assiette, le contrôle ou le recouvrement de l’impôt.

Concrètement, dans certaines procédures, l’administration peut demander des relevés de comptes, des copies de chèques, ou des pièces annexes. Et surtout, la jurisprudence a déjà rappelé que l’administration n’a pas l’obligation de passer d’abord par le contribuable avant d’exercer ce droit auprès des banques. Cela ne veut pas dire que “tout est aspiré en continu”. Mais cela signifie qu’une banque peut être sollicitée directement, selon le cadre, et que vous n’êtes pas forcément averti au moment où la demande part. C’est souvent ce point qui surprend le plus. Parce qu’on s’imagine un contrôle “face à face”. Alors que l’étape de collecte peut, elle, se jouer à distance.

Façade d’un centre des finances publiques, point de contact de l’administration fiscale. Crédit : Moktarama.
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Assurance-vie : l’autre fichier qui a changé la donne

Beaucoup de contribuables pensent que l’assurance-vie est un monde à part. Un univers à l’écart des radars. Là encore, la réalité est moins confortable. Il existe un fichier dédié, Ficovie. La CNIL explique qu’il recense les contrats de capitalisation et placements de même nature, notamment l’assurance-vie, à partir d’un certain seuil, et qu’il sert aussi à renforcer le contrôle et à retrouver des contrats en déshérence.

Le seuil mis en avant est de 7 500 € (selon les cas : valeur de rachat, primes, capital garanti, etc.). Ce qui change tout, c’est la logique : même si votre argent est “placé”, il peut entrer dans une base structurée. Et donc être mobilisable lors d’un examen de patrimoine, d’une succession, ou d’un contrôle ciblé.

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Comptes à l’étranger : l’époque du “personne ne saura” est terminée

C’est probablement la zone où l’écart entre perception et réalité est le plus violent. Avec l’échange automatique d’informations (CRS/DAC2), des pays partenaires transmettent chaque année à l’administration fiscale des données sur les comptes détenus à l’étranger par des résidents fiscaux.

Le ministère de l’Économie a indiqué qu’en 2023, des informations sur 7,7 millions de comptes détenus à l’étranger ont été transmises à la France, via une centaine de pays partenaires. Et ces données ne restent pas dans un tiroir. Elles sont utilisées dans la déclaration en ligne, et aussi pour orienter des contrôles. Le même communiqué évoque plus de 7 000 contrôles en 2023 pour plus de 210 millions d’euros en droits et pénalités, en hausse par rapport à 2022. En parallèle, l’obligation déclarative existe toujours : si vous détenez des comptes crypto ou étrangers, vous devez les déclarer. Service-public rappelle la sanction classique : 1 500 € par compte non déclaré, et 10 000 € dans certains cas.

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Un centre des finances publiques à Bergerac, exemple d’antenne locale de la DGFiP. Crédit : Polymagou.
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Le vrai tournant : quand l’algorithme fait les croisements à votre place

C’est ici que l’histoire bascule. Parce que le fisc ne se contente plus d’avoir des informations. Il les relie. Au sein de la DGFiP, des outils de datamining existent depuis plusieurs années. Le ministère de l’Économie décrit CFVR (ciblage de la fraude et valorisation des requêtes) comme un dispositif qui analyse de grandes quantités de données pour modéliser des typologies d’anomalies ou de fraudes possibles.

Dit autrement : l’enjeu n’est plus seulement de “trouver” une information. C’est de détecter une incohérence. Un niveau de revenus déclaré, un patrimoine apparent, des signaux de détention à l’étranger, une absence de déclaration associée, une assurance-vie au mauvais endroit dans le puzzle… et le dossier peut remonter.

Réseaux sociaux : ce que le fisc peut exploiter… et ce qu’il ne peut pas

Dernier étage, celui qui fait le plus fantasmer. Oui, il existe un cadre permettant la collecte et l’exploitation de certaines données rendues publiques sur internet, dans une logique expérimentale, encadrée par des textes et un avis CNIL.

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Non, cela ne signifie pas que “vos messages privés” sont surveillés. Le périmètre vise des contenus rendus publics, et l’objectif affiché est la recherche d’indices sur des fraudes ciblées. Mais le simple fait que cette brique existe suffit à rappeler une réalité : aujourd’hui, le contrôle fiscal ne repose plus uniquement sur un classeur de relevés bancaires. Il repose sur des données, des traces, des recoupements. Et parfois, sur ce que vous laissez visible vous-même.

Que retenir ?

Au fond, la question n’est pas “le fisc voit-il tout ?”. La réponse est non. Ficoba ne donne pas vos soldes. Ficovie ne raconte pas votre vie. Et une banque n’envoie pas automatiquement chaque mois vos relevés à l’administration. La vraie question, c’est plutôt : “le fisc voit-il assez pour déclencher un doute ?”. Et là, la réponse est plus dérangeante.

Entre la cartographie des comptes via Ficoba, l’accès à certains documents via le droit de communication, l’existence d’un fichier sur l’assurance-vie, les échanges internationaux et les outils de datamining, l’administration peut recomposer une image de votre situation bien plus facilement qu’avant. La meilleure protection n’est pas le secret. C’est la cohérence. Déclarer ce qui doit l’être. Garder les justificatifs clés. Et ne pas sous-estimer la puissance des croisements.

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