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Dans les comptes de Ludovic, boucher à Colmar à 2 340 € nets par mois

Publié par Mathieu le 24 Mai 2026 à 19:02

Ludovic a 38 ans, il est boucher dans une boucherie artisanale de Colmar depuis douze ans. En couple avec Audrey, auxiliaire de puériculture, ils élèvent ensemble leur fille de 6 ans. Chaque mois, il touche 2 340 € nets. Voici comment il répartit chaque euro — et ce qui reste une fois les compteurs remis à zéro.

Boucher en tablier blanc dans sa boucherie artisanale à Colmar

Ce que Ludovic gagne vraiment chaque mois

Son salaire de base s’élève à 2 180 € nets. À cela s’ajoutent des heures supplémentaires quasi systématiques — le samedi matin est incompressible dans le métier — qui lui rapportent environ 160 € nets de plus par mois. Total mensuel : 2 340 €.

Audrey, de son côté, gagne 1 620 € nets. Le foyer dispose donc de 3 960 € à deux. Ils perçoivent aussi 140 € d’allocations familiales et 62 € d’APL, ce qui porte les ressources totales du ménage à 4 162 € par mois.

« On ne roule pas sur l’or, mais on n’est pas à plaindre non plus. Le problème, c’est que tout part très vite. » Pour un couple avec enfant en Alsace, ce revenu les place légèrement au-dessus du salaire médian français. Reste à savoir comment il se ventile une fois le loyer, les charges et les courses passés.

Le mur des dépenses fixes

Le poste le plus lourd, sans surprise, c’est le logement. Ludovic et Audrey louent un T3 de 68 m² dans le quartier de la Lauch, à dix minutes à vélo du centre-ville. Loyer charges comprises : 780 €. Un montant dans la moyenne haute pour Colmar, où le m² tourne autour de 11 €, mais leur appartement a été rénové récemment.

Intérieur d'un appartement familial modeste et chaleureux à Colmar

Viennent ensuite les assurances. Assurance habitation : 32 €. Mutuelle familiale (obligatoire, complétée par la part employeur) : 85 € de reste à charge pour le couple. Assurance auto pour leur Dacia Sandero de 2019 : 48 €.

Côté abonnements, le couple paie 34 € de forfait internet-TV (Orange), deux forfaits téléphoniques à 12 € et 18 € (Ludovic a besoin de plus de data), un abonnement Netflix à 13,49 € et un Spotify familial à 17,99 €. Total abonnements numériques : 95,48 €.

Le prélèvement mensuel d’impôt sur le revenu s’élève à 142 € pour le foyer (taux individualisé, Ludovic est prélevé de 88 € sur sa fiche de paie). L’électricité leur coûte 87 € en moyenne lissée sur l’année — le chauffage électrique alourdit la note en hiver. Eau : 38 €.

Total des charges fixes pour le couple : environ 1 307 €. La part de Ludovic, calculée au prorata de ses revenus, représente à peu près 56 %, soit 732 € de son salaire qui s’évaporent avant même d’avoir ouvert le frigo. Comme pour Alexis, technicien à Saint-Étienne, le logement reste le gouffre numéro un.

Mais le poste qui surprend le plus dans son budget n’est pas le loyer. C’est celui qu’on imagine rarement chez un boucher.

Le paradoxe du boucher qui dépense peu en viande

Ludovic bénéficie d’un avantage en nature : son patron lui laisse repartir chaque semaine avec des chutes de découpe, des pièces invendues en fin de journée et parfois un beau morceau à prix coûtant. « Je ne paie quasiment jamais de viande plein pot. Ma fille mange du charolais, mais ça ne me coûte presque rien. »

Résultat : le budget courses alimentaires du foyer tourne autour de 420 € par mois — un chiffre bas pour une famille de trois en 2026. L’essentiel part en fruits, légumes, produits laitiers et épicerie. Les dépenses alimentaires moyennes d’un foyer similaire dépassent souvent 500 €.

Côté sorties et restaurants, le couple s’accorde un dîner en amoureux deux fois par mois — souvent une winstub locale à 30-35 € par tête. Budget mensuel restos et sorties : 130 €. Ludovic ajoute 25 € de « cafés du matin » avec ses collègues, un rituel qu’il refuse de sacrifier. « C’est mon petit luxe. On se retrouve à 6h avant l’ouverture, on boit un café au comptoir. Ça vaut de l’or. »

L’essence pour la voiture revient à 110 € par mois. Le trajet domicile-travail fait 4 km, mais Audrey utilise le véhicule pour rallier l’hôpital en périphérie. La cantine de leur fille coûte 72 € mensuels, tarif calculé sur le quotient familial.

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Ludovic consacre aussi 45 € à son abonnement en salle de sport — « indispensable quand tu portes des carcasses toute la journée, le dos lâche si tu ne le muscles pas » — et 35 € par mois au judo de sa fille. Total loisirs et sport : 80 €.

Vêtements et achats divers : environ 60 € lissés sur l’année. Ludovic reconnaît ne quasiment rien s’acheter pour lui. « Mes chaussures de boulot durent six mois, mon patron les rembourse. Le reste, c’est surtout pour la petite. »

Avant de regarder ce qu’il reste en fin de mois, il y a un dernier poste qu’il n’avait pas anticipé en s’installant en couple.

Le crédit qui pèse et l’épargne qui résiste

En 2023, le couple a contracté un prêt personnel de 8 000 € pour changer de voiture et financer des travaux dans l’appartement (pose d’un parquet, remplacement du ballon d’eau chaude). Mensualité : 185 €, encore pour quatorze mois. « C’est le truc que je regrette un peu. On aurait dû attendre et payer cash, mais à l’époque le frigo et la bagnole ont lâché le même mois. »

Une fois toutes les dépenses compilées — fixes, variables, crédit — voici le bilan mensuel du couple :

Revenus totaux : 4 162 € | Dépenses totales : environ 3 764 € | Reste à vivre : 398 €.

Sur cette somme, Ludovic vire automatiquement 150 € sur un Livret A qui affiche aujourd’hui 6 800 €. Le reste — environ 250 € — constitue le matelas d’imprévu. Certains mois, il sert à absorber une facture de garagiste ou les fournitures scolaires de septembre. D’autres mois, il vient gonfler l’épargne.

Le couple met aussi de côté 40 € par mois sur un livret dédié aux vacances. L’été dernier, ils sont partis une semaine en camping dans les Landes pour 1 100 € tout compris. « On n’ira jamais au bout du monde, mais la petite s’en fiche. Elle veut la plage et un cornet de glace. »

Leur projet à moyen terme : acheter un petit pavillon en périphérie de Colmar. Avec les taux actuels et leur capacité d’emprunt, ils visent un bien autour de 210 000 €. « Il faut qu’on finisse de rembourser le prêt perso et qu’on monte l’apport à 15 000 €. On y sera dans deux ans, si tout va bien. »

Ce que ce budget dit du métier de boucher en 2026

Avec 2 340 € nets par mois, Ludovic gagne davantage que le salaire médian français (environ 2 100 € nets). Son métier, physique et exigeant — debout dès 5 heures du matin, six jours sur sept certaines semaines — reste pourtant boudé par les jeunes générations. Les métiers manuels bien payés peinent à recruter malgré des salaires corrects.

L’avantage en nature sur la viande, que beaucoup ignorent, fait une vraie différence : il économise entre 100 et 150 € par mois sur un poste que d’autres foyers, comme celui d’Ambre, aide-soignante à Rouen, n’ont pas les moyens de compresser.

« Je ne me plains pas. J’ai un métier que j’aime, une gamine en bonne santé et un frigo toujours plein. Mais si on me dit que c’est confortable, je réponds : viens te lever à 4h30 pendant douze ans, on en reparle. »

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