Dans les comptes de Judith, animatrice radio à Saint-Brieuc à 1 870 € nets par mois
Judith a 34 ans, une voix que 40 000 auditeurs bretons reconnaissent dès le premier mot, et un salaire que personne ne devinerait au son. Animatrice sur une radio locale de Saint-Brieuc, elle gagne 1 870 € nets par mois. Pour comprendre comment elle boucle ses fins de mois, elle a accepté de détailler chaque poste, jusqu’au dernier abonnement.
1 870 € nets : ce que son micro rapporte vraiment
Judith est salariée en CDI depuis six ans, à 35 heures par semaine. Son salaire de base atteint 1 720 € nets, auxquels s’ajoute une prime d’ancienneté de 60 €. Le reste vient de ses animations en dehors de l’antenne.
Elle anime chaque mois deux ou trois soirées, mariages ou événements d’entreprise, qui lui rapportent environ 90 € nets en moyenne une fois lissés. Pas de quoi s’enrichir, mais cela fait la différence en fin de mois. « Mes collègues parisiens ne me croient pas quand je leur donne mon salaire », sourit-elle.
Judith vit seule, sans enfant, dans un appartement qu’elle loue. Elle ne touche donc aucune aide. Ce chiffre de 1 870 € est tout ce dont elle dispose, et c’est dans les dépenses fixes que le budget se joue.

Le poste qui avale presque la moitié du salaire
Son T2 de 48 m², à dix minutes à pied du centre-ville, lui coûte 590 € de loyer, plus 65 € de charges. À Saint-Brieuc, c’est correct, mais cela représente déjà 35 % de ses revenus. Elle a longtemps visé plus petit, avant de renoncer.
Viennent ensuite l’électricité (58 €), l’internet fibre (29 €) et son forfait mobile (12 €). L’assurance habitation coûte 14 € par mois, et la mutuelle prise en charge à moitié par son employeur lui revient à 31 €. Le total des charges du logement et des contrats grimpe déjà à 799 €.
Côté transport, Judith possède une Clio de 2014 qu’elle ne peut pas abandonner : la radio se trouve en zone d’activité, mal desservie par les bus. L’assurance lui coûte 52 € par mois, l’essence environ 95 €, l’entretien lissé 40 €. Soit 187 € pour la voiture, et un budget fixe qui atteint 986 €. Mais c’est un détail de ses abonnements qui l’a elle-même surprise.
Ces 63 € d’abonnements qu’elle n’avait jamais additionnés
En préparant ce témoignage, Judith a sorti son relevé bancaire. Elle a compté : deux plateformes de streaming vidéo (21 €), un abonnement musical (11 €), un service de podcasts payant (6 €), le cloud de son téléphone (3 €) et la salle de sport qu’elle fréquente deux fois par mois (22 €). Total : 63 €.
« Je les ai additionnés devant vous, et j’ai failli m’étrangler », confie-t-elle. Ces 63 € représentent plus que son budget électricité. Elle a depuis résilié la salle de sport, qu’elle remplace par des sorties à pied le long du littoral.
Reste à savoir ce que la vie quotidienne engloutit une fois les contrats payés. C’est souvent là que les budgets dérapent, et celui de Judith ne fait pas exception.

Courses, resto, vêtements : là où le budget respire (ou pas)
Judith dépense environ 240 € par mois en courses alimentaires. Elle fait un gros passage au supermarché toutes les deux semaines et complète au marché de Saint-Brieuc le samedi, où elle achète légumes et poisson. Elle cuisine presque tous les soirs.
Les restaurants et cafés lui coûtent 110 €, soit trois ou quatre sorties par mois avec des amis. Côté loisirs, elle dépense 45 € en livres et en concerts locaux. Les vêtements et la beauté pèsent 55 € en moyenne, avec un coiffeur tous les deux mois.
Il faut ajouter les imprévus : cadeaux d’anniversaire, un dentiste, un pneu à changer. Elle y consacre 70 € par mois, de manière lissée. Au total, ses dépenses variables atteignent 520 €. Avec les 986 € de charges fixes et les 63 € d’abonnements, elle sort 1 569 € de ses 1 870 €.
Combien reste-t-il au 30 du mois ?
Il reste donc 301 € en théorie. Judith en place 150 € sur un livret A chaque mois, le temps de réunir de quoi financer ses vacances d’été, un budget de 1 100 € qu’elle prépare toute l’année. Les 151 € restants servent de coussin, et partent parfois en imprévus.
Elle n’a aucun crédit en cours, ce qui la protège, mais elle n’a pas non plus d’épargne de précaution solide : son livret affiche aujourd’hui 3 800 €, soit environ deux mois de dépenses. « Je sais que je devrais épargner plus, mais je ne veux pas me priver de tout », admet-elle.
Son rêve reste de racheter un jour un petit appartement, mais avec 1 870 € nets et sans apport, elle sait que ce serait un projet de longue haleine. Elle regarde déjà du côté du prêt à taux zéro, sans trop y croire.
Judith face au salaire médian : la comparaison qui nuance tout
Le salaire médian net en France tourne autour de 2 190 € pour un temps plein. Judith se situe donc environ 15 % en dessous. Pourtant, grâce à une ville au coût de la vie modéré et à l’absence de crédit, elle parvient à épargner chaque mois, ce que beaucoup de salariés mieux payés à Paris ou Lyon ne peuvent pas se permettre.
« Je ne gagne pas beaucoup, mais je fais un métier qui me plaît, et je dors tranquille », résume-t-elle. Un budget serré mais maîtrisé, où chaque euro a un rôle, et où la seule vraie fuite était cachée dans une liste d’abonnements.
Envie de voir comment d’autres métiers manuels s’en sortent avec des revenus proches ? Les comptes de Séverine, opératrice de télésurveillance à Dijon, montrent une autre façon de gérer 1 840 € par mois. Et si vous voulez comparer avec un métier de terrain, celui de Lucas, maître-nageur à Saint-Malo, réserve quelques surprises côté dépenses.