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Dans les comptes de Bertrand, apiculteur professionnel en Dordogne à 2 040 € nets par mois

Publié par Mathieu le 27 Juil 2026 à 19:01

Bertrand, 41 ans, a repris l’exploitation apicole de son oncle il y a sept ans, près de Bergerac. Deux cents ruches, une activité rythmée par les saisons et un revenu qui varie du simple au double selon la météo et les récoltes.

« Les gens pensent que je vends juste des pots de miel le week-end sur les marchés, raconte-t-il. En réalité c’est une entreprise avec des charges, des investissements lourds et un risque réel de tout perdre en cas de mauvaise année. » Ce mois-ci, il a mis de côté 2 040 € nets pour vivre, un chiffre lissé sur l’année car son activité connaît de fortes variations saisonnières.

Les revenus : un métier à la merci du climat

Le chiffre d’affaires annuel de Bertrand tourne autour de 58 000 €, dont il retire, après charges sociales de la MSA et réinvestissements, l’équivalent de 2 040 € nets par mois en moyenne. Mais la réalité est plus heurtée : certains mois d’été rapportent 3 500 €, d’autres mois d’hiver flirtent avec zéro.

Ses revenus se répartissent en trois sources : la vente de miel (environ 1 400 € nets mensualisés), la location de ruches à des agriculteurs pour la pollinisation (350 €), et la vente de produits dérivés comme la propolis, la cire et le pollen (290 €). « L’année de la sécheresse de 2022, j’ai perdu 40% de ma production, confie-t-il. Sans les allocations exceptionnelles de la région, je n’aurais pas tenu. »

Apiculteur examine un cadre de ruche en Dordogne

Sa femme, aide-soignante, apporte un second revenu au foyer qui sécurise leur budget commun. Sans ce complément, Bertrand reconnaît qu’il vivrait sous tension permanente, comme certains indépendants aux revenus irréguliers.

Les dépenses fixes : le poids invisible du matériel

Le couple rembourse un crédit immobilier de 680 € par mois pour leur maison avec terrain à Bergerac, achetée il y a douze ans. S’ajoutent 95 € d’assurance habitation et prêt, et 140 € d’électricité, chauffage compris en hiver.

Le poste qui surprend le plus : l’assurance professionnelle de son exploitation, à 165 € par mois, couvrant la mortalité des colonies et la responsabilité civile. « Une ruche qui meurt de la varroase, ça arrive à tout le monde, mais sans assurance c’est la ruine », précise Bertrand.

Son véhicule utilitaire, indispensable pour transporter les ruches, lui coûte 210 € de crédit et 130 € d’essence mensuels. Forfait mobile et internet : 45 €. Mutuelle familiale : 110 €. Cotisations MSA incluses dans son chiffre d’affaires, mais il provisionne encore 80 € pour sa complémentaire retraite.

Mains gantées tenant un rayon de miel doré

Les dépenses variables : miel gratuit, mais tout le reste coûte

Paradoxe amusant : Bertrand ne dépense jamais un centime en miel, mais son budget alimentation reste classique. Il compte environ 420 € par mois de courses pour un foyer de quatre personnes, deux enfants de 9 et 13 ans.

Les sorties restent modestes : 90 € pour les restaurants occasionnels et activités des enfants. L’essence personnelle (hors véhicule pro) s’élève à 60 €. Le budget vêtements et imprévus tourne autour de 100 € mensualisés.

Le vrai poste variable, c’est le matériel apicole : cadres, cire gaufrée, traitements contre le varroa, nourrissement d’hiver. Lissé sur l’année, cela représente 180 € par mois, un investissement continu pour maintenir ses colonies en bonne santé.

Épargne et bilan : vivre avec l’incertitude

Une fois toutes les charges payées, il reste à Bertrand environ 130 € d’épargne certains mois, zéro d’autres. « Je sais que je devrais épargner plus régulièrement, mais avec l’apiculture, l’argent qui rentre en juillet doit parfois financer les traitements de novembre », admet-il.

Il n’a pas de crédit à la consommation, seulement le prêt immobilier commun avec sa femme. Son vrai filet de sécurité reste le salaire régulier de celle-ci, qui absorbe les mois difficiles. Contrairement à d’autres artisans aux revenus plus stables, il vit avec une variabilité qu’il a appris à anticiper.

Son projet à moyen terme : passer à 300 ruches et développer la vente directe en ligne pour lisser ses revenus sur l’année. « Le miel, c’est un métier de patience, résume Bertrand. On ne s’enrichit pas vite, mais on ne s’ennuie jamais. » Avec ses 2 040 € nets mensuels, il se situe légèrement sous le salaire médian français, autour de 2 100 €, mais juge sa vie « riche de choses que l’argent n’achète pas ».

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