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Dans les comptes de Sandrine, crémière sur un marché de Bayonne à 1 980 € nets par mois

Publié par Mathieu le 20 Juin 2026 à 19:01

Sandrine, 44 ans, tient un stand de fromages et produits laitiers sur le marché de Bayonne depuis neuf ans. Célibataire sans enfant, elle touche 1 980 € nets par mois. Voici comment elle répartit chaque euro de son budget — entre un loyer modéré, un camion frigorifique à entretenir et quelques plaisirs qu’elle refuse de sacrifier.

Ce qui tombe chaque mois sur son compte

Sandrine est commerçante indépendante inscrite au registre du commerce. Son chiffre d’affaires mensuel tourne autour de 5 800 € bruts en moyenne, avec des pics en décembre et des creux en janvier. Après déduction des charges sociales, des cotisations URSSAF et de l’achat de marchandise, il lui reste 1 980 € nets.

Crémière derrière son stand de fromages au marché

Elle ne touche aucune aide sociale, ni APL, ni prime d’activité. « Quand tu es à ton compte, personne ne te fait de cadeau », résume-t-elle. Ses seuls compléments sont ponctuels : quelques marchés de Noël ou foires locales qui ajoutent entre 200 et 400 € certains mois d’hiver.

En été, le tourisme basque booste ses ventes d’environ 15 %. Mais elle préfère lisser son budget sur douze mois pour éviter les mauvaises surprises. C’est sur cette base de 1 980 € qu’elle construit tout le reste — et le poste qui pèse le plus lourd n’est pas celui qu’on imagine.

Les dépenses qui tombent quoi qu’il arrive

Son loyer pour un T2 de 48 m² dans le quartier Saint-Esprit à Bayonne lui coûte 530 € par mois, charges comprises. Un tarif encore raisonnable pour la ville, même si les prix ont grimpé de 12 % en trois ans. Elle y vit depuis six ans et n’envisage pas de déménager.

Le poste le plus spécifique à son métier, c’est le camion frigorifique. Le crédit court encore pendant deux ans : 280 € par mois. L’assurance du véhicule professionnel ajoute 95 €, et l’emplacement sur le marché lui revient à 110 € mensuels. « Rien que pour avoir le droit de vendre, je lâche presque 500 € », calcule-t-elle.

Camion frigorifique ouvert avec des fromages au marché

Côté assurances personnelles, sa mutuelle santé lui coûte 52 € et son assurance habitation 24 €. Son forfait téléphone est à 15 €, l’abonnement internet à 30 €. Elle a un seul streaming : Netflix à 13,49 €. Total abonnements numériques : 58,49 €.

Le carburant pour le camion et les trajets vers les grossistes représente 140 € par mois. Elle roule environ 1 200 km mensuels entre Bayonne, les fermes du Béarn et un affineur du côté d’Ossès. L’entretien du camion frigo, lissé sur l’année, ajoute environ 80 €.

Son impôt sur le revenu, prélevé à la source sous le régime micro-BIC, est déjà déduit de ses 1 980 € nets. En revanche, elle paie la CFE (cotisation foncière des entreprises) en fin d’année : environ 45 € par mois une fois lissée. Au total, ses dépenses fixes grimpent à 1 414,49 €. Il reste 565,51 € pour tout le reste — et c’est là que chaque euro compte.

Les courses, les sorties et ce petit luxe qu’elle s’autorise

Sandrine dépense environ 220 € par mois en courses alimentaires. Mais ce chiffre est trompeur : en tant que commerçante alimentaire, elle récupère les invendus de son stand. Fromages proches de la date, beurre, yaourts : « Je ne jette rien, donc je n’achète presque jamais de produits laitiers pour moi. »

Ses 220 € couvrent la viande, les fruits et légumes, les féculents et les produits d’hygiène. Elle cuisine beaucoup et ne commande quasiment jamais de livraison. En revanche, elle s’accorde un restaurant avec des amies deux fois par mois : environ 60 € au total.

Le shopping vestimentaire reste minimal : 40 € par mois en moyenne. Elle porte des vêtements pratiques pour le marché et achète l’essentiel en soldes. « Sur un marché à 6 heures du matin en hiver, personne ne regarde ta marque de blouson. »

Son seul vrai luxe, c’est la pelote basque. Elle joue en loisir trois fois par semaine dans un club qui lui coûte 35 € par mois, cotisation et location de matériel compris. Les sorties culturelles — un ciné de temps en temps, un concert local — ajoutent environ 25 € mensuels.

Côté vacances, elle ferme son stand deux semaines en janvier et une semaine fin juin. Son budget vacances lissé tourne autour de 80 € par mois, soit un peu moins de 1 000 € par an. « Je pars rarement loin. L’an dernier, c’était une semaine en Galice en camping. » L’ensemble de ses dépenses variables atteint 460 €. Il lui reste donc un peu plus de 105 € en fin de mois — un matelas très fin.

Ce qu’il reste quand tout est payé

Avec 105 € d’excédent mensuel en moyenne, Sandrine ne se constitue pas une épargne confortable. Elle verse 80 € par mois sur un Livret A qui affiche aujourd’hui 4 200 €. Le reste — environ 25 € — sert de coussin pour les imprévus du mois.

Son crédit camion sera soldé dans deux ans. Ce jour-là, elle récupérera 280 € de marge mensuelle, « et là, je pourrai enfin respirer ». Elle n’a aucun autre crédit en cours, pas de découvert bancaire, et rembourse toujours sa carte à débit différé avant l’échéance.

Son projet à moyen terme : investir dans une remorque réfrigérée plus récente et moins énergivore, ce qui réduirait sa facture de carburant d’environ 30 %. Elle vise aussi un deuxième marché hebdomadaire, à Saint-Jean-de-Luz, pour augmenter son chiffre d’affaires de 20 % sans exploser ses charges fixes.

« Je ne me plains pas, mais je ne mets pas grand-chose de côté. Quand le camion lâche un compresseur à 900 €, ça fout en l’air trois mois d’épargne. » Elle sait que son métier ne la rendra pas riche. À titre de comparaison, le salaire médian en France tourne autour de 2 100 € nets mensuels : Sandrine se situe juste en dessous.

Mais elle ne changerait de vie pour rien au monde. « Je suis dehors, je parle aux gens, je vends des produits que j’ai choisis moi-même. Le jour où j’aurai soldé le camion, je serai la femme la plus heureuse du marché. » Comme d’autres indépendantes à revenus modestes, elle jongle chaque mois avec des marges serrées — mais avec une liberté que beaucoup de salariés lui envient.

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