Dans les comptes de Arnaud, facteur à Caen à 1 950 € nets par mois
Arnaud, 41 ans, facteur à La Poste depuis 16 ans à Caen, touche 1 950 € nets par mois. Marié, deux enfants de 8 et 11 ans, propriétaire d’un pavillon en périphérie. Voici comment il répartit chaque euro.

Ce qu’Arnaud rentre vraiment chaque mois
Le salaire de base d’Arnaud s’élève à 1 780 € nets. À cela s’ajoutent des primes liées à l’ancienneté et aux conditions de travail — environ 120 € par mois en moyenne — ainsi qu’une prime de résultat versée trimestriellement, qu’il lisse à 50 € mensuels. Total brut du côté des revenus : 1 950 €.
Son épouse, caissière à mi-temps dans une grande surface, apporte 900 € nets supplémentaires. Le foyer perçoit aussi 174 € d’allocations familiales de la CAF pour leurs deux enfants. Ensemble, ils disposent donc de 3 024 € nets pour faire tourner la maison. Mais c’est le budget d’Arnaud seul qui est passé au scanner ici.
« Je gagne correctement ma vie par rapport à ce que je faisais à mes débuts, mais ça n’a pas évolué aussi vite que les prix », dit-il. À titre de comparaison, le salaire médian en France tourne autour de 2 000 € nets — Arnaud se situe juste en dessous.
Les charges fixes : le crédit qui mange tout
Le poste numéro un est sans surprise le crédit immobilier. Arnaud et sa femme ont acheté leur pavillon de 95 m² à Hérouville-Saint-Clair en 2018 pour 178 000 €. La mensualité du prêt sur 20 ans est de 860 €, dont Arnaud assume la moitié : 430 € dans son budget personnel.

Viennent ensuite les charges courantes de la maison — eau, électricité, gaz — qu’il divise également avec sa femme : sa part représente 95 € par mois. L’assurance habitation coûte 38 €, l’assurance auto (une Dacia Duster de 2019) 62 €. La mutuelle familiale souscrite via La Poste lui revient à 88 € par mois, avec une couverture hospitalière et dentaire correcte.
Pour les abonnements, Arnaud a rationalisé. Internet + téléphone fixe chez Orange : 32 €. Son forfait mobile chez SFR : 18 €. Netflix partagé avec un beau-frère : 8 €. Pas de Canal+, pas de Disney+. « On regarde déjà pas tout ce qu’on a », sourit-il. La taxe foncière, qu’il lisse mensuellement, représente 92 € supplémentaires — un poste qui augmente chaque année et qu’il surveille de près.
Total des dépenses fixes imputées à son budget : 863 €. Il lui reste donc 1 087 € pour vivre au quotidien.
Le quotidien : où partent les 1 100 € restants
Les courses alimentaires constituent le poste variable le plus lourd. Pour une famille de quatre, Arnaud et sa femme dépensent environ 520 € par mois, dont il assume la moitié dans ses comptes personnels : 260 €. Ils font leurs courses principalement chez Leclerc et complètent chez Lidl pour les promotions. « On achite les marques distributeurs pour tout ce qui n’a pas de goût particulier, mais on ne se prive pas sur la viande. »

Le carburant est un poste significatif pour Arnaud : bien qu’il fasse sa tournée en vélo électrique fourni par La Poste, il utilise sa voiture pour les trajets domicile-travail (15 km aller) et les week-ends en famille. Comptez 85 € d’essence par mois — un budget surveillé de près depuis les aides carburant conditionnelles qu’il essaie de décrocher.
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Les repas hors domicile restent limités : un kebab ou une pizza le vendredi soir avec les enfants, rarement plus. Budget resto/sorties : 70 € par mois. Les loisirs des enfants — foot pour l’aîné, danse pour la cadette — représentent 65 € de cotisations lissées. Les frais de scolarité (fournitures, sorties scolaires, cantine) ajoutent 55 € mensuels.
Pour lui-même, Arnaud dépense peu : 30 € de livres et magazines, une bière avec des collègues le jeudi soir. Le shopping vêtements pour toute la famille est estimé à 60 € par mois en moyenne lissée — ils attendent les soldes et fréquentent les enseignes discount. Total des dépenses variables : 625 €.
Ce qu’il reste — et ce que ça révèle vraiment
En additionnant tout — 863 € de fixes et 625 € de variables — Arnaud dépense 1 488 € sur son budget personnel de 1 950 €. Il lui reste théoriquement 462 € en fin de mois. Mais la réalité est plus nuancée.

Sur ces 462 €, il vire automatiquement 150 € sur son Livret A dès le 1er du mois — un réflexe acquis après avoir lu qu’un virement en début de quinzaine maximise les intérêts. Son Livret A affiche aujourd’hui 6 800 €, soit l’équivalent de trois mois et demi de salaire — ce qu’il considère comme son « matelas minimum ». Il place aussi 80 € par mois sur un PEL ouvert en 2020, avec un projet de travaux dans cinq ans.
Il lui reste donc environ 230 € de marge réelle chaque mois. « C’est notre filet de sécurité pour les imprévus : une réparation de voiture, une dent à soigner, les vacances. » Les vacances justement : la famille part une semaine en août en location en Bretagne — budget total 900 €, soit 75 € lissés par mois dans ses calculs.
« Je sais que je devrais épargner davantage pour la retraite, mais avec deux enfants et le crédit, je fais ce que je peux », confie-t-il. Aucun placement en bourse, aucune assurance-vie — « je ne comprends pas assez ces produits pour me lancer. » Un angle mort financier que partagent de nombreux ménages de classe moyenne en France.
Ce qui frappe dans le budget d’Arnaud, c’est l’équilibre précaire mais maîtrisé : pas de dette consommation, pas de découvert chronique, une épargne de précaution constituée. Mais une marge de manœuvre si mince — 230 € — qu’une seule dépense imprévue peut déséquilibrer le mois. À titre de comparaison, le budget d’Ambre, aide-soignante à 1 720 €, laisse encore moins de place ; celui de Thomas, policier à 2 480 €, offre une respiration sensiblement différente.
Arnaud résume son rapport à l’argent avec une formule simple : « On ne roule pas sur l’or, mais on dort tranquille. » Pour un facteur de 41 ans avec famille et crédit, en France en 2025, c’est peut-être exactement là que se situe la vraie classe moyenne — ni à l’aise, ni à la limite.