« 10 euros d’économie par plein » : Lecornu détaille comment il compte imposer la baisse aux stations essence
Le gazole, vous connaissez la douleur : chaque plein pèse sur le budget. Cette fois, le gouvernement sort une carte inattendue, celle des réserves de l’État. Selon BFMTV, Sébastien Lecornu promet une baisse jusqu’à 18 centimes par litre dès le 1er novembre. D’où vient le carburant, qui doit jouer le jeu, et pourquoi tout le monde ne gagnera pas pareil ? On déroule.

Une promesse lancée un lundi soir : 10 millions de barils pour desserrer l’étau
C’est dans une vidéo publiée sur ses réseaux sociaux, lundi soir, que le Premier ministre a donné le ton. Selon BFMTV, il affirme que « dès le 1er novembre, dans toutes les stations services de France, le prix du litre de gazole baissera jusqu’à 18 centimes ».
Faisons un calcul simple, de notre côté : sur un plein de 55 litres, 18 centimes représentent à peu près 10 euros. Le chiffre est un maximum, pas une garantie pour chaque pompe, et c’est un détail qui va compter.
L’idée n’est pas neuve dans son principe. Le 7 octobre, Sébastien Lecornu avait déjà annoncé la libération de stocks stratégiques du pays pour atténuer la flambée des prix des carburants. Cette fois, il en précise le mode d’emploi et le calendrier.
Le gouvernement parle d’une « décision exceptionnelle » : la vente à prix coûtant de 10 millions de barils de gazole issus de ces réserves. Le but affiché est de réduire la facture des Français, pas de remplir les caisses de l’État.
Mais une baisse à la source ne se voit pas toujours à la pompe. Nous avions déjà raconté pourquoi une baisse du pétrole met du temps à arriver chez les automobilistes, et c’est précisément ce piège que Matignon dit vouloir éviter.
Alors, comment contraindre des centaines de distributeurs à répercuter la baisse ? La réponse tient en un rendez-vous à Matignon.
À Matignon, TotalEnergies et les distributeurs ont dû se mettre d’accord sur un calendrier
Avant sa vidéo, le chef du gouvernement a réuni les distributeurs de carburants. L’objectif : fixer le rythme du déstockage et la répartition des barils entre les opérateurs.
Le calendrier, d’abord. Les premières ventes aux distributeurs auront lieu le 28 octobre, soit quelques jours avant la baisse annoncée à la pompe. L’opération doit durer trois mois, jusqu’à fin janvier.
La répartition, ensuite. Les stocks seront distribués selon les parts de marché de l’année 2025 de chaque opérateur. Autrement dit, pas de favoritisme : chacun reçoit en proportion de son poids réel dans la distribution.
Et le contrôle ? Sébastien Lecornu promet que « chaque étape sera tracée ». Chaque semaine, le gouvernement publiera les volumes libérés au profit des distributeurs, la baisse du coût que cela représente et les prix moyens à la pompe au niveau national.
« Vous pourrez, chiffres en main, constater par vous-mêmes la baisse réelle », assure-t-il. Le message est clair : si les prix ne baissent pas, tout le monde le verra. Ce genre d’explication a d’ailleurs déjà été avancée par les professionnels, comme dans cette explication sur le mécanisme de répercussion à la pompe.
Reste l’essentiel : pourquoi l’État peut-il vendre moins cher que le marché ? Selon Matignon, ces barils ont été achetés avant la guerre au Moyen-Orient à 0,28 euro par litre, alors que le prix du marché tourne actuellement autour de 1,10 euro par litre. L’écart est énorme, et c’est lui qui finance la baisse.
Mais cette bonne nouvelle a une nuance de taille, que les chiffres des distributeurs vont vite révéler.
Jusqu’à 18 centimes, mais 8 à 12 chez TotalEnergies : ce que chacun peut espérer
Pour comprendre ce que l’État vend, un petit retour sur le prix du litre s’impose : le vrai coût d’un litre à la pompe se décompose en plusieurs couches, et le brut n’en est qu’une.
Passons aux engagements concrets. À l’issue de la réunion, le PDG de TotalEnergies, Patrick Pouyanné, s’est engagé à baisser de 8 à 12 centimes le prix du litre de gazole pour les particuliers, après un déstockage qui doit démarrer début novembre.
Vous avez remarqué l’écart ? Le Premier ministre parle de « jusqu’à 18 centimes », le premier distributeur du pays s’engage sur 8 à 12. La source ne précise pas d’où vient cette différence : les 18 centimes restent un plafond, l’engagement de TotalEnergies une fourchette.
Autre bonne nouvelle pour les professionnels. Le groupe s’est aussi engagé à baisser de 20 centimes le litre de gazole non routier, le GNR, utilisé par les agriculteurs, les pêcheurs ou encore les professionnels du BTP.
Le plan ne s’arrête pas aux particuliers. Le Premier ministre prévoit aussi une baisse sur le fioul domestique et sur le gazole vendu aux professionnels du transport. Pour ceux qui se chauffent au fioul ou vivent de la route, l’enjeu est tout aussi concret.
Résultat : la baisse annoncée n’aura pas la même taille selon l’enseigne, le carburant et le type de client. D’où l’intérêt des relevés hebdomadaires promis par le gouvernement, qui permettront de comparer l’annonce et la réalité.
Reste une inconnue qui concerne des milliers d’automobilistes : et si votre station est loin de tout ?
Les stations rurales, grandes oubliées ? Ce que Matignon prévoit pour elles
C’est le point faible d’une mesure nationale : toutes les stations ne reçoivent pas leur carburant au même rythme. Selon BFMTV, plus de 300 stations-services rurales, souvent à plus de 10 kilomètres l’une de l’autre et avec des délais de livraison plus longs, sont particulièrement concernées.
Pour elles, le gouvernement prévoit des « avances de trésorerie » et « un fonds spécialisé ». L’objectif est de leur permettre d’anticiper l’achat des carburants remisés et de baisser leurs prix dès le 1er novembre, comme les autres. Sans ce coup de pouce, elles auraient pu décaler la baisse.
Les enseignes ont déjà des dispositifs ciblant les zones rurales. TotalEnergies avait par exemple maintenu un plafond à 1,99 € dans 1 200 stations souvent ignorées des automobilistes, preuve que la question du carburant hors des villes est un sujet récurrent.
Que faut-il surveiller d’ici fin janvier ? D’abord les premières livraisons du 28 octobre, puis la baisse effective le 1er novembre. Ensuite, les publications hebdomadaires du gouvernement : volumes libérés, coût de la baisse, prix moyens à la pompe.
Autre question que cette opération soulève : celle de ce que l’État y gagne ou y perd. Nous avions déjà montré que la flambée des prix n’avait presque rien rapporté au fisc. La vente à prix coûtant, elle, est présentée comme un geste destiné aux Français plutôt qu’une opération comptable.
Dernier point à garder en tête : la mesure est temporaire. Trois mois, c’est long pour un plein, c’est court pour une crise. Ce qui se passera après fin janvier n’est pas précisé dans les éléments publiés par BFMTV.
Au fond, l’histoire se résume ainsi : l’État vend ses réserves achetées à 0,28 euro le litre, et promet que vous le verrez sur le ticket de caisse. Aux chiffres hebdomadaires, désormais, de lui donner raison ou tort.
Et si la facture du plein vous fait encore grincer des dents, ces Français qui roulent au carburant rouge interdit racontent une tout autre façon de contourner la crise. Quant à savoir si l’essence a toujours coûté aussi cher, l’écart entre le prix du litre en 1970 et aujourd’hui donne le vertige.