Dans les comptes de Stéphane, grutier à Valenciennes à 2 680 € nets par mois
Stéphane, 41 ans, est grutier sur les chantiers du bassin minier depuis dix-sept ans. Il vit à Valenciennes avec sa compagne Aurélie, employée de commerce à temps partiel, et leurs deux fils de 9 et 13 ans. Son salaire net mensuel tourne autour de 2 680 €. On lui a demandé de tout détailler, poste par poste.

Ce qu’il rentre vraiment chaque mois
Le salaire de base de Stéphane est de 2 410 € nets. Sur ce montant, 360 € correspondent à des primes de hauteur et de pénibilité versées par son employeur, une PME de BTP régionale. S’y ajoutent des heures supplémentaires majorées, qui représentent en moyenne 150 à 200 € nets supplémentaires selon les chantiers — certains mois, rien ; d’autres, jusqu’à 270 €. Pour les projections budgétaires ci-dessous, on retient une base de 2 680 € nets.
Aurélie perçoit de son côté 920 € nets pour son mi-temps dans la grande distribution. Le foyer touche également 288 € d’allocations familiales pour les deux enfants. Total des revenus du ménage : 3 888 € nets par mois. C’est ce matelas à quatre qui permet à Stéphane de souffler un peu — sans ça, ça serait une autre histoire.
Les charges fixes, le bloc qui ne bouge pas
Le couple est propriétaire depuis 2018. Leur crédit immobilier pour une maison de 98 m² à Valenciennes coûte 820 € par mois, assurance emprunteur incluse. C’est leur plus gros poste, et de loin. Les charges de copropriété n’existent pas (maison individuelle), mais la taxe foncière représente 1 340 € par an, soit 112 € lissés par mois.

Côté énergie, la facture d’électricité — chauffage électrique inclus — s’élève à 148 € par mois en moyenne. Stéphane reconnaît que l’hiver 2023-2024 a été douloureux. Depuis, la baisse du prix de l’électricité a légèrement allégé l’addition. Le gaz de ville pour la cuisine revient à 22 €. L’assurance habitation coûte 38 €, l’assurance voiture pour deux véhicules (une Dacia Duster de 2020 et une Clio) 112 €. La mutuelle famille — indispensable avec deux enfants — est à 98 € par mois après prise en charge partielle de l’employeur.
Les abonnements fixes : forfait mobile x2 (32 €), fibre internet (27 €), Netflix + Prime Video (21 €). Pas de salle de sport, pas de presse payante. Stéphane n’est pas du genre à accumuler les abonnements. Total des charges fixes : 1 430 € environ — hors impôts sur le revenu.
Sur l’imposition, le foyer tombe dans la tranche à 11 %. Après prise en compte du quotient familial (2 parts), ils paient environ 140 € d’impôt mensualisé. Ce n’est pas neutre, mais ça reste raisonnable à ce niveau de revenus. Pour mieux situer, sachez que la classe moyenne française en 2025 s’étend précisément dans cette tranche de revenus.
Le quotidien qui grignote sans qu’on le voie
Les courses alimentaires pour quatre personnes : 620 € par mois. Stéphane fait ses achats principalement au Leclerc et au Lidl du coin. Aurélie profite de sa position en grande surface pour acheter quelques produits au prix coûtant. Malgré ça, l’inflation des dernières années s’est fait sentir — ce même panier coûtait 480 € en 2020. Ce sont les grandes marques qui ont le plus augmenté, et le foyer s’est adapté en basculant sur les MDD.
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L’essence représente 180 € par mois pour les deux voitures. Stéphane doit souvent se rendre sur des chantiers difficiles d’accès, hors des transports en commun. Il garde un œil sur les stations qui pratiquent les meilleurs prix. L’entretien des véhicules représente en moyenne 55 € lissés par mois (révisions, pneus, petites réparations).
Les sorties resto/pizzas du vendredi : 90 €. Les activités des enfants — football pour l’aîné, guitare pour le cadet — reviennent à 85 € par mois (licences, cotisations, transport). Le shopping vêtements pour toute la famille tourne à 70 € lissés. « On attend les soldes pour habiller les gamins, c’est pas optionnel quand ils grandissent à vue d’œil », glisse Stéphane. Les vacances d’été (un camping en Normandie en août) coûtent environ 1 400 € au total, soit 117 € lissés par mois. Total des dépenses variables : 1 217 €.
Ce qui reste — et le projet qui leur tient à cœur
Si on additionne tout — charges fixes (1 430 €), impôts (140 €) et dépenses variables (1 217 €) — le foyer dépense 2 787 € par mois. Face à des revenus combinés de 3 888 €, il reste théoriquement 1 101 € de marge chaque mois. Dans la pratique, les imprévus (réparation toiture l’an dernier : 1 800 €, hospitalisation d’un enfant : 340 € de dépassements) grignotent régulièrement cette réserve.
Stéphane place 300 € par mois sur son Livret A, déjà presque plein à 21 000 €. Il abonde également un PEL ouvert en 2019 avec 150 € mensuels. Le reste, environ 500 à 600 €, reste sur le compte courant comme tampon. « Je sais qu’on devrait investir davantage, mais avec la maison à entretenir et les gamins qui grandissent, je préfère garder du liquide disponible », explique-t-il. La réforme du Livret A en 2026 le laisse perplexe : il ne voudrait pas que son épargne de précaution soit mobilisée sans son accord.

Le grand projet du couple : agrandir la maison d’une véranda pour créer un espace de vie supplémentaire. Devis reçu : 18 000 €. « On vise 2027. On s’y met sérieusement », dit Stéphane avec une certaine fierté dans la voix.
Ce que ça dit, en chiffres et en vrai
Avec 2 680 € nets, Stéphane se situe nettement au-dessus du salaire médian français, qui tourne autour de 2 062 € nets selon les dernières données INSEE. Son métier — souvent méconnu, parfois perçu comme un travail d’exécution — exige pourtant des certifications CACES spécifiques, une vigilance permanente et une résistance physique réelle par tous les temps. La pénibilité se paye, un peu. Mais le budget reste sous pression dès qu’un imprévu surgit, comme dans la plupart des foyers français où les dépenses contraintes grignotent bien plus qu’on ne le croit.
Pour comparer avec d’autres profils aux revenus proches, vous pouvez consulter le budget de Thomas, policier à Bordeaux à 2 480 €, ou encore celui de Maxime, pompier à Grenoble à 2 320 €. Des profils aux contraintes professionnelles différentes, mais à la mécanique budgétaire étonnamment similaire.