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Dans les comptes d’Alexis, technicien de maintenance à Saint-Étienne à 2 010 € nets par mois

Publié par Mathieu le 19 Mai 2026 à 19:02

Alexis a 34 ans, il est technicien de maintenance industrielle dans une usine de pièces automobiles à Saint-Étienne. Il vit seul dans un T2 en centre-ville et touche 2 010 € nets par mois. Voici comment il répartit chaque euro — et pourquoi, malgré un salaire proche de la médiane française, il se sent souvent à l’étroit.

Ce qui tombe chaque mois sur son compte

Le salaire de base d’Alexis s’établit à 1 870 € nets. Rien de spectaculaire pour un technicien avec sept ans d’ancienneté dans l’industrie, mais c’est dans la fourchette haute des grilles conventionnelles du secteur métallurgie en province. « Quand j’ai commencé, je touchais 1 620 €. En sept ans, j’ai gagné 250 € de plus. C’est lent », admet-il.

Alexis technicien de maintenance dans son atelier industriel

À ce salaire fixe s’ajoutent des primes qui gonflent un peu la fiche de paie. La prime d’équipe — il travaille en 2×8, alternant matin et après-midi chaque semaine — lui rapporte en moyenne 90 € par mois. Une prime de salissure de 25 € complète le tout. Il n’a pas d’heures supplémentaires régulières, mais quand l’usine tourne à plein régime, il peut décrocher un samedi matin payé double, soit environ 120 € bruts. « Ça arrive trois ou quatre fois par an, pas plus. »

Côté aides, Alexis ne touche ni APL — son loyer est jugé trop bas pour son revenu — ni prime d’activité. En revanche, il perçoit un intéressement annuel d’environ 600 €, versé en mai. Lissé sur douze mois, ça représente 50 € supplémentaires. Au total, son budget mensuel moyen tourne autour de 2 010 €. Un montant légèrement inférieur au salaire médian français, qui avoisine les 2 100 € nets en 2025.

Ce revenu le place dans une zone inconfortable : trop pour bénéficier d’aides sociales, pas assez pour se constituer un matelas confortable. Et les charges fixes, elles, ne font pas de cadeau.

Les murs du budget : des dépenses fixes à 1 310 €

Le loyer absorbe la plus grosse part. Alexis paie 520 € charges comprises pour son T2 de 42 m² dans le quartier de Bellevue. Pour Saint-Étienne, c’est un prix correct — la ville reste l’une des moins chères de France en matière de loyers. « À Lyon, pour le même appart, je serais à 750 ou 800 €. C’est pour ça que je reste ici, même si le bassin d’emploi est plus petit. »

Appartement T2 modeste à Saint-Étienne avec relevé bancaire

L’assurance habitation lui coûte 18 € par mois. Sa mutuelle, souscrite en complément de celle de l’entreprise (qui prend en charge 50 %), revient à 38 €. L’électricité et le gaz — son appartement est chauffé au gaz de ville — atteignent 95 € en moyenne lissée sur l’année, avec des pics à 130 € l’hiver.

Côté transports, Alexis possède une Peugeot 208 de 2017, indispensable pour rallier la zone industrielle en horaires décalés, quand les transports en commun ne roulent pas encore. Le crédit auto est soldé, mais les frais courent toujours : 85 € d’assurance, 140 € d’essence mensuelle (il fait environ 900 km par mois) et 50 € lissés pour l’entretien et le contrôle technique. Total véhicule : 275 €.

Les abonnements numériques s’empilent sans qu’il s’en rende vraiment compte. Forfait mobile : 15 €. Internet fibre : 30 €. Netflix : 13,50 €. Spotify : 11 €. PlayStation Plus : 12 € par mois. « J’ai fait le calcul l’autre jour, ça m’a un peu refroidi. 81,50 € juste pour regarder des trucs et jouer en ligne. » Pourtant, il ne se résout pas à couper. « C’est mes seuls loisirs à la maison après une journée en usine. »

Les impôts sur le revenu, prélevés à la source, représentent 78 € par mois. En additionnant tous ces postes fixes, on atteint 1 310 €. Il reste donc 700 € pour manger, vivre et — si possible — mettre un peu de côté. Mais ce « si possible » est le nœud du problème.

Courses, sorties, plaisirs : les 520 € qui filent vite

Alexis fait ses courses chez Lidl et occasionnellement chez Auchan. Son budget alimentaire mensuel tourne autour de 280 €. « Je cuisine pas mal, surtout des plats simples — pâtes, riz, poulet, légumes de saison. Le midi, je mange à la cantine de l’usine pour 3,50 € le repas, c’est pris sur mon salaire mais ça reste avantageux. » La cantine représente environ 70 € par mois (20 jours ouvrés). Total alimentation : 350 €.

Les sorties sont rares. Un restaurant ou un fast-food une à deux fois par mois : 40 €. Un verre avec des collègues le vendredi soir, deux ou trois fois dans le mois : 30 €. « Je sors moins qu’avant. Pas que j’en ai pas envie, mais à chaque apéro, tu lâches 10 ou 15 balles sans t’en rendre compte. »

Le shopping vestimentaire se limite au strict nécessaire. Alexis estime dépenser 35 € par mois en moyenne, lissé sur l’année. Ses vêtements de travail sont fournis par l’entreprise. L’hygiène et les produits du quotidien (rasoir, lessive, produits ménagers) ajoutent 25 €.

Côté loisirs en dehors des abonnements, il y a le foot en salle — 20 € par mois de cotisation — et un budget jeux vidéo lissé à 20 € (il achète deux ou trois jeux par an en promo). Pas de vacances prévues cet été. L’an dernier, il avait passé une semaine chez un ami à Marseille, pour un budget total de 350 €. « Cette année, je verrai en septembre s’il me reste quelque chose. »

Au total, ses dépenses variables atteignent environ 520 €. Ajoutées aux charges fixes, on arrive à 1 830 €. Il reste donc théoriquement 180 € en fin de mois. Théoriquement.

Ce qu’il reste quand tout est payé

En pratique, Alexis met entre 100 et 150 € de côté chaque mois sur un Livret A qui affiche aujourd’hui 4 200 €. « C’est mon coussin de sécurité. Si la voiture lâche ou si j’ai un souci dentaire, c’est là que je pioche. » Il n’a pas d’assurance-vie, pas de PEA, pas de placements. « Je sais que je devrais m’y intéresser, mais avec ce qu’il reste, ça me semble dérisoire. »

Certains mois, l’épargne tombe à zéro. Un pneu crevé, une facture de dentiste, un cadeau d’anniversaire : les imprévus absorbent la marge. En décembre dernier, il a même pioché 300 € dans son Livret A pour boucler les fêtes. « Noël, c’est le mois que je redoute le plus. Entre les cadeaux pour la famille et les repas, je perds facilement 400 € en plus du budget habituel. »

Il n’a aucun crédit à la consommation en cours. « C’est ma ligne rouge. Mon père s’est retrouvé avec trois crédits revolving dans les années 2000, j’ai vu ce que ça fait. Plutôt me priver que de signer un crédit conso. » Un principe qui le protège mais qui limite aussi ses projets. Acheter un appartement ? « À Saint-Étienne, les prix sont bas — on trouve du 60 m² pour 70 000 €. Mais il me faudrait 10 000 € d’apport minimum. À 150 € d’épargne par mois, fais le calcul. »

Son rêve, modeste, serait de passer technicien méthodes, un poste en journée, mieux payé d’environ 300 € nets. « Ça changerait tout. Fini le 2×8, fini la prime d’équipe mais compensée par le fixe, et surtout un rythme de vie normal. Je pourrais même reprendre le sport le soir. »

En attendant, son rapport à l’argent tient en une phrase : « Je ne suis pas pauvre, mais je ne vis pas non plus. Je survis confortablement, si ça veut dire quelque chose. » Avec 2 010 € nets par mois, Alexis gagne légèrement moins que le salaire médian français. Comme beaucoup de travailleurs en province — à l’image de ce facteur à Caen ou de cette coiffeuse à Perpignan —, il fait tenir un quotidien décent dans un espace budgétaire où chaque imprévu peut faire basculer le mois.

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