Dans les comptes de Djibril, charpentier à Pau à 2 290 € nets par mois
Djibril, 38 ans, est charpentier depuis seize ans dans une entreprise du bâtiment implantée près de Pau. Il touche 2 290 € nets par mois, prime de panier incluse. Marié, deux enfants de 6 et 9 ans, propriétaire depuis quatre ans. Voici comment il répartit chaque euro — sans fioritures.

Ce qu’il rentre chaque mois
Le salaire de base de Djibril s’élève à 2 120 € nets. À cela s’ajoutent 170 € de prime de panier (indemnité repas versée chaque jour travaillé sur chantier, non imposable), ce qui porte ses rentrées mensuelles à 2 290 €. Sa femme, Sabrina, travaille à mi-temps comme secrétaire médicale : elle ramène 980 € nets. Le foyer dispose donc d’un revenu global de 3 270 € par mois.
La famille perçoit aussi les allocations familiales CAF pour deux enfants : 176 € par mois. Ce n’est pas négligeable — des millions de familles françaises comptent sur ces versements pour boucler le mois. Le budget total disponible atteint donc 3 446 €. C’est correct pour le Béarn, où le coût de la vie reste sensiblement inférieur à celui des grandes métropoles.
Les charges fixes qui tombent avant même le café
Djibril et Sabrina ont acheté leur maison de 95 m² à Pau en 2021, à 182 000 €. Le crédit immobilier sur vingt-cinq ans leur coûte 820 € par mois, assurance emprunteur comprise. C’est leur poste le plus lourd — et de loin.

Les charges de la maison (taxe foncière lissée sur douze mois, électricité, eau, internet fibre à 32 €, chauffage au gaz) représentent 310 € supplémentaires. La taxe foncière, en hausse ces dernières années, pèse seule 85 € par mois une fois lissée — une charge qui alourdit le budget de nombreux propriétaires. La mutuelle familiale (contrat famille via l’employeur de Sabrina) : 98 €. L’assurance habitation : 42 €. Le forfait téléphone de Djibril : 18 €, celui de Sabrina : 18 €. Abonnements streaming (Netflix + Spotify) : 22 €.
Côté transport, Djibril utilise le fourgon de l’entreprise pour les chantiers — zéro coût carburant professionnel. En revanche, le ménage possède deux voitures. La Peugeot 308 de Sabrina est remboursée depuis deux ans, mais l’assurance auto des deux véhicules coûte 128 € par mois. L’essence pour les trajets personnels : 90 €. Total des charges fixes : 1 548 € par mois.
Ce qui part sans qu’on s’en rende vraiment compte
Les courses alimentaires pour quatre personnes représentent 520 € par mois. Djibril fait ses achats principalement chez Leclerc et au marché local le samedi. « On essaie de ne pas gaspiller, mais avec deux enfants qui grandissent, ça grimpe vite », reconnaît-il. Le bio reste marginal dans les achats — quelques produits ciblés, pas un mode de vie généralisé.
La cantine des deux enfants coûte 90 € par mois (tarif modulé selon les revenus du foyer). Les activités périscolaires — judo pour l’aîné, natation pour la cadette — reviennent à 65 €. Les soins de santé non remboursés (dentiste, ophtalmo, médicaments) : environ 40 € en moyenne lissée. Les vêtements et chaussures pour les enfants (poste très variable) : 35 € par mois en moyenne. Les sorties en famille, resto occasionnel, cinéma : 80 €. L’essence supplémentaire lors des week-ends ou vacances lissée sur l’année : déjà intégrée dans les 90 € ci-dessus.

Djibril fume — un peu moins qu’avant, mais toujours autour d’un paquet tous les deux jours. Budget tabac : 75 € par mois. C’est un poste qu’il cite lui-même avec un sourire gêné : « Je sais, c’est con. Mais à la fin d’une semaine de chantier, c’est mon seul vrai défaut. » Les petits plaisirs divers (bières avec les collègues le vendredi, coiffeur, dépenses imprévues du quotidien) : 60 €. Total des dépenses variables : 965 €.
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Les vacances, ce poste qu’on oublie de calculer
Le couple part deux semaines en août, généralement dans le Sud-Ouest ou en Espagne. Budget annuel vacances estimé à 2 200 €, soit 183 € par mois lissés. Djibril met cet argent de côté chaque mois sur un compte dédié pour ne pas se retrouver à puiser dans le budget courant en juillet. Une discipline simple, mais efficace. Pour ceux qui cherchent des destinations abordables, certaines destinations restent accessibles à moins de 40 € la nuit.
En dehors des vacances estivales, quelques week-ends dans les Pyrénées (randonnée, ski une semaine en hiver) ajoutent environ 60 € par mois lissés. Total poste vacances/loisirs déplacements : 243 €.
Ce qui reste — et pourquoi c’est plus serré qu’il n’y paraît
Récapitulons sur la base du budget global du foyer (3 446 €) :
— Charges fixes : 1 548 €
— Dépenses variables : 965 €
— Vacances/loisirs lissés : 243 €
— Reste disponible : 690 €

Sur ces 690 €, Djibril vire 200 € sur le Livret A familial chaque mois. Il y a déjà 6 400 € d’accumulés — une épargne de précaution qu’il ne touche sous aucun prétexte. « C’est pour le chauffe-eau qui lâche, la voiture qui tombe en panne. Le bâtiment, c’est un métier où tu peux te retrouver en arrêt du jour au lendemain. » Une précaution que comprennent bien d’autres actifs, comme Maxime, pompier à Grenoble, qui suit la même logique de précaution.
Les 490 € restants servent de volant de trésorerie mensuel. Certains mois, il en reste 300 €. D’autres — rentrée scolaire, révision voiture, facture dentiste — le compte est à zéro le 28. Pas de plan d’épargne retraite complémentaire pour l’instant, pas de PEA. « J’y pense, mais entre le crédit et les enfants, on verra dans quelques années. » Un horizon financier que partagent bon nombre de ménages en France, comme en témoigne la baisse persistante du pouvoir d’achat depuis quinze ans.
Ce que ses comptes disent de sa génération
Le salaire médian en France tourne autour de 2 000 € nets par mois selon l’INSEE. Djibril se situe légèrement au-dessus grâce à l’ancienneté et aux primes de chantier. Mais avec deux enfants, un crédit immobilier et deux voitures, son train de vie est celui de millions de ménages français de la classe moyenne : pas dans le rouge, mais sans marge réelle de manœuvre. La classe moyenne en France recouvre une réalité bien plus tendue qu’elle n’y paraît.
Djibril résume son rapport à l’argent avec une franchise désarmante : « Je travaille dehors par tous les temps depuis seize ans. On n’est pas dans la misère, mais on n’est pas tranquilles non plus. C’est ça, la vraie vie d’un ouvrier qualifié en France. » Une phrase qui, à elle seule, dit plus que n’importe quel graphique sur le pouvoir d’achat.