Dans les comptes de Jérôme, maçon à Limoges à 2 100 € nets par mois
Jérôme, 44 ans, maçon salarié dans une PME du bâtiment à Limoges, touche 2 100 € nets par mois. Propriétaire depuis cinq ans d’un pavillon en périphérie, père de deux enfants, il jongle entre un crédit immobilier, les dépenses du quotidien et une épargne qu’il qualifie lui-même de « symbolique ». Voici comment il répartit chaque euro.

Ce qu’il gagne vraiment chaque mois
Le salaire de base de Jérôme s’établit à 1 920 € nets, auquel s’ajoutent des primes de panier repas — versées les jours de chantier — qui représentent en moyenne 130 € nets par mois. En haute saison (avril à octobre), des heures supplémentaires majorées gonflent l’enveloppe de 50 à 80 € supplémentaires. Sur l’année, sa rémunération mensuelle moyenne tourne donc autour de 2 100 €.
Sa femme, aide à domicile à temps partiel, complète avec 900 € nets. Le foyer perçoit également 260 € d’allocations familiales pour leurs deux enfants de 9 et 12 ans. Le revenu total du ménage atteint donc 3 260 € par mois — mais c’est bien le budget de Jérôme seul qu’on examine ici, pour rester comparables.
Côté fiscalité, le prélèvement à la source lui coûte 68 € par mois supplémentaires non compris dans le net affiché, puisque leur déclaration commune génère un taux marginal de 11 % sur la tranche supérieure du revenu du foyer. Un détail qui rogne discrètement les fins de mois. Il n’est pas le seul dans ce cas : 45,4 % du PIB français part en prélèvements obligatoires, et même un salaire modeste y contribue.
Les dépenses qui tombent avant même qu’il ouvre le frigo
Le crédit immobilier est la ligne la plus lourde : 680 € par mois, pour encore 18 ans. Jérôme a acheté en 2020 un pavillon de 95 m² en périphérie de Limoges pour 155 000 €, avec un taux à 1,25 %. « On a eu du bol sur le timing, admet-il. Ceux qui achètent maintenant avec des taux à 3,5 %, c’est une autre histoire. »
Les charges de la maison (électricité, eau, chauffage au gaz) représentent 195 € par mois en moyenne lissée. Depuis la hausse des tarifs, la facture d’énergie a bondi : la baisse annoncée des tarifs de l’électricité lui redonnera un peu d’air, mais le gaz reste élevé.

Côté assurances, le total mensuel s’élève à 148 € : assurance habitation (42 €), assurance auto pour deux véhicules (76 €) et mutuelle familiale (30 € à sa charge, l’employeur couvrant 50 % de la part individuelle). Sur ce point, Jérôme surveille l’actualité de près : une future taxation des mutuelles pourrait alourdir la note.
Les abonnements fixes totalisent 97 € : forfait mobile x2 (28 €), box internet (28 €), Netflix (13 €), et un abonnement sportif pour les enfants (28 € de cotisation mensuelle lissée). L’impôt sur le revenu prélevé à la source ajoute les 68 € mentionnés. Total des charges fixes : 1 188 € par mois, soit 56,6 % de son salaire net qui disparaît avant même d’envisager les courses.
Ce qui reste pour vivre — et où ça file vite
Il reste 912 € de budget variable après les charges fixes. Jérôme et sa femme partagent les courses alimentaires : sa contribution est estimée à 320 € (la moitié des 640 € que le foyer dépense en moyenne au supermarché). Avec deux enfants et des appétits de travailleur manuel, le panier ne maigrit pas facilement, même avec les promos. Des méthodes existent pour alléger la facture alimentaire, mais changer des habitudes ancrées depuis des années, c’est une autre paire de manches.
Le carburant est un poste lourd pour ce périurbain : 160 € par mois pour deux voitures, dont son pick-up de chantier, un diesel qui avale 7,5 L/100 km. Il espère bénéficier d’une des aides carburant prévues pour les gros rouleurs dès que les conditions seront confirmées.

Restaurants et sorties : 80 €. « On sort peu, surtout depuis qu’une pizza livrée à domicile coûte 40 € pour quatre. On préfère manger à la maison. » Vêtements et équipements des enfants : 60 € lissés (un budget sous-estimé, juge sa femme). Santé et pharmacie hors mutuelle : 35 €. Loisirs et vacances lissés sur douze mois : 80 € (une semaine en camping l’été, quelques week-ends). Petit entretien maison et imprévus : 70 € par mois en moyenne — un robinet, un filtre de VMC, une ampoule de four…
Total des dépenses variables : 705 €. Ce qui laisse, en théorie, 207 € par mois disponibles. Mais la réalité est plus nuancée — et c’est là que ça devient intéressant.
L’épargne, les projets et la vraie marge de manœuvre
Jérôme vire 100 € par mois sur un Livret A pour « les coups durs ». Son solde actuel : 2 800 €, soit moins de trois mois de dépenses variables. Il sait que c’est insuffisant. « Je sais que je devrais mettre plus de côté, mais entre les enfants et la maison, le mois est vite bouclé. »
Son employeur a mis en place un plan d’épargne entreprise : Jérôme y verse 30 € par mois, abondés à 50 % par l’entreprise, soit 45 € effectivement épargnés. Il garde un œil sur les évolutions législatives : un projet de déblocage de l’épargne salariale jusqu’à 5 000 € défiscalisés lui permettrait de financer des travaux d’isolation prévus depuis deux ans.

Pas d’assurance-vie, pas de PEA. « C’est pour plus tard. » En fin de mois, après épargne et PEE, il lui reste en pratique entre 60 et 100 € de marge réelle — tout ce qui dépasse les prévisions (réparation voiture, visite chez le dentiste non remboursée, cadeau d’anniversaire inattendu) vient rogner cette ligne. Un mois difficile peut mettre le solde à zéro. Les dépenses contraintes invisibles représentent une part croissante du budget des ménages modestes — et Jérôme en fait l’expérience chaque mois.
Pas de dette à la consommation. C’est sa fierté : « J’ai vu des collègues avec des crédits voiture et des crédits renouvelables, ça finit toujours mal. Moi je préfère attendre. » Un réfrigérateur tombé en panne l’an dernier a été remplacé avec les économies du Livret A — et deux mois de reconstitution du bas de laine derrière. Une discipline qui mérite d’être soulignée.
Ce que révèle ce budget comparé à la France entière
Le salaire médian en France s’établit autour de 2 020 € nets par mois selon les dernières données INSEE. Jérôme se situe légèrement au-dessus, mais avec un crédit immobilier et deux enfants, son reste à vivre réel est inférieur à la médiane des ménages sans charge de propriété. Sa situation n’est ni confortable ni précaire : c’est l’archétype de la classe moyenne française — assez pour tenir, pas assez pour souffler.
« Je ne me plains pas, conclut-il. On mange bien, les gosses font du sport, on part en vacances. Mais c’est chaque mois la même équation. Il n’y a pas de gras. » Une phrase qui résume à elle seule la réalité de millions de foyers français. Si vous voulez comparer avec d’autres profils, jetez un œil à Ambre, aide-soignante à Rouen ou à Stéphane, grutier à Valenciennes — deux profils du bâtiment et du soin aux antipodes financiers du sien.
- 08/05/2026 à 07:24Si ce monsieur avec 2100 euros ( 3260 euros pour le ménage) net par mois il n’arrive pas à vivre ,c’est qu’il n’est pas capable de ce gérer. Que devrais dire les travailleurs qui touchent le SMIC ?De la part de TDN c’est honteux de nous présenter ce genre d’article ,car pour moi ce genre de monsieur pourrait bien gagner 10 fois plus, il n’arriverait toujours pas à vivre correctement .La prochaine fois faites un article sur un smicard ,vous serez plus crédible !
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