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Dans les comptes d’Émeline, plombière à Libourne à 2 410 € nets par mois

Publié par Mathieu le 08 Juin 2026 à 19:01

Émeline a 34 ans, elle est plombière salariée dans une entreprise de bâtiment à Libourne, en Gironde. Son salaire net tombe chaque mois à 2 410 €. Elle vit en couple avec son compagnon Julien, manutentionnaire, et leur fille de 4 ans, dans un T3 loué à la sortie de la ville.

Un métier encore rare au féminin — à peine 2 % des plombiers en France sont des femmes. Émeline y est entrée par un CAP à 19 ans, après un stage qui l’a convaincue. Quinze ans plus tard, elle a gravi les échelons jusqu’au niveau N3P2 de la grille du BTP. Voici comment elle répartit chaque euro de sa paie.

Dans les comptes d'Émeline, plombière à Libourne à 2 410 € nets par mois

Ce qui tombe sur le compte chaque mois

Le salaire net d’Émeline s’élève à 2 410 € par mois, primes incluses. Sa convention collective lui garantit un treizième mois, versé en décembre, soit environ 200 € lissés mensuellement. Elle touche aussi une prime de panier de 11,50 € par jour travaillé, intégrée à sa fiche de paie.

Côté aides, le couple perçoit 140 € d’allocations familiales pour leur fille. Pas d’APL : les revenus combinés du ménage dépassent le plafond. Julien, de son côté, gagne 1 680 € nets. Le foyer dispose donc de 4 230 € mensuels au total.

Mais Émeline gère son budget de façon autonome. « On fait moitié-moitié sur le loyer et les charges communes, et chacun gère le reste de son côté », explique-t-elle. Sa part des dépenses partagées s’élève à environ 870 €. Le reste, elle le pilote seule. Et c’est là que les choses deviennent intéressantes.

Le mur des dépenses fixes

Le loyer du T3 coûte 730 € charges comprises. La part d’Émeline : 365 €. L’appartement n’est pas neuf, mais il dispose d’un petit jardin, ce qui fait la différence avec leur fille. Les charges de copropriété sont incluses dans le loyer.

Editorial press photograph illustrating: Dans les comptes d'Émeline, plombière à Libourne à 2 410 €

L’assurance habitation revient à 28 € par mois. La mutuelle santé, obligatoire via l’entreprise, lui coûte 47 € après participation de l’employeur. Pour sa fille, la mutuelle est couverte à 100 % par le contrat collectif.

Le poste transport pèse lourd. Émeline utilise sa voiture chaque jour pour rejoindre les chantiers. L’essence lui coûte 185 € par mois, et l’assurance auto 62 €. Son budget dépenses contraintes intègre aussi un crédit auto de 190 € par mois pour un Dacia Duster acheté d’occasion il y a deux ans.

Son forfait téléphone coûte 15 €, la box internet partagée avec Julien lui revient à 12 €. Côté streaming, elle paie un abonnement Netflix à 13,50 € et un Spotify famille à 8,50 €, partagé avec sa sœur. L’impôt sur le revenu, prélevé à la source, représente 95 € par mois.

Total des dépenses fixes personnelles : environ 1 021 €. « Quand je vois le total écrit noir sur blanc, ça fait un choc. Pourtant j’ai l’impression de ne rien avoir de luxueux. » Et les dépenses du quotidien n’ont pas encore été comptées.

Les dépenses qui bougent chaque mois

Les courses alimentaires représentent le deuxième poste le plus lourd. Émeline estime sa part à 280 € par mois. Le couple fait ses achats principalement chez Leclerc et complète au marché de Libourne le dimanche. Comparé aux villes les moins chères de France, Libourne reste dans la moyenne basse.

La cantine de sa fille coûte 85 € par mois. Le périscolaire ajoute 45 €. Ces deux postes sont partagés avec Julien, donc la part d’Émeline s’élève à 65 €.

Côté sorties, Émeline s’accorde un restaurant par mois avec des amies, pour environ 30 €. Un cinéma de temps en temps avec sa fille : 15 €. Elle a aussi un abonnement à une salle de sport à 25 € par mois, qu’elle fréquente deux fois par semaine après le travail.

L’habillement professionnel est fourni par l’entreprise. Pour ses vêtements personnels et ceux de sa fille, elle compte environ 60 € par mois en moyenne. « Pour la petite, ça pousse vite. Je fais beaucoup Vinted, sinon c’est impossible. »

Les vacances sont budgétées à 100 € par mois, mis de côté pour un séjour annuel. L’été dernier, le couple a passé dix jours dans un camping en Ardèche pour 1 100 € à trois. Les frais de santé non remboursés — ostéopathe, dentiste — ajoutent environ 20 € mensuels lissés. Total des dépenses variables : environ 595 €.

Ce qui reste une fois tout payé

Avec 2 410 € de revenus et 1 616 € de dépenses totales (fixes + variables), il reste à Émeline environ 794 € en fin de mois. Un matelas qui peut paraître confortable, mais elle nuance aussitôt.

D’abord, le crédit auto absorbe 190 € de ce surplus. Il lui reste 18 mensualités. Ensuite, elle place 200 € par mois sur un Livret A qui affiche aujourd’hui 6 800 €. Et 100 € sur un livret dédié aux vacances.

Le reste — environ 300 € — sert de variable d’ajustement. Une réparation sur la voiture, un cadeau d’anniversaire, la visite chez le vétérinaire pour le chat. « Il y a des mois où il me reste 400 €, d’autres où je finis à 50. C’est la réalité. »

Son projet à moyen terme : acheter un bien immobilier à Libourne ou dans les environs. Les prix tournent autour de 2 200 € le mètre carré dans le secteur, ce qui rend le projet accessible à condition d’avoir un apport solide. « On vise 20 000 € d’apport à deux. On y est presque, mais il faut que le crédit auto soit fini d’abord. »

Émeline ne cotise pas encore pour sa retraite au-delà du régime obligatoire. « Je sais que je devrais, mais à 34 ans avec un enfant, le montant pour vivre dignement à la retraite me semble tellement loin que je préfère me concentrer sur la maison. »

Avec 2 410 € nets, Émeline se situe au-dessus du salaire médian français, qui tourne autour de 2 100 € nets. Comme Jérôme, maçon à Limoges, elle fait partie de ces professionnels du bâtiment dont le salaire a progressé ces dernières années grâce à la pénurie de main-d’œuvre. Mais la réalité du quotidien reste celle d’un équilibre fragile.

« Je gagne correctement ma vie pour une femme dans le BTP. Mais quand les gens entendent « plombière », ils imaginent soit que je roule sur l’or, soit que c’est bizarre. La vérité, c’est que je vis normalement, sans excès. Et c’est déjà pas mal. »

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