Dans les comptes de Fabienne, agente immobilière à mi-temps à Chartres à 1 590 € nets par mois
Fabienne a 51 ans, deux enfants qui ont quitté le nid, et une carrière qui a pris un virage à 45 ans. Après une reconversion loupée dans le commerce, elle est devenue agente immobilière indépendante à Chartres, en mandat mi-temps chez un réseau connu. Elle gagne 1 590 € nets par mois en moyenne, un chiffre qui varie selon les ventes.
« Je gagne bien certains mois, presque rien d’autres. Il faut lisser », résume-t-elle. Voici comment elle répartit chaque euro, entre commissions imprévisibles et charges qui, elles, tombent sans faute chaque mois.

Un salaire qui ressemble à des montagnes russes
Fabienne n’a pas de salaire fixe. Elle touche une commission sur chaque vente réalisée, en général entre 3 et 4% du prix du bien, partagée avec son réseau qui prend une part au passage.
Sur les douze derniers mois, elle a vendu 9 biens, pour une commission nette moyenne de 2 100 € par transaction après retenue du réseau. Ramené au mois, cela donne ces fameux 1 590 € nets, une fois lissé sur l’année.
« Certains mois je touche 4 000 €, d’autres zéro. En novembre dernier, rien n’est passé chez le notaire, j’ai vécu sur mes réserves », confie-t-elle. Elle a donc pris l’habitude de mettre de côté systématiquement lors des bons mois.
S’ajoute à cela une petite pension alimentaire de son ex-mari, 120 € par mois, versée pour leur fille encore étudiante. Sans compter les APL, qu’elle ne touche pas car son mandat lui donne un statut d’indépendante avec des revenus jugés trop irréguliers pour le calcul automatique.
Ce mode de rémunération à la commission n’est pas si rare : c’est le même principe que pour Pauline, agente de voyage à Angers, dont les primes varient aussi selon les ventes réalisées.
Des charges fixes qui, elles, ne varient jamais
Le loyer de son T2 à Chartres, en centre-ville, s’élève à 560 € charges comprises. Un montant qu’elle négocie difficilement à la baisse malgré ses revenus fluctuants, le propriétaire exigeant une garantie stable.
Son assurance habitation coûte 14 € par mois, sa mutuelle santé 68 €, un poste qu’elle a dû augmenter après un souci de dos qui l’a contrainte à consulter un ostéopathe régulièrement.
Côté transport, elle paie 210 € de crédit pour sa voiture, indispensable pour les visites de biens dans tout le secteur de Chartres et ses environs. L’essence lui coûte en plus 140 € mensuels, un poste qui a explosé ces derniers mois.
Son forfait mobile lui revient à 15,99 €, internet fibre à 29,90 €. Elle paie aussi 45 € de cotisations professionnelles obligatoires liées à sa carte T d’agent immobilier, renouvelée chaque année.
« Le plus dur, ce n’est pas le loyer, c’est l’essence. Je fais parfois 80 km dans une journée pour trois visites qui n’aboutissent à rien », lâche-t-elle, presque résignée.

Le budget du quotidien, quand il faut composer avec l’incertain
Les courses alimentaires lui coûtent environ 220 € par mois, pour une personne seule qui cuisine presque tout elle-même. Elle a renoncé aux produits bio depuis sa reconversion, faute de moyens stables.
Elle s’autorise un restaurant par mois, souvent avec sa fille de passage, pour un budget de 35 €. Les sorties entre amies sont plus rares, comptées à 25 € mensuels en moyenne.
Le shopping vêtements reste un poste maîtrisé : 40 € par mois, essentiellement pour des tenues professionnelles présentables devant les clients, un critère important dans son métier.
Les loisirs se limitent à un abonnement streaming à 13,49 € et quelques sorties culturelles ponctuelles, lissées à 20 € mensuels. Les vacances, elle les prend chez sa sœur en Bretagne, gratuites côté hébergement mais avec un budget essence et activités d’environ 60 € par mois lissé sur l’année.
Un budget serré qui rappelle celui de Sandrine, crémière sur un marché à Bayonne, où chaque dépense variable est calculée au plus juste selon les revenus du mois.
Le mois où tout bascule dans le rouge
Une fois toutes ces charges additionnées, Fabienne dépense environ 1 570 € par mois en moyenne, pour 1 590 € de revenus nets lissés. La marge est donc de seulement 20 €, un chiffre presque symbolique.
« Certains mois, je suis dans le rouge de 200 €. D’autres, je mets 800 € de côté. Tout dépend du calendrier des signatures chez le notaire », explique-t-elle.
Elle a ouvert un livret A qu’elle alimente uniquement lors des bons mois, avec pour objectif de constituer une réserve de trois mois de charges fixes, soit environ 1 700 €. Elle en est actuellement à 950 €.
Pas de crédit à la consommation, mais un projet clair : basculer à terme sur un mandat exclusif à temps plein, qui lui garantirait un volume de ventes plus stable et donc des revenus moins erratiques.
Cette irrégularité de revenus n’est pas propre à l’immobilier : on la retrouve aussi chez les indépendants comme Élodie, photographe auto-entrepreneuse à Clermont-Ferrand, confrontée aux mêmes creux de trésorerie.
« Je sais que je devrais épargner plus régulièrement, mais quand un mois est bon, j’ai aussi envie de souffler un peu », résume Fabienne. Avec un salaire médian net en France autour de 2 000 € par mois, son revenu lissé reste en dessous de la moyenne, mais elle garde en tête la perspective d’un mandat plus stable qui changerait la donne.