Dans les comptes de Fabien, agent immobilier à Vannes à 2 340 € nets par mois
Fabien a 34 ans, il est agent immobilier indépendant à Vannes depuis six ans. Son statut : agent commercial rattaché à une agence du réseau Orpi, sans salaire fixe. Ce mois-ci, il a touché 2 340 € nets. Le mois dernier, c’était 1 800 €. Voici comment il gère cette instabilité, poste par poste.
« Le pire, ce n’est pas de gagner peu. C’est de ne jamais savoir combien tu vas gagner », résume-t-il en ouvrant son tableur Excel, mis à jour chaque dimanche soir.

Un revenu qui dépend entièrement des ventes signées
Fabien touche 65% de commission sur chaque vente qu’il conclut, le reste allant à l’agence et au réseau national. Sur une maison vendue 220 000 €, avec une commission d’agence de 5%, il empoche environ 7 150 € bruts, à répartir ensuite sur plusieurs mois selon le rythme des signatures.
En moyenne sur les douze derniers mois, il a vendu 1,4 bien par mois, ce qui lui a rapporté un revenu net moyen de 2 340 € une fois les charges sociales et l’URSSAF prélevées. Certains mois à 4 200 €, d’autres à 900 €.
Il a aussi une activité complémentaire : la gestion locative de trois appartements pour des propriétaires absents, qui lui rapporte un forfait fixe de 180 € net par mois. « C’est mon seul revenu garanti, celui qui me permet de dormir tranquille le 1er du mois. »
Sa compagne, Élodie, travaille comme orthoptiste salariée et perçoit un revenu fixe, ce qui équilibre le foyer. Sans ce filet, Fabien reconnaît qu’il aurait beaucoup plus de mal à gérer les mois creux.
Le loyer et les charges qui tombent, qu’il vende ou non
Fabien loue un T3 de 62 m² dans le centre de Vannes avec Élodie, pour 780 € charges comprises. Sa part dans le budget commun est de 430 €, calculée au prorata de leurs revenus respectifs.
Il paie 95 € d’assurance auto pour son véhicule professionnel, une Peugeot 3008 qu’il utilise quotidiennement pour les visites clients. L’essence lui coûte en moyenne 210 € par mois, un poste qui explose dès qu’il multiplie les rendez-vous en zone rurale du Morbihan.
Son forfait mobile professionnel avec data illimitée coûte 35 €, l’abonnement internet fibre partagé avec Élodie lui revient à 15 € sa part. Sa mutuelle santé de travailleur indépendant, plus chère qu’un salarié classique, s’élève à 89 € mensuels.
Il cotise aussi 140 € par mois à une assurance perte d’emploi pour indépendants, une sécurité qu’il juge indispensable vu l’irrégularité de ses revenus. « Sans salaire fixe, il faut se construire son propre parachute. »
Les frais professionnels qu’un salarié n’a jamais
Contrairement à un salarié classique évoqué dans notre article sur les métiers de l’immobilier, Fabien doit financer lui-même ses outils de travail. Sa carte professionnelle, ses supports de communication et son abonnement aux plateformes d’annonces immobilières lui coûtent 165 € par mois.
Il verse aussi 220 € mensuels à l’URSSAF au titre des cotisations sociales, calculées sur son chiffre d’affaires réel, avec un ajustement trimestriel qui peut créer de mauvaises surprises. « L’année dernière, j’ai dû rembourser 800 € d’un coup parce que j’avais sous-déclaré. »
Ses courses alimentaires pour le couple s’élèvent à 320 € par mois, réparties sur un supermarché discount et un marché local le samedi. Il compte 90 € de restaurants et sorties, principalement des déjeuners professionnels avec des notaires ou des clients.
Le shopping vêtements, indispensable pour son image professionnelle, lui coûte environ 60 € mensuels lissés sur l’année. Ses loisirs personnels, surtout le vélo et le foot en salle, représentent 40 € par mois.

L’épargne, un exercice d’équilibriste mensuel
Fabien épargne 200 € par mois quand c’est possible, sur un Livret A qu’il alimente uniquement les mois où il dépasse 2 500 € de revenus. Les mois à moins de 2 000 €, il ne met rien de côté et pioche parfois dans sa réserve.
Il maintient une épargne de précaution de 6 000 €, équivalent à environ trois mois de charges fixes, qu’il ne touche jamais sauf urgence absolue. « C’est mon coussin anti-panique. Sans lui, chaque mois creux serait une catastrophe. »
Il n’a aucun crédit en cours, ayant délibérément évité les achats à crédit depuis son passage au statut d’indépendant. Son projet à moyen terme : passer le concours pour devenir agent immobilier titulaire d’une carte T, ce qui lui permettrait d’ouvrir sa propre structure.
« Je sais que je devrais épargner de façon plus régulière, mais avec des revenus qui varient du simple au triple selon les mois, c’est presque impossible à planifier », confie-t-il.
Avec un revenu net moyen de 2 340 € par mois, Fabien se situe légèrement au-dessus du salaire médian français, autour de 2 100 € nets pour un temps plein selon l’Insee. Mais contrairement à un salarié, il n’a ni treizième mois, ni prime, ni garantie d’un revenu stable d’un mois sur l’autre.