Dans les comptes d’Élodie, fleuriste à Périgueux à 1 690 € nets par mois
Élodie a 34 ans, elle est fleuriste salariée dans une boutique indépendante à Périgueux, en Dordogne. Elle touche 1 690 € nets par mois. Célibataire sans enfant, elle vit seule dans un T2 en centre-ville. Un métier passion, un salaire modeste, et un budget où chaque poste est calibré au centime près. Voici comment elle répartit chaque euro.
Ce qui tombe sur son compte chaque mois
Le salaire d’Élodie repose sur un contrat en CDI à 35 heures. Son brut mensuel s’élève à 2 080 €, ce qui lui laisse 1 690 € nets après prélèvements sociaux. Elle est au-dessus du SMIC — de justesse. « J’ai huit ans d’ancienneté, ça aide un peu. Une fleuriste débutante tourne plutôt autour de 1 450 € nets », précise-t-elle.

À ce salaire fixe s’ajoute un petit complément irrégulier. Les semaines de forte activité — Saint-Valentin, fête des Mères, Toussaint —, la patronne verse une prime ponctuelle d’environ 80 à 120 € bruts. Lissé sur l’année, cela représente à peine 40 € nets supplémentaires par mois. Élodie ne les intègre pas à son budget courant : « C’est de l’argent bonus. Si je compte dessus, je suis dans le rouge les mois creux. »
Son taux de prélèvement à la source est de 3,4 %, soit environ 57 € retenus chaque mois directement sur sa fiche de paie. Elle ne touche ni APL — son loyer dépasse le plafond de ressources pour une personne seule à Périgueux de quelques euros — ni aucune autre aide sociale. Son revenu disponible réel tourne donc autour de 1 690 € nets, primes exclues. À comparer avec le salaire médian français, qui s’établit autour de 2 100 € nets mensuels : Élodie se situe 400 € en dessous.
Les dépenses qui tombent quoi qu’il arrive
Le loyer est le premier poste. Son T2 de 42 m² en centre-ville de Périgueux lui coûte 485 € charges comprises — eau froide et entretien des parties communes inclus. Pour une ville moyenne de Dordogne, c’est un tarif dans la fourchette haute, mais Élodie tient à habiter à dix minutes à pied de la boutique. « Je n’ai pas de voiture. Si je déménage en périphérie, il m’en faut une, et là le budget explose. »

L’électricité et le gaz représentent 78 € mensuels en moyenne, lissés sur l’année via la mensualisation EDF. L’assurance habitation lui revient à 19 € par mois. Côté télécommunications, elle a un forfait mobile à 12 € (B&You, 100 Go) et une box internet à 20 € chez le même opérateur. Elle n’a pas de ligne fixe.
La mutuelle santé — obligatoire via l’entreprise — est prise en charge à 50 % par l’employeur. Sa part s’élève à 28 € par mois. Un tarif correct, même si la couverture reste basique : « Pour le dentaire, il vaut mieux ne pas avoir de surprise. » Elle a d’ailleurs envisagé de refuser la mutuelle d’entreprise pour en prendre une plus couvrante, avant de réaliser que son cas ne correspondait à aucune dispense légale.
Côté abonnements de divertissement, elle se limite au strict minimum : Netflix en partage avec une amie (6,49 € chacune, formule Standard avec pub) et Spotify gratuit. Total : 6,49 €. Pas d’abonnement presse, pas de salle de sport.
Les transports pèsent peu dans son budget. Sans voiture, elle se déplace à pied et à vélo. Son seul coût régulier : un carnet de 10 tickets de bus par mois pour les jours de pluie, soit 12 €. Quand elle doit se rendre à Bordeaux pour voir sa famille, elle prend un Blablacar — environ 15 € l’aller — une à deux fois par mois. Lissé : 25 € mensuels de transport longue distance.
Récapitulatif des charges fixes :
- Loyer charges comprises : 485 €
- Électricité / gaz : 78 €
- Assurance habitation : 19 €
- Forfait mobile : 12 €
- Box internet : 20 €
- Mutuelle (part salariée) : 28 €
- Netflix : 6,49 €
- Bus + Blablacar : 37 €
Total dépenses fixes : 685,49 €, soit 40,6 % de son salaire net. Il reste 1 004,51 € pour tout le reste. Ce qui semble confortable sur le papier fond vite quand on passe aux dépenses du quotidien.
Là où chaque semaine se joue au détail près
L’alimentation est le deuxième poste le plus lourd. Élodie fait ses courses principalement chez Lidl et au marché du samedi matin place du Coderc — un rituel qu’elle ne lâcherait pour rien au monde. Son budget courses s’élève à 260 € par mois. « Je cuisine beaucoup. Des soupes, des gratins, des plats en batch le dimanche. C’est la seule façon de tenir. »

Les dépenses alimentaires des Français varient énormément selon les départements, mais pour une personne seule en province, 260 € est un budget maîtrisé — la moyenne nationale tourne plutôt autour de 300 à 350 €.
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Les sorties représentent un poste qu’elle surveille avec attention. Un restaurant ou un bar avec des amis, en moyenne deux fois par mois : 55 €. « Je bois un verre, je prends un plat. Je ne me prive pas, mais je ne fais pas semblant d’avoir un budget resto illimité non plus. » Elle ajoute un budget café et boulangerie du matin — un croissant et un allongé au comptoir trois fois par semaine — qui représente environ 40 € mensuels.
Le shopping et les vêtements sont son poste le plus variable. Certains mois, zéro euro. D’autres, un achat coup de cœur dans une friperie ou chez Vinted. Elle estime sa moyenne à 35 € par mois. Les produits d’hygiène et cosmétiques — shampoings, crèmes, maquillage basique — tournent autour de 25 €.
Élodie garde aussi un petit budget « fleurs personnelles ». Ça peut sembler paradoxal pour quelqu’un qui en manipule toute la journée, mais elle aime en avoir chez elle, et sa patronne lui fait un tarif sur les invendus du samedi soir. Coût : 10 à 15 € par mois. « Les gens trouvent ça drôle. Mais quand tu bosses avec des fleurs toute la journée, tu vois celles que tu ne veux surtout pas laisser partir à la benne. »
Les loisirs hors sorties — un livre par mois acheté d’occasion, une place de cinéma de temps en temps — représentent environ 20 €. Les vacances, en revanche, constituent un budget lissé qu’elle provisionne consciencieusement : 80 € par mois mis de côté, ce qui lui donne un peu moins de 1 000 € l’été pour une semaine quelque part. L’an dernier, c’était le Portugal. Cette année, elle vise la Bretagne. « C’est un choix. Si je ne provisionne pas, je ne pars pas. »
Récapitulatif des dépenses variables :
- Courses alimentaires : 260 €
- Resto / bars / sorties : 55 €
- Café / boulangerie : 40 €
- Shopping / vêtements : 35 €
- Hygiène / cosmétiques : 25 €
- Fleurs pour la maison : 15 €
- Loisirs (livres, ciné) : 20 €
- Provision vacances : 80 €
Total dépenses variables : 530 €.
Ce qu’il reste quand tout est payé
Faisons le calcul. Sur 1 690 € nets, Élodie dépense 685 € en charges fixes et 530 € en dépenses variables. Total des sorties : 1 215 €. Il reste donc 475 € en fin de mois.

En théorie, c’est une marge correcte. En pratique, Élodie en épargne 150 € sur un Livret A — qui affiche aujourd’hui un solde de 4 800 €. « C’est mon matelas de sécurité. Si je perds mon emploi, ça me donne trois mois de loyer. Pas plus. » Elle n’a pas d’assurance-vie ni de PEA. Le Livret A reste son unique placement, comme pour des millions de Français.
Les 325 € restants constituent sa zone tampon — celle qui absorbe les imprévus. Une visite chez le dentiste (reste à charge : 60 à 80 € pour un soin non couvert), un électroménager qui lâche, un cadeau d’anniversaire. « Certains mois, il me reste 200 € de marge réelle. D’autres, je finis à 50 €. Mais je ne suis jamais dans le rouge. Jamais. C’est ma fierté. »
Élodie n’a aucun crédit en cours — ni crédit conso, ni crédit auto. Elle a soldé un prêt étudiant de 3 000 € il y a deux ans. Son objectif à moyen terme : passer son permis de conduire, budgété à environ 1 800 €, qu’elle espère financer en un an avec ses primes saisonnières et un léger effort d’épargne supplémentaire. « Le permis, c’est le truc qui me manque pour accéder à un logement moins cher en périphérie. Mais pour le passer, il faut l’argent que j’économiserais avec ce logement moins cher. Le serpent qui se mord la queue. »
Quand on lui demande si elle envisage de changer de métier pour gagner plus, la réponse fuse : « Je pourrais être secrétaire médicale et gagner 150 € de plus. Mais je me lève à 6 h pour aller choisir les fleurs à Rungis avec ma patronne. Ce trajet à l’aube, l’odeur des pivoines en mai, les compositions qu’on invente pour les mariages — ça ne se remplace pas. »
Avec 1 690 € nets mensuels, Élodie se situe dans le dernier tiers des salaires français. Le salaire médian à temps plein en France dépasse 2 100 € nets. Pourtant, son budget est équilibré, sans dette, avec une petite épargne qui grossit lentement. La clé, selon elle, tient en une phrase : « Je sais exactement où va chaque euro. C’est ça, mon vrai luxe. »